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UNE FEMME QUI EN A

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Publié le

26 janvier 2018

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femme qui en a

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Le premier roman de Nanoucha van Moerkerkenland ouvre l’année nouvelle comme il faut. De la jeunesse, de la passion, du sang, du foutre et beaucoup d’humour. C’est tout cela, Le cœur content: un roman qui sonne comme une gifle, qui transit comme un baiser. Administrés par une jeune femme.

 

Misogynie mise à part, Nanoucha van M. écrit comme un mec. C’est une des premières choses qui viennent à l’esprit. Il n’y a guère qu’Estelle Nollet pour concourir dans la même écurie. Nanoucha le concède : « Cette réflexion ne me choque absolument pas. Il n’y a pas une personne qui ait lu le livre qui ne l’ait faite. » Alors, le style, une affaire d’hommes? « Il faut dire que dans nos grands modèles littéraires, il y a tout de même plus d’hommes que de femmes. Ce sont eux qui ont donné le ton, même si cela résonne d’une manière particulièrement incorrecte aujourd’hui. À l’heure de la dilution du masculin et du féminin, c’est amusant, car il faut bien constater que ce sont des choses qui ressortent. Pour autant, je ne pense pas que le style ait un sexe. Mais il s’agit d’un roman choral, dans lequel se trouvent plus d’hommes que de femmes. Cet aspect tranchant, le fait qu’ils soient fiers d’être sans concession, ça vient de leur âge. Ils veulent avoir les jambes griffées par les ronces. Ne pas se contenter de rouler à 60 sur la voie de droite. »

 

« Elle était chiante et végétalienne. »

 

L’histoire : cinq personnages qui vivent presque en huis clos, dans un hors-monde qui est l’apanage de leur âge. Deux filles, trois garçons, liés par une amitié qui leur sert d’honneur autant que de famille, de clan, de protection. Ils ont vingt ans, l’âge des barrières, celles que l’on saute avec souplesse, insouciance, frénésie ; celles dont on s’entoure aussi, pour se garder du monde. Surtout ne jamais être comme eux, les adultes, modèles repoussoirs. Il y a Andreï, le cosaque violent au grand cœur, qui aime Elsa. Celle-ci s’est tout d’abord enamourée de Zacharie, juif chétif, pur esprit, corps pur. Trop pur pour qu’Elsa ne se tourne pas vers Andreï qui, lui, a un corps, comme elle. Autour du trio, trinité davantage que trouple, gravite Paul, grand bourgeois, petit aristocrate, bravache mais trop respectueux. Et puis Suzanne, bien-pensante, marie-couche-toi-là, dont Andreï dit: « Je ne sais pas ce que cette grande brune chaloupée faisait dans la bande. Elle était en master de droit humanitaire. De nous tous, c’est la seule qui avait la télévision. Elle nous vantait les mérites du village planétaire […]. Elle nous traitait de fachos à tout bout de champ. Elle avait lu Bourdieu. Elle était chiante et végétalienne. Mais ses râleries nous distrayaient. Elle nous évitait de verser dans l’entropie. Et puis il fallait une autre fille pour que cette histoire fonctionne. »

Ils veulent avoir les jambes griffées par les ronces. Ne pas se contenter de rouler à 60 sur la voie de droite. Nanoucha van Moerkerkenland

Roman choral donc, comme l’explique Nanoucha van M. Une histoire narrée par chacun des personnages, tour à tour, voici l’un des aspects remarquables du roman. Cinq narrateurs, cinq styles, cinq manières de s’exprimer, de penser, de voir, de sentir. Masculin, féminin, notre primo-romancière maîtrise la psychologie, la personnalité et la gouaille de chacun. « Il était à la fois plus difficile et plus intéressant de se glisser dans la peau de personnages masculins. J’ai essayé de montrer sans décrire, c’est peut-être ce qui fait masculin. Si j’avais décrit, j’aurais fait du sentimentalisme, ç’aurait été chiant! L’aspect passionnant du travail, ç’a été de se glisser dans la peau de chacun des personnages. Ils se mentent les uns aux autres, se mentent à eux-mêmes et se révèlent dans leurs contradictions. »

 

Lire aussi : Le cercle d’Anita par Samuel Brussell

 

Un roman sur l’impuissance

 

Dans toute tragédie, l’échec est couru d’avance. Le ver est toujours déjà dans le fruit. Ces enfants-là, ces enfants terribles, il leur faudra se frotter au monde. Quitter leur idéal. « L’idéal tue », mais les rêves, on les garde, et on devient adulte. « Le seul qui refuse de quitter son idéal, d’aller acheter des gobelets au supermarché, c’est Zacharie. Et finalement, c’est peut-être Suzanne, la doxa, la morne, qui est la plus heureuse. Au bout du compte, c’est un roman sur l’impuissance: ils ratent tous le virage. Et c’est le plus malhabile, le plus raté qui sera le plus immortel. Une fois l’enfance éternelle close, les autres sont contents d’en être sortis. » Quelque part, on est toujours soulagé de rentrer dans le rang.

 

 

LE CŒUR CONTENT

Nanoucha van Moerkerkenland

Gallimard

240 p. – 18 €

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