La présidente de La Manif pour Tous estime qu’une mobilisation massive verrait le jour si Emmanuel Macron décidait d’élargir la PMA aux femmes en couple homosexuel ou aux femmes seules. Exclure les hommes de la filiation serait très grave pour l’avenir de nos sociétés.
Les États généraux de la bioéthique viennent de se terminer. Que pensez- vous de cette démarche ?
Ces États généraux ont été voulus d’une ampleur inédite avec beaucoup plus de débats citoyens que lors des éditions précédentes, une consultation en ligne et un grand nombre d’auditions (172). On ne peut que saluer cette ampleur tout en déplorant le caractère partisan du site internet et la formulation biaisée des propositions, partant pour la plupart d’arguments pro-PMA. Malgré cela, la participation a montré une opposition massive aux transgressions envisagées. Même s’il a passé cela sous silence, le président du Conseil Consultatif National d’éthique (CCNE) a néanmoins publiquement reconnu que sur la PMA sans père, « il n’y a pas de consensus ». C’est fondamental puisqu’Emmanuel Macron avait posé comme condition à l’évolution de la PMA « l’existence d’un large consensus ».
Pensez-vous qu’il puisse y avoir une mobilisation massive si Emmanuel Macron décidait tout de même de passer en force ?
Oui, la mobilisation serait massive car l’opposition est à la fois très large, très ferme et en outre transversale : elle concerne les conservateurs, mais aussi une frange des Verts et de la gauche, comme l’a montré le dossier sur la PMA publié par Charlie Hebdo en septembre 2017. De même, du côté de LREM, un certain nombre de députés sont opposés à ces transgressions. D’ailleurs, la tribune en faveur de la PMA sans père publiée le 29 mai dernier dans Libération n’a été cosignée que par 47 députés LREM (sur 309) alors qu’il y en avait 156 pour celle sur l’euthanasie. J’ajoute que, en 2012- 2013, beaucoup se disaient favorables au mariage gay mais opposés à la PMA sans père et à la GPA. Il y a donc potentiellement une opposition immense qui peut se cristalliser dans la rue, plus massivement encore qu’il y a cinq ans. De fait, toucher à l’enfant, ne peut être que dangereux pour le pouvoir en place !
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Sur le fond, quel est l’argumentaire que vous allez développer contre l’instauration de la PMA sans père ?
Il faut d’abord insister sur l’effacement délibéré du père dont l’enfant sera la première victime. Sur ce point, aucun raisonnement ne parviendra à faire taire une évidence qui s’éprouve au plus profond de nous-mêmes avant de se démontrer : l’absence de père crée évidemment un manque. Prétendre le contraire revient à délégitimer les pères puisque leur paternité serait accessoire et sans importance pour l’enfant. C’est aussi signifier aux enfants, aux ados et aux jeunes d’aujourd’hui que leur père ne compte pas vraiment. Ce serait gravissime !
Outre la toute-puissance donnée à la femme qui pourrait, si elle le souhaite, faire disparaître l’homme de l’histoire et de la vie de l’enfant, on en viendrait à concevoir une « filiation » qui n’a plus rien à voir avec la réalité humaine : elle serait seulement fondée sur le désir des adultes. Dans ce cas, si demain on valide la possibilité d’une « filiation » avec un parent unique ou une double filiation maternelle, après-demain on validera une filiation impliquant deux hommes (dans le cadre de la GPA) ou, pourquoi pas, 3 parents ou plus (la multi-parentalité, autre revendication de l’inter-LGBT).
Toucher à l’enfant ne peut être que dangereux pour le pouvoir en place!
J’ajoute que détourner la médecine pour en faire une prestation de service nous ferait rentrer dans une logique transhumaniste. En effet, la médecine n’aurait plus seulement à « réparer » l’être humain, mais aussi à « augmenter » ses capacités naturelles, ce qui ouvrirait une boîte de Pandore : avec la PMA sans père, la PMA post-mortem, la PMA au-delà de la ménopause, la GPA, la sélection génétique, etc.
La PMA sans père serait un saut anthropologique, éthique et juridique : il est donc fondamental pour les générations à venir de ne pas la laisser advenir !
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Quelle est l’actualité de LMPT au mois de septembre ?
Nous préparons très activement l’année qui vient, rencontrons les acteurs institutionnels, intellectuels, scientifiques, politiques, en charge des questions de bioéthique et lançons notre Université d’été les 22 et 23 septembre prochains, avec des intervenants exceptionnels comme Pierre Manent, Patrick Buisson, Grégor Puppinck ou encore Ivan Rioufol. Ce rendez-vous sera capital car il aura lieu au moment où le CCNE et l’Office Parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et techniques (OPECST) rendront leurs avis et où le Président devrait potentiellement s’exprimer sur le sujet. Ce pourrait être alors aussi un évènement de lancement de mobilisation…





