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De Roux, Vitry, Finkielkraut, Rey : la grande recension des essais de la rentrée

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Publié le

7 octobre 2018

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Retour à Dominique de Roux

Dirigé par Olivier François, éditorialiste littéraire de la revue Éléments, ce livre réunit les interventions prononcées lors du colloque organisé en juin 2017 à l’occasion du quarantième anniversaire de la mort de Dominique de Roux. Ces textes signés Pierre-Guillaume de Roux, Gabriel Matzneff, François Bousquet, Philippe Barthelet, Pascal Sigoda, Laurent Schang et Didier da Silva, accompagnés de la réédition de trois textes de Philippe Barthelet, permettent d’appréhender ses diverses facettes. Olivier François, directeur de ce collectif situe Dominique de Roux: il « n’est pas de ces écrivains que le temps a livrés aux ennemis du verbe: glosateurs, professeurs, adorateurs des cendres, orateurs de pompes funèbres, gourous de clans et de cliques ». Une manière juste de décrire l’actuel « Paris des lettres ». Rares, parmi ces gens de peu d’importance littéraire, savent l’influence souterraine exercée par la vie et l’œuvre de Dominique de Roux depuis sa mort. Avec lui, en le lisant, et en s’intéressant à son travail éditorial, nombre de jeunes gens sont entrés dans la carrière, mais pas n’importe laquelle, celle que le mainstream nomme bêtement « réaction ». Un mot creux, car il n’y a de réaction que celle de la colère saine devant la confusion des esprits dans laquelle s’égare notre monde, pour citer indirectement Dominique de Roux, auteur d’un Immédiatement qui donna naissance à une revue éponyme, laquelle joua elle aussi un rôle de résistance. Il s’agit de cela, avec de Roux, comme avec ceux qui se savent redevables de son état de l’esprit: la résistance. Olivier François l’écrit ainsi: « Écrire, éditer, faire éditer, mener un combat politique et métapolitique, interroger les convulsions de son époque, était pour Dominique de Roux une seule et même action (…) », en quête de « la réalité du monde », par-delà la Société du Spectacle. Comment ne pas lui rendre hommage ? Matthieu Baumier

Editions Dominique de Roux

DOMINIQUE DE ROUX, PARMI NOUS
Collectif
Pierre-Guillaume de Roux
120 p – 19, 90 €

 

 

 

 

 

 

L’Homme selon la Nature

Le lecteur, soucieux de se renseigner sur un sujet qu’il ne connaît pas, se trouve souvent dépité si le fameux sujet s’avère polémique, tel le transhumanisme. Il aura le choix entre un ouvrage pro et un contra, autrement dit il refermera le livre convaincu de ce qu’il pensait sur la question avant de l’ouvrir. C’est que trop souvent le militantisme est paresseux et œuvre pour ses partisans plutôt que pour convaincre l’adversaire. Ce n’est pas le cas ici du livre d’Olivier Rey qui, s’il ne cache pas son opposition nette au transhumanisme, resitue l’enjeu de celui-ci dans une perspective civilisationnelle, faite de rupture et de continuité et dont l’origine se trouve dans un désir de progrès en partie fantasmatique et aussi vieux, peut-être, que l’homme lui-même.
Leurre et malheur du transhumanisme débute sur une critique, intelligente mais convenue, des arguments des thuriféraires de l’homme augmenté pour très vite passer la vitesse supérieure et s’intéresser, au-delà de la polémique facile, à ce qui constitue la problématique essentielle du courant transhumain: la méthode scientifique avec laquelle l’homme appréhende le monde qui l’entoure, dans un rapport d’appropriation qui tend à lui faire considérer l’univers comme un pur et simple objet. Contre la science raisonnante, Olivier Rey nous rappelle que l’homme n’est pas un dieu gnostique coupé de la nature, et que faute de considérer le monde comme un élément nécessaire à notre survie nous pourrions bien, plutôt que d’évoluer, disparaître… Rémi Lélian

Editions Desclée de Brouwer

LEURRE ET MALHEUR DU TRANSHUMANISME
Olivier Rey
Desclée de Brouwer
194 p. – 16,90 €

 

 

 

 

 

 

