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Les Herbiers : en rouge et noir

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Publié le

14 juin 2018

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Pendant deux mois, Les Herbiers, commune vendéenne de 16000 habitants située à deux pas du Puy du Fou, a vécu à l’heure du foot. Un vrai chemin… de paradis.

 

Tout a commencé un 6 février, mais on était loin de penser qu’on verrait finalement la place de la Concorde. Ce jour-là, le VHF – Vendée Les Herbiers Football, fondé en 1919 par le vicaire de la paroisse, l’abbé Rousseau – joue les huitièmes de finale de la coupe de France au stade de l’Abbé-Deschamps – autre vicaire, qui finira protonotaire apostolique – contre le club mythique de l’AJ Auxerre, certes descendu en Ligue 2 mais quadruple vainqueur de la coupe de France. Seule une cinquantaine de supporters a pu faire le déplacement. Auxerre, c’est loin (500 bornes) et on ne sait même pas si le match aura lieu. « À cause de la neige, nous étions les seuls à rouler », se souvient l’un eux. En arrivant, ils hallucinent : « Nous nous sommes retrouvés encadrés par des CRS ! » Des hooligans, les Herbretais ?

Pas vraiment. Le supporter du VHF, c’est monsieur et madame tout-le-monde. On vient au stade en famille pour encourager un club qu’on connaît, des joueurs que l’on croise dans la rue. Les soirs de match, on se relaie pour tenir la buvette ou ramasser les ballons. Le week-end, on encadre les minots qui jouent contre les clubs voisins. Le tout bénévolement.

 

Un kop s’organise

 

Au bout de 90 minutes, c’est : « Et un, et deux, et trois zéro ! » Le VHF sort de façon magistrale le club de Guy Roux et décroche son billet pour les quarts de finale. Pour la première fois, un club vendéen est qualifié pour les quarts. L’aventure peut réellement commencer et dès lors, c’est toute une ville qui se met aux couleurs du club. « En rouge et noir », comme le chantera dans un clip créé pour l’occasion avec les supporters le Vendéen Philippe Katerine.

À la mairie, on tire les premières affiches. Du côté de l’association des commerçants, on se mobilise. Yohan Lérin, son président, nous explique : « Nous avons distribué des kits spéciaux coupe de France avec écharpes, maillots, etc., dans plus de 110 commerces de la ville. Nous voulions que le maximum de commerces soit aux couleurs du club. » Du magasin de lingerie au boucher en passant par la maison de la presse et la jardinerie, chacun se met en rouge et noir.

 

La petite ville entière pavoise aux couleurs du club. Les Herbiers centre du monde.

 

Le quart est contre les « sang et or » du R.C. Lens. Cette fois, le club joue à domicile. Enfin presque. Le stade des Herbiers n’est pas homologué pour accueillir un match de ce niveau. Il faudra jouer à La Beaujoire, le stade de Nantes, à une heure de route. Dix bus sont affrétés par la mairie ; on s’en arrache les places.

Pour les supporters, le challenge est de tenir 90 minutes dans un vrai stade face aux supporters lensois connus pour leur ferveur. Des milliers de drapeaux, confectionnés à la vitesse d’un penalty de Ronaldo, sont distribués. Un kop s’organise. Pour le reste, on verra bien. Le soir venu, il fait froid, très froid. On chante pour se réchauffer, on pousse les joueurs et ça marche : la rencontre finit aux tirs au but par une victoire herbretaise. Le miracle continue ! De retour aux Herbiers, les plus fêtards ne se quitteront qu’à 5 heures du mat’ dans le club house du VHF, juste à temps pour aller prendre une douche avant d’embaucher.

Avec ce ticket pour la demi-finale, toute la ville se met à penser foot. Des guirlandes rouges et noires sont suspendues dans le centre-ville sur plus de deux kilomètres ! De grandes bâches sont tendues avec une photo de l’équipe et ce slogan : « Faites-nous rêver! » Et on se met à rêver pour de bon. Les plus optimistes voient déjà le coup d’après : la finale au Stade de France. On en parle, mais seulement à demi-mot, par superstition. Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir propulsé au fond des cages adverses.

