À côté de ses triomphes wagnériens qui l’ont imposée parmi les grands sopranos dramatiques de sa génération, Lise Davidsen avait déjà abordé plusieurs héroïnes verdiennes, de Leonora (La Forza del destino) à Elisabetta (Don Carlo), jusqu’à sa toute récente prise de rôle en Lady Macbeth au Met. On ne l’attendait pourtant pas si tôt dans un album entièrement consacré à Verdi, où viennent s’ajouter Amelia (Un ballo in maschera) et Aida. Elle semble prédestinée à ce répertoire par le format exceptionnel de la voix, avec son volume opulent, son immense palette dynamique, son timbre capiteux aux aigus cuivrés. Mais ces rôles exigent davantage qu’un instrument hors norme. Au-delà de la performance vocale, on y attend une incarnation. L’impression est celle d’un projet prématuré.
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Il est légitime de vouloir fixer au disque l’état de grâce d’une voix aussi prodigieuse. Mais on ne peut se confronter aux plus grandes interprètes sans être habitée par un sens abouti du style – le relief des mots, l’inflexion du phrasé, la progression des couleurs. Partout ici le ton est emprunté. Alors, que retenir sinon le pur plaisir du chant ? Ces sons filés et ce cantabile souverain dans la prière de Leonora, ces nuances suspendues dans « Tu che le vanità » ou encore ce souffle infini dans « Ritorna vincitor ». Soutenue par un orchestre aux couleurs somptueuses et une prise de son admirable, Lise Davidsen laisse entrevoir le bonheur qu’elle pourra nous offrir un jour. À condition de déployer, par la maturité stylistique et l’abandon expressif, ce supplément d’âme qui lui fait encore défaut.
VERDI Airs de Macbeth, Un ballo in maschera, La forza del destino, Don Carlo, Aida – soprano, Lise Davidsen – London Philharmonic Orchestra, dir. Edward Gardner – 1 CD Decca, 18€99




