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Cantique quantique

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Publié le

15 mars 2018

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quantique

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On n’a encore rien vu. Même si les théories quantiques fêtent leur premier siècle, leurs applications sont encore balbutiantes. On annonce la découverte d’un nouveau continent : vivants ou morts y serons-nous? Seul le chat de Schrödinger le sait.

 

Quantique. Le mot claque comme un impact et ruisselle de fantasmagories. Les scientifiques se querellent à propos des perspectives vertigineuses offertes par la physique quantique. Beaucoup y redoutent le cheval de Troie de l’obscurantisme. La mécanique quantique adouberait-elle chamans, magnétiseurs et consorts au prétexte qu’elle prétend souligner l’existence d’autres flux d’informations et de probables connexions jusqu’alors inconnus? Au-delà de la somatisation, l’effet salvateur du guérisseur en ses rituels, enfin décrypté et validé par l’université ? Une corne d’abondance démesurée pour les génies de la SF; les poètes et les rêveurs, leurs ultimes afficionados, y retrouveraient-ils leur compte et le sourire ?

Le quantique est démesure ! De son éclosion chaotique et corrosive dans les collèges de physique des très fécondes décennies fin XIXe-début XXe, aux ondes gravitationnelles où elle a son mot à dire, l’hypothèse quantique n’est qu’hyperbole. Elle propose sur un mode implacable une reconstruction de notre univers

Du concret, y’en a partout: ordinateurs, fusion supraconducteurs, lasers, IRM, téléphones cellulaires, Leds, miracles christiques, cuisine étoilée, Le Cap Horn, etc. « Un vertige ! », me susurre un adepte. Son identité : instable, ondulatoire, englobant l’univers et tout ce qui précède. La beauté du quantique, me décortique une scientifique pédagogue docilement engoncée dans son uniforme de chercheuse titulaire au CNRS, « c’est que ça oblige quand même à renoncer à tout sens commun… ».

Les commerçants du GAFAM se pourlèchent les babines rapport au prochain prodige : l’ordinateur quantique. Les clairsemés philosophes encore connectés avec le contemporain y décèlent une béance métaphysique de tout premier ordre. Les apôtres de l’Intelligence Artificielle ? Un levier majeur du transhumanisme glaçant de demain. Newton se retourne dans sa tombe. Le concept quantique ébranle de fond en comble l’harmonie de sa physique. Pulvérise sa matérialité.

« Non seulement l’univers est plus étrange que nous le pensons, mais il est plus étrange que nous ne pouvons le penser. » Werner Heisenberg

Gros boucan. Néanmoins, règne sur la question quantique une unanimité inattendue : ce nouveau chapitre scientifique, hétérodoxe et sophistiqué, ouvre à la sagacité d’immenses continents qui interloquent, secouent et poussent à l’hérésie, l’intégralité des sciences, des philosophies, des savoirs, des intuitions, des arts, des anthropologies, des spiritualités, des sortilèges et de l’amour. Et si le quantique était cette déflagration ontologique qui ne pulvérise qu’une unique fois l’histoire de l’humanité ?

Citons l’aphorisme de Werner Heisenberg, le parrain de la mécanique quantique : « Non seulement l’univers est plus étrange que nous le pensons, mais il est plus étrange que nous ne pouvons le penser. »

À l’origine, l’objet d’étude du quantique est l’infiniment petit : l’atome, ses particules le neutron et le proton, les électrons, les quarks; les scientifiques parlent de quanta. Première intuition : l’infiniment petit ne réagit pas comme l’infiniment grand. Deuxième intuition : chaque élément possède deux états, un état ondulatoire et un état corpusculaire. Théoriquement, cet élément peut se trouver dans deux états en même temps: onde et particule. « Si on observe un électron, il se trouve dans une position précise, explique Olivier Fassio, architecte et psychanalyste “quantique” à Montpellier. Dès que nous cessons de l’observer, il développe son aspect ondulatoire et ne se trouve plus à un endroit précis. Il devient alors impossible de prédire avec certitude où la particule se trouvera la prochaine fois que nous l’observerons. Toute matière émet des ondes. Toute matière est donc à la fois ondulatoire – hors temps et hors espace – et corpusculaire – ici et maintenant. C’est ce que les physiciens quantiques appellent les deux états superposés de la matière. Pourquoi superposés? Parce que les physiciens ne peuvent observer ces deux états à la fois. »