 

Les herbiers terre de géants

 

Dans les cafés, on ne parle plus que football. Surtout chez Mario, au Café des sports. Franck Decottignies en a fait son quartier général. Franck ? C’est le chef des supporters. Ce fan du VHF a déjà connu plusieurs vies : chauffeur de Philippe de Villiers, ouvrier, patron de bar, il est désormais à la tête de trois entreprises et trouve encore du temps pour animer le kop. Avec sa femme, sa fille et ses amis, c’est lui qui assure la logistique : les drapeaux, les chants, la sono, etc. « Entre la demi-finale et la finale, c’était de la folie ! Une expérience inouïe, nous raconte-t-il. C’était tous les jours, jusqu’à des heures pas possible. » À peine reposé, il confesse : « On commence juste à digérer tout cela. »

 

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

 

17 avril : c’est le jour de la demi-finale. La Vendée revient à la Beaujoire contre Chambly, un patelin picard qui en a passé trois au VHF en championnat. C’est pas gagné… Il est 16 h 30, cela fait déjà deux heures que tout le monde chante et les bus de supporters sont sur le départ. Cette fois, il fait chaud, très chaud. Mais, après seulement quelques mètres, un bus s’arrête. Que se passe-t-il ? Un supporter en descend. Hilare. « J’ai oublié la glacière ! » Rigolade générale.

Les 35 000 places du stade se sont vendues en trois semaines. Du patron à l’ouvrier, du grand-père au petit-fils, nul ne veut manquer ce moment historique pour la Vendée. Les trois frères Villiers, Philippe, celui du Puy du Fou, Bertrand, le patron de la radio Alouette, et Pierre, le général, sont eux aussi de la partie.

Les Vendéens mettent le feu. À la télévision, on ne verra qu’eux, on n’entendra qu’eux.

Dès la quatre voies, l’ambiance monte. Ça bouchonne, ça klaxonne à tout-va. Désormais aguerris, les Herbretais n’ont plus rien à envier aux ultras des clubs de Ligue 1. Ils déploient un tifo « Les Herbiers, terre de géants ! » Même les journalistes n’en reviennent pas. Quatrevingt-dix minutes et deux buts plus tard, c’est l’explosion : « On est, on est, on est en finale! »

 

La Vendée se soulève, prend le Stade de France et gagne le cœur de tous les Français.

 

Au retour, les buvettes du stade des Herbiers sont ouvertes en attendant les vainqueurs. Quatre cents supporters en liesse les accueillent. Le bus fait un tour d’honneur ; les joueurs sont assaillis d’applaudissements, de chants, d’embrassades. Le lendemain, L’Équipe s’arrache. « La Vendée au paradis », titre le quotidien sportif. Aux Herbiers, effectivement, tout le monde est au septième ciel

Dès lors, tout s’emballe. Le ballon rond est le seul sujet de conversation. Les sollicitations médiatiques se multiplient. Franck, le chef des supporters, Michel Landreau, le président du VHF, et Véronique Besse, le maire, enchaînent les interviews. « Pour la ville, nous confie cette dernière, cette aventure est un formidable coup de projecteur. Désormais, toute la France sait où se trouve Les Herbiers. »

 

Le jour J

 

Le jour J, 140 cars partent de toute la Vendée ! Encore une fois, on y va en famille, avec les glacières dans les soutes. Au Stade de France, malgré la défaite – très honorable sur le plan sportif – les Vendéens mettent le feu. À la télévision, on ne verra qu’eux, on n’entendra qu’eux. Pendant ce temps, aux Herbiers, 9 500 supporters, qui n’ont pas pu faire le déplacement, sont réunis devant un écran géant. Impossible de rater ce moment inenvisageable deux mois plus tôt.

 

© Benjamin de Diesbach pour L’Incorrect

 

Cette aventure de la coupe de France s’est terminée le 12 mai dernier là où tout se passe habituellement: au stade des Herbiers, le stade Massabielle. Oui, du nom de la grotte de Lourdes dont une réplique a été édifiée à proximité peu après la Grande Guerre ! Ce soir-là, Les Herbiers fête le retour de ses héros. Malgré la pluie, 5 000 personnes sont là pour accueillir les joueurs et leur entraîneur, Stéphane Masala. Et malgré la défaite amère contre Béziers la veille (Robert Ménard, 4 – Véronique Besse, 1) et la relégation en division inférieure, les joueurs doivent fendre la foule pour accéder à la tribune.

« Ohé, ohé, ville des Herbiers, tu es la fierté de la Vendée. » Pas que de la Vendée. Toute la France enracinée était derrière Les Herbiers. À défaut d’avoir gagné la finale, Les Herbiers a gagné les cœurs, et pas seulement ceux « entrelacés surmontés d’une couronne et d’une croix » et « fidèles à l’un et à l’autre »…

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