Critique mal à droite

Étonnant livre que ce Sous les pavés la droite d’Alexandre de Vitry, assez intelligent et assez bête, qui donne une illustration juste de ce que Pascal appelle les demi-habiles. Pour l’intelligence on reconnaîtra intéressante sa thèse d’une certaine tendance de la droite dite culturelle – ou métapolitique pour employer des gros mots – telle qu’elle s’illustre en France depuis une dizaine d’années, renonçant à être de droite, lorgnant de plus en plus à gauche pour devenir simplement militante comme sa rivale. Pour la bêtise : un jeu de massacre faussement murayen de tout ce que la droite compte de groupes, groupuscules, revues, magazines, sites, plus ou moins importants, plus ou moins révélateurs, mélangés absurdement les uns aux autres, parmi lesquels L’Incorrect a l’heur de figurer. Chacun d’entre eux reçoit sa part de mépris tranquille, comme si Alexandre de Vitry désirait à force de petites saillies vipérines montrer qu’il n’en est pas; non ! Lui, c’est la droite « littéraire » vers laquelle il tend présomptueusement, comprendre la droite « intelligente », sa droite à lui en somme… Tout cela serait très sympathique et distrayant pour qui raffole de germanopratisme underground, si le constat de Vitry ne nous paraissait pas juste. Aussi, on se serait bien passé des pages d’invectives pour le voir continuer son analyse, mais il n’appartient pas à n’importe qui de prendre au sérieux les catastrophes qu’il annonce et de comprendre que la destruction de la droite au profit d’une sorte de droite de gauche (ce qu’on appelle le fascisme) nécessite des contrepoisons plus puissants que Muray ou Kundera. Contrepoisons autrement plus disqualifiants surtout, qui empêcheraient le gentil Alexandre de continuer son petit bonhomme de chemin dans les terres dévastées de Saint-Germain. Demi-habile ? Peut-être pas tant que ça… R.L.

Editions Desclée de Brower

SOUS LES PAVÉS LA DROITE
Alexandre de Vitry
Desclée de Brouwer
203 p. – 17,90 €

 

 

 

 

 

 

L’âme des animaux

« La question n’est pas: peuvent-il parler, peuvent-il raisonner, mais peuvent-ils souffrir? » écrit Jeremy Bentham contredisant l’animal-machine de Descartes. C’est cette question qui revient comme un mantra tout au long de ce recueil dirigé par Alain Finkielkraut. Dans ces neuf entretiens, tirés de son émission « Répliques », Alain Finkielkraut donne la parole à des intervenants divers, d’Elisabeth de Fontenay à François Morel en passant, entre autres, par le réalisateur de Petit Paysan, Hubert Charuel, et Vincent Delargillière, éleveur laitier, qui lui offrit le spectacle de cette « danse des vaches »: espèces de cabrioles instinctives, maladroites et joyeuses, que ces bêtes ruminantes et placides effectuent au moment de retourner dans les pâturages, après l’hiver. Loin cependant de cette gambade réjouissante, l’élevage industriel qui interdit parfois aux bêtes de ne voir même rien qu’une fois de leur vie le soleil, les âpres beautés de la corrida, le spécisme et l’antispécisme, la zootechnie, et la fureur aveugle des militants de la cause animale prêtent à ces échanges un ton plus sérieux et posent la question des liens qui unissent l’animal rationnel qu’est l’homme à cet animal sensible dont nous savons qu’il n’est ni machine ni tout autre, mais un presque semblable ; du moins un vivant dans lequel nous pouvons apercevoir quelque chose de notre condition. Finalement, nous dit Finkielkraut, les rapports que nous entretenons avec les animaux révèlent l’existence d’un monde commun à nos deux espèces et dont la qualité n’est pas sans rapport avec celui que nous édifions pour nous. Vertige alors que cet « éternel Treblinka » de l’abattoir industriel, pour reprendre le titre du livre de Charles Patterson cité dans ce recueil, qui renvoie l’humain à sa part noire et qui nous force à admettre que l’animal offre à contempler un continent pas moins mystérieux que celui de la nature humaine. R. L.

Editions Stock

DES ANIMAUX ET DES HOMMES
Alain Finkielkraut (dir.)
Stock
301 p. – 20 €

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