 

Lire aussi : Petite philosophie du transhumanisme

 

C’est le physicien et philosophe Erwin Schrödinger qui a signé la meilleure métaphore du quantique avec sa célèbre expérience de pensée imaginée en 1935 : « Le chat de Schrödinger ». Un chat est enfermé dans une boite hermétique avec un dispositif qui tue l’animal dès qu’il détecte la désintégration d’un atome d’un corps radioactif. De l’extérieur de la boîte, on ignore tout. Le chat est-il vivant? Est-il mort? Il est en réalité, affirme la théorie quantique, à l’instant T où je m’interroge, vivant et mort. Les deux à la fois. Il est dans les deux états superposés. L’observation, la conscience mettent fin au double jeu. L’observateur modifie le comportement des molécules d’un corps par le seul fait de l’observer, pousse même la théorie quantique.

Un autre principe de la gamberge quantique est « l’intrication ». Des particules ayant été au contact les unes des autres sont intriquées. En conséquence, une interaction sur une des particules a une répercussion sur d’autres particules, en d’autres endroits. Par extension, le quantique affirme que ces informations sont instantanées, qu’elles s’affranchissent de la limitation de la vitesse de la lumière. L’interaction est immédiate, quelle que soit la distance. L’un de mes actes aurait alors une résonnance à l’autre bout de l’infini sidéral au moment même où je l’accomplis.

 

Un miroir aux alouettes

 

On devine les perspectives que cela ouvre, et pourquoi les tenants de cosmogonies jusqu’ici jugées farfelues se frottent les mains. Ces zélotes ne se privent pas de citer Einstein : « Le mental intuitif est un don sacré et le mental rationnel est un serviteur fidèle. Nous avons créé une société qui honore le serviteur et a oublié le don. » Ils interprètent : notre esprit, notre conscience, notre inconscient sont constitués de quanta. La pensée est une énergie qui affecte directement la façon dont notre cerveau et notre ADN contrôlent notre physiologie. Les cellules communiqueraient entre elles grâce à des flux de photons spécifiques, hors échanges chimiques, hors contacts. Les univers parallèles du chaman prennent du sens. La télépathie itou. Comme la décorporation, les mystiques bouddhistes, la médecine ayurvédique, la réincarnation, le voyage dans le temps, etc.

 

Lire aussi : l’homme augmenté, perspective de l’homme diminué, par Olivier Rey

 

Mais le quantique affole d’autres domaines bien plus hardcore. Exemple hautement stratégique : l’informatique. Aujourd’hui, nos ordinateurs capables de plier un maître de go ou d’échecs, répondent à une logique binaire, fruit de l’architecture conçue par Van Neumann, l’un des pères de l’informatique. Dans ce système, le bit, la plus petite unité d’information, ne peut prendre que deux valeurs, 0 ou 1. L’ordinateur quantique tourne le dos à cette logique binaire et utilise les propriétés d’intrication et de superpositions d’états.

L’intégralité de la Silicon Valley a les yeux braqués sur les nouveaux continents quantiques. Les comparses banquiers salivent.

Raoul, chercheur hirsute en informatique, précise : « Au lieu d’effectuer de manière séquentielle toute une série de calculs pour parvenir à un résultat final, l’ordinateur quantique peut donc, en théorie, avoir accès à la totalité des résultats en une seule étape, ce qui laisse espérer des machines dont la puissance de calcul serait des milliers de fois supérieure à celle de nos superordinateurs d’aujourd’hui… ». L’intégralité de la Silicon Valley a les yeux braqués sur les nouveaux continents quantiques. Les comparses banquiers salivent.

Inévitablement, la recherche militaire renifle de près. Un exemple particulier illustre ce tropisme kaki : les poils microscopiques, les setae, qui permettent au lézard gecko une adhérence surnaturelle. Les setae fonctionnent grâce aux forces de van der Waals, une opération quantique qui utilise des particules virtuelles sans aucune action moléculaire classique…

Ça s’empoigne, ça s’émerveille, ça galvanise ! Néanmoins, la théorie quantique demeure un fabuleux accélérateur d’imagination. Ne la snobons pas.

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