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« La fracture sociale, je l’ai observée dès le collège dans la cour de récréation », déclare Damien Rieu. Attablé à une terrasse place de la Bastille, il sort d’un débat d’une heure trente avec le rappeur Médine, organisé par l’émission « Clique » de Canal+.
Las, le jeune homme n’en est pas à son coup d’essai. Militant depuis ses 15 ans, son premier acte politique a été de manifester contre Jean-Marie Le Pen entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2002. « Je viens d’une famille de gauche », précise-t-il avant de rajouter, amusé, « j’y suis surtout allé parce que notre proviseur nous a autorisé à sécher les cours si nous allions à cette manifestation ». Ensuite, ce fut le réveil. Petit blanc des banlieues, il a vu le climat social changer, les cours de récré se scinder et les quartiers se communautariser. Une prise de conscience qui l’a vite amené à s’engager au Front National. Il milita donc pour eux quelques années après avoir manifesté contre eux.
Une trajectoire politique qui lui a coûté un exil familial. « Lorsqu’il a appris que je militais avec le Front, mon père m’a jeté hors de la maison », dit-il. Il ne s’étend pas outre mesure sur cet épisode, racontant simplement avoir connu brièvement la rue puis les foyers sociaux et le voisinage des travailleurs immigrés et des jeunes en difficulté. Ce sont les identitaires qui lui ont offert un refuge familial et fraternel.
« J’ai toujours évolué en minorité. Être le seul blanc de la classe est devenu une norme pour moi. »
Pourtant, de sa jeunesse compliquée, Damien ne garde aucune rancœur. Son expérience de la diversité ne lui a pas donné la haine, ni fait entrer en lui une quelconque violence. Elle lui a en revanche offert une conscience politique aiguisée et un sens de l’action guidée. Parmi son entourage, deux personnalités bien connues de la droite : Marion Maréchal avec laquelle il a travaillé au conseil régional de PACA et le patron de FdeSouche Pierre Sautarel. « Mon mentor en politique », rajoute Damien qui donne un sérieux coup de main au site emblématique de la réinformation.
Bien loin des clichés datés de l’identitaire raciste et bas du front, Damien est plutôt de ceux qui incitent au calme et à la réflexion. Toujours associée à l’action. Baladé dans sa jeunesse entre Clermont-Ferrand et Vénissieux, Damien sait mieux que tous ce que « ZEP » signifie. « J’ai toujours évolué en minorité. Être le seul blanc de la classe est devenu une norme pour moi ». Une carrière politique d’identitaire pour compenser de s’être fait martyriser par les Arabes de l’école ? « Je n’avais aucun problème à ce niveau-là. Mes amis étaient noirs ou arabes, j’étais le blanc sympa, la minorité visible qu’on ménage comme une espèce en disparition », précise-t-il ironiquement.
En réalité, Damien Rieu a contribué à briser partiellement la chape de verre qui séparait la mouvance identitaire des courants politiques « fréquentables ». Exit le gudard ratonneur, place à la nouvelle génération. Une transformation qui a notamment permis à un candidat à la présidence des jeunes LR de s’afficher avec Romain Espino, porte-parole de Génération Identitaire. L’époque où les identitaires étaient persona non grata semble loin. L’action au col de l’Échelle et dans les locaux de SOS Méditerranée n’ont pas été mises dans le même sac que la mosquée de Poitiers. Elles ont entraîné un soutien politique majeur à droite et une légitimité médiatique. Les identitaires ne sont plus des criminels de droit commun mais des pros de l’agit-prop.
Pour cause, outre ses actions à la mosquée de Poitiers (qui lui ont coûté ses études et son travail, soit dit en passant) et au col de l’Échelle, Damien Rieu verse dans l’enquête. C’est lui qui a établi les liens entre Médine et les Frères Musulmans. Le 14 novembre dernier, il alertait l’armée de terre en diffusant la vidéo d’un soldat masqué incitant ses « frères à ne pas rentrer dans l’armée, pour ne pas avoir à travailler avec des porcs ». Une alerte prise très au sérieux par l’armée qui a remercié publiquement le militant. Pour l’intéressé, il s’agit d’un travail « que les journalistes refusent de faire ».
https://twitter.com/DamienRieu/status/1062322084028784640
Pour l’heure, Damien Rieu a posé ses valises à l’Assemblée nationale et travaille pour le député Gilbert Collard. Comme une envie de quitter le local pour des problématiques nationales de plus grande ampleur. Par-delà le rassemblement, Damien est donc résolu à agir sur tous les fronts.
En réalité, Damien n’est pas un idéologue. C’est le réel qui s’est imposé à lui. Il dénonce ce qu’il voit. Il analyse ce qu’il vit. Comme son pote du lycée qui a fini en Syrie à combattre pour l’État Islamique. Comme un pied de nez du destin. Comme l’illustration parfaite de la fracture française.
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