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Jean-Frédéric Poisson « Nous pouvons conduire les musulmans à ne pas faire le choix de l’islam »

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Publié le

22 janvier 2019

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En publiant L’islam à la conquête de l’Occident. La stratégie dévoilée, Jean-Frédéric Poisson se montre à la pointe du combat contre l’islamisme qui, selon lui, ne présente pas de différence avec l’islam. Il appelle les musulmans de bonne volonté à prendre leurs distances par rapport à l’islam et à adhérer pleinement à la culture française.

 

Pour démontrer que l’islam est parti à la conquête de l’Occident, vous vous fondez sur un long document intitulé Stratégie de l’action culturelle islamique à l’extérieur du monde islamique. Entre islam, islamique – et islamiste – vous ne faites pas de différence ?

 

Quand on emploie le mot « islamiste » en Occident, c’est tantôt pour désigner une pratique radicale de l’islam, ce qui sous-entendrait qu’il y aurait un islam modéré, tantôt pour dénoncer des visions de l’islam qui veulent investir le champ politique, alors qu’il y en aurait une, principale, qui ne le voudrait pas. Dans les deux cas, ces distinctions sont erronées.

 

Il n’y a aucune espèce de possibilité pour les musulmans de s’écarter de quelque façon que ce soit de la tradition coranique, de la sunna et la biographie de Mahomet qui sont les trois règles normatives de l’islam comme civilisation, comme religion et comme système politique.

 

Lire aussi : L’islam à l’épreuve de la critique historique

 

On sait depuis le IXe siècle que la capacité de commenter, d’objecter ou de critiquer est interdite, et l’on constate que les seules nuances qui peuvent exister résident dans l’application de la loi coranique dans les sociétés. De plus, la séparation entre le religieux et le politique d’une part, et l’individuel d’autre part, n’existe pas.

 

L’islam ne reconnaît pas le droit aux hommes d’être des législateurs à part entière : ils ne sont que des commentateurs qui acceptent a priori de se soumettre au religieux pour faire la loi. Du point de vue musulman, Allah est le seul législateur et il est illégitime de s’arroger quelque liberté législative que ce soit.

 

 

Il n’y a donc pas d’un côté des islamistes qui voudraient appliquer la loi de la religion dans la sphère publique, et de l’autre l’islam qui ne le voudrait pas. L’islam veut que la loi coranique soit la loi de la société. L’idée même qu’il y ait une différence entre la loi civile et la loi musulmane n’a pas de sens. Donc pour moi, oui, islam, islamique et islamiste sont de stricts synonymes.

 

Et le djihadiste, le « terroriste islamiste » ? Il emploie juste des moyens différents pour parvenir à la même fin ?

 

Oui, c’est exactement ça. C’est juste une différence de moyen du point de vue du temps. Le Coran légitime la violence à l’égard du non-musulman, comme il légitime le statut inférieur conféré aux non-musulmans dans les pays musulmans – la dhimmitude. Le propos de la sourate 9, versets 28 à 32, est d’inviter les musulmans à tailler en pièces les mécréants dès lors qu’ils refusent de se soumettre à l’islam.

 

Lire aussi : « Dans l’islam, la raison humaine est incapable de saisir le bien » Rémi Brague Partie II

 

La différence entre le terroriste de l’État islamique et les États musulmans constitués en tant que tels, c’est seulement le caractère expéditif des moyens utilisés par le djihadiste à l’égard des non croyants et des infidèles en général. Le djihadiste est seulement un musulman pressé.

 

Le document de l’ISESCO (Organisation islamique pour l’Éducation, les Sciences et la Culture) se livre à un réquisitoire contre « l’Occident » que vous pourriez quasiment tenir mot pour mot…

 

Les musulmans nous disent qu’il est difficile de vivre dans des pays dans lesquels on ne reconnaît pas la force des institutions, où l’on bafoue l’autorité parentale, où l’on laisse les jeunes consommer de la drogue et de la pornographie, où l’on s’efforce d’éradiquer l’aspect religieux de la vie sociale, des pays, qui, en somme, sont régis par le matérialisme et l’individualisme.

 

Et en effet, pour les croyants, dont je suis, mais aussi pour beaucoup de non-croyants, il est difficile de vivre dans cette société-là. D’ailleurs, les Gilets jaunes sont peut-être en train de nous le rappeler à leur façon et en dépit du caractère extrêmement varié de leurs expressions. Je pense que la réduction de leur combat à des revendications monétaires ou financières arrange bien tous ceux qui essayent de contenir ce phénomène.

 

 

Il y a entre l’islam et la civilisation occidentale, dans les accents chrétiens qui lui restent, deux points communs, