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15 octobre 1582 : un nouveau calendrier à l’avenir prometteur

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Publié le

15 octobre 2026

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ÉPHÉMÉRIDE. Le 15 octobre 1582, dix jours disparaissent subitement du calendrier : on passe du jeudi 4 au vendredi 15 octobre. Voici comment la réforme de Grégoire XIII, née pour que la date de Pâque reste au printemps, est devenue la référence mondiale.
© Grégoire XIII par Lavinia Fontana

Cocasse. Le 15 octobre 1582, à Rome, on est vendredi. La veille ? Jeudi, bien sûr. Mais jeudi 4 octobre, pas jeudi 14 ! Dix dates viennent d’être rayées du calendrier : on passe directement du 4 au 15. Diantre ! Et ce même vendredi, en France, les sujets du roi Henri III sont encore le 5 octobre. Un seul jour, deux dates : voilà de quoi donner la migraine.

Une petite explication s’impose pour comprendre cette faille spatio-temporelle.

Au XVIe siècle, le calendrier utilisé jusque-là, hérité de Jules César, finit par poser problème. En effet, ce calendrier dit « julien » compte une année trop longue d’environ onze minutes. On pourrait se dire, à juste titre, que l’écart paraît dérisoire. A l’échelle humaine, indubitablement. Mais accumulé sur des siècles, l’écart atteint dix jours. Mazette ! Et pour l’Église catholique, ce problème est tout sauf anecdotique puisque la dérive menace de décaler la fête de Pâques par rapport aux saisons. Alors que Pâques est au printemps, elle ne doit fichtre pas devenir, à (très long) terme, une fête d’été !

Dans une Europe divisée (c’est un euphémisme) depuis quelques décennies par les Réformes protestantes, la question n’est pas seulement astronomique. Dans ce contexte, avec le concile de Trente (1545-1563) et durant les décennies suivantes, Rome met du cœur à clarifier sa doctrine, à encadrer plus étroitement les pratiques religieuses et à affirmer son autorité. La fixation de la date de Pâques étant au cœur de la vie liturgique, la correction du calendrier s’inscrit ainsi dans ce mouvement de réorganisation de l’Église catholique.

Lire aussi : 25 septembre 1926 : pourquoi fallait-il encore abolir l’esclavage ?

Le 24 février 1582, le pape Grégoire XIII passe à l’action en promulguant une réforme par la bulle Inter gravissimas. Pour ce faire, il s’appuie notamment sur les travaux de Luigi Lilio et du mathématicien jésuite Christoph Clavius. Résultat ? Après quelques calculs complexes, le calendrier grégorien voit le jour. Son astuce ? Revoir les années bissextiles, qui existaient déjà dans le calendrier julien. On conserve un 29 février tous les quatre ans, mais pour les années terminées par « 00 », elles ne sont bissextiles que si elles sont divisibles par 400. Par exemple : 1900 n’est pas bissextile, donc pas de 29 février, mais 2000 si. La migraine revient ?

Mais retirer 10 dates là comme ça, ça oblige aussi à régler des questions un peu plus terre à terre. Ainsi, par exemple, que devient une dette dont l’échéance tombe pendant les dates supprimées ? Un vrai casse-tête administratif. Heureusement, la bulle, savamment pensée, prévoit ainsi de préserver les délais de paiement. Bien vu. Changer le calendrier peut toucher aux fêtes, mais attention aux comptes, on ne rigole pas avec ça.

Alors, on se demande bien quand et pourquoi ce calendrier grégorien devient la référence internationale. En fait, cela vient progressivement sur plusieurs siècles. En France, Henri III ordonne l’adoption du nouveau calendrier le 3 novembre 1582. Le changement intervient en décembre : le dimanche 9 est suivi du lundi 20. Au tour des sujets du roi de sauter dix dates !

La Grande-Bretagne s’aligne en 1752 : le décalage s’étant accru, elle passe alors directement du 2 au 14 septembre. La Russie change de calendrier civil en 1918, après la révolution bolchevique.

Avec l’intensification des échanges, disposer de dates communes devient de plus en plus utile. Cela part des administrations, du commerce et des empires coloniaux qui contribuent à diffuser le calendrier grégorien. In fine, d’autres États l’adoptent peu à peu, à l’instar du Japon en 1873, à l’ère Meiji. La généralisation dudit calendrier résulte ainsi de décisions politiques, et de besoins pratico-pratiques.

Il n’existe donc pas de date unique à laquelle associer le fait que le calendrier grégorien devienne la norme internationale : cet usage commun s’installe progressivement, au gré des pays. Cela dit, une étape est franchie en juin 1988, lorsque l’Organisation internationale de normalisation, l’ISO, publie la première édition de la norme ISO 8601, consacrée à la représentation des dates et des heures. Ses versions successives prennent le calendrier grégorien pour référence dans les échanges d’informations. L’ISO formalise ainsi l’écriture des dates d’un calendrier déjà largement répandu. Et voilà comment un calendrier né pour mieux fixer Pâques a aussi trouvé sa place jusque dans nos ordinateurs. Grégoire XIII n’y aurait pas cru.

Pour autant, être l’étalon calendaire mondial n’en fait pas le calendrier unique de l’humanité, cela va de soi. D’autres calendriers continuent de rythmer les pratiques religieuses et culturelles. Ainsi, le calendrier hégirien demeure strictement lunaire ; les calendriers hébraïque et chinois traditionnel articulent l’année selon des logiques luni-solaires qui leur sont propres. Tous continuent de dater des fêtes et de structurer des identités culturelles. Un même jour sur Terre possède ainsi une pluralité de dates, selon la tradition ou la religion qui le compte.

Un dernier point, pas des moindres. Compter le temps ne suffit pas à comprendre son déroulement. Nous numérotons les années, les regroupons en siècles, puis nous donnons des frontières aux époques, mais « faut-il vraiment découper l’histoire en tranches », pour reprendre Jacques Le Goff ? Ça, c’est un autre sujet.

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