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La pince à linge est-elle de droite ?

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Publié le

1 octobre 2026

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L’actualité récente nous a montré que le sapin de Noël est aussi politique qu’une constitution et le foie gras un marqueur de civilisation aussi manifeste que le droit de vote. Mais comment décider à coup sûr ce qui est de droite ou de gauche ? Notre chroniqueur Richard de Seze répond.
© DR

Aujourd’hui je chanterai la pince à linge. Celle en bois, en deux parties biseautées, avec son ressort spiralé, qui ressemble à un crocodile quand on la presse et dont on s’émerveille, petit, de la résistance qu’elle oppose à la pression. Celles qui sont rassemblées dans le panier à pinces, calme troupeau attendant d’être mis au travail, et celle que l’on a oubliée sur l’étendoir et qui, placide, a attendu la prochaine lessive pour être utile, accueillant avec indifférence le vent, le soleil et même la pluie, qui l’ont giflée, rôtie ou trempée en pure perte, petit soldat perdu attendant le retour de la patrouille.

Je chanterai la pince à linge qu’on fixe vite pour empêcher la serviette – ou la chemise, qu’importe le vêtement – de glisser, évitant qu’elle ne tombe et se resalisse, avant de placer la seconde, qui permettra d’étendre bien droit, évitant le pli et facilitant le repassage. Je chanterai la pince à linge dont les parties réunies composent deux trous : avec le plus petit vous accrochez la pince sur le fil, avec le plus grand vous pincez le linge, évitant aussi les plis ; car telle est la vertu de la pince à linge, ses effets s’étendent dans le temps.

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Je chanterai la pince à linge qu’on attrape pour fermer le paquet de farine – ou de chips, qu’importe le paquet – et que l’on range ensuite dans le tiroir de la cuisine, car on a toujours besoin de refermer un paquet, même ceux qui prétendent être refermables, avec fermetures intégrées : on connaît la fiabilité de ces dispositifs ! La pince, elle, ne déçoit pas (pourvu qu’on ait replié les bords du paquet – sans non plus arriver à former un bourrelet trop épais pour que la pince l’enserre efficacement ; la pince à linge est honnête, quand on la détourne de son usage premier, elle ne promet aucun miracle).

Je chanterai la pince à linge promue pince à chapeau, alignée avec ses pareilles (les plus neuves, les plus propres, au ressort impeccable) à côté de la salle où l’on va dîner, dans les mariages en plein air. Je chanterai la pince à linge que les lecteurs des Dernières Nouvelles d’Alsace fixent sur la lucarne de leur boîte aux lettres, quand il gèle, afin que les porteurs puissent y glisser le journal sans aucune difficulté, et je chanterai la pince à linge avec laquelle on pince ses plants de tomates, en juin (c’est à cause de la dominance apicale).

Mais je ne chanterai pas les pinces à linge démantibulées, avec lesquelles les bricoleurs fascinés par la régularité des biseaux composaient des dessous-de-plat ronds et vernis, des bougeoirs, ou une cathédrale (réduite, certes ; un bel exemplaire était à Tournai) – car sacrifier des objets pour prouver son ingéniosité me paraît être la pire des perversions du bricoleur.

Ingénieuse, efficace, bon marché, aux effets durables, défiant les vents – de l’ouest, du nord ou de l’histoire, qu’importe le sens –, grégaire mais capable d’endurer la solitude, et parfois le sacrifice, la pince à linge est de droite.

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