En 1975, Edward Abbey publie Le Gang de la clef à molette, roman picaresque où des écologistes sabotent tous les projets de développement industriel qui pollueraient, visuellement et spirituellement autant que physiquement, l’Arizona et le Nouveau-Mexique. La jeune féministe Bonnie, Hayduke, vétéran du Vietnam, le guide Seldom Seen et Doc sont partis en guerre contre les autoroutes, les usines et les mines. Alors les ponts explosent, les engins sont incendiés, les trains déraillent et les policiers sont énervés. On se réjouit sans trop réfléchir à leur épopée dérisoire et joyeuse, Les Copains de Jules Romains version États-Unis et dynamite, Abbey livrant là le double lumineux et goguenard de Seuls sont les indomptés (Sarbacane, 2019, en bande dessinée, Gallmeister, 2024, en roman), à la triste fin.
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Jean-Baptiste Hostache, qui signe le scénario, le dessin et les couleurs, a un trait qui mélange Goossens, Blain et Morris – mais surtout un trait qui n’appartient qu’à lui, à la fois descriptif et caricatural, qui lui permet autant la mise en scène grandiose des paysages sauvages que le gros plan à la limite du manga, avec une palette aux tons un peu assourdis comme ces années 70 aux couleurs passées et pastel malgré elles. Le volume est généreusement épais, Hostache s’étant plongé avec délices dans les péripéties pieds-nickelesques du quatuor et nous les offrant toutes avec un grand bonheur dans l’adaptation et le découpage, sachant citer le roman ou inventer des images muettes restituant les scènes imaginées par Abbey autant que son ton.





