Skip to content

Edouard Louis : MÉPRIS ET PITIÉ D’UN PARVENU

Par

Publié le

20 juin 2018

Partage

edouard louis @DR

[vc_row][vc_column][vc_column_text css= ».vc_custom_1529489468076{margin-right: 25px !important;margin-left: 25px !important;} »]

Faut-il insulter son milieu d’origine pour être un transclasse accompli?

 

A l’heure où le peuple des sans-dents en prend plein dedans, il semble pertinent, sinon urgent, de s’interroger sur la représentation de la « France périphérique » dans la littérature – nom fumeux et porteur d’un prestige usurpé aux temps jadis, disons plutôt: sur le marché national du livre. En 2014, la ridicule proportion de nos compatriotes qui lisent avait pu découvrir Édouard Louis, brillant étudiant d’une vingtaine d’années, propre comme un sou neuf et bien peigné, aux airs d’angelot tendant le panier aux fidèles à la fin de la messe.

Ne vous fiez pas à son allure d’ex-enfant mannequin pour Cyrillus, Édouard Louis, né Eddy Bellegueule, est l’incarnation parfaite pour Les Inrocks du white trash émancipé. Issu d’une famille d’ouvriers crasseux se nourrissant presque exclusivement de pommes de terre (une attitude pourtant éco-responsable pour des habitants du Vimeu, ce petit terroir picard coincé entre le Ponthieu et le pays de Bray), le jeune disciple de Didier Eribon avait retracé au long de deux cent vingt pages dignes d’une Passion laïque son enfance martyre entre brimades, coups et humiliations, le tout dans un contexte d’homophobie prégnante. Une image de la campagne aussi fine et objective qu’une exégèse du Coran par Michel Onfray … Difficile de penser, pour des esprits chagrins qui se qualifieraient de lucides, qu’un premier « roman » d’un illustre inconnu publié au Seuil jouisse d’une telle couverture médiatique si le propos eût été réellement subversif…

 

Lire aussi Luc-Olivier d’Algange : « Pour Jünger, ce qui est beau est obligatoirement éthique »

 

Aujourd’hui, c’est sur un ton larmoyant mais non empreint d’affection que Louis revient fouler le tapis rouge des chroniques littéraires conventionnées. Sans surprise, les quatre-vingt pages lues en moins d’une heure sont qualifiées de « chef-d’œuvre » et de « récit bouleversant » par des pigistes qui, pour une fois, peuvent se targuer d’avoir lu un ouvrage en entier. Louis décrit son père, ouvrier au corps meurtri par la manutention, le travail en usine et l’alcoolisme au long d’un récit très autocentré et décousu, marqué d’un style hasardeux hésitant entre énième panière de linge sale renversée en public et hommage au lumpenprolétariat avec champ lexical halal de l’UFR de socio.

Louis dresse le portrait d’un homme exsangue, usé jusqu’à la corde, impotent, lourd, violent et hargneux, mais fier de son enfant par intermittence (lorsque le cubi de Villageoise commence à faire effet). Le livre de Louis, qui n’est pas sans rappeler un film de Maïwenn, prétend remonter le fil de l’indigence pour expliquer et excuser le comportement de son pater familias, dont il a, malgré le vibrant hommage en demi-teinte, choisi de renier le patronyme au profit d’un nom passe-partout et agréé par ses nouveaux camarades d’étude. Louis, dans les pas de Zola, accuse les puissants d’être responsables de la condition épouvantable de l’aïeul Bellegueule.

 

Voir Drieu et d’Annunzio : l’Europe en flammes

 

« En mars 2006, le gouvernement de Jacques Chirac, […] et son ministre de la Santé Xavier Bertrand, ont annoncé que des dizaines de médicaments ne seraient plus remboursés par l’État. […] Les problèmes de digestion étaient constants pour toi. Acheter des médicaments pour les réguler devenait de plus en plus difficile. Jacques Chirac et Xavier Bertrand te détruisaient les intestins. » Il en va de même, sur une partition identique, avec Sarkozy, Hirsch, Hollande, El Khomri et Macron (qui semble avoir survécu à l’enfance picarde).

Édouard Louis pointe du doigt les politiciens médiatiques déjà tous caricaturés par Charlie Hebdo et Plantu (baromètre de la laïcité aux dessins médiocres) comme un Guevara en rogne à une tribune des Nations Unies. Las, nous ne pourrons compter cette fois encore sur la nouvelle recrue de l’ambassade de la France périphérique aux Deux Magots pour présenter un portrait juste et mesuré de la caste qui l’a vu naître et qui, certainement, doit le regarder avec sidération et incompréhension tout comme lui l’observe désormais avec le prisme déformant de la théorie universitaire. Édouard Louis, ce fils d’un pilier de comptoir de PMU, n’aura gravi les échelons que pour finir par débiter au comptoir du Flore des poncifs bourdieusiens.

[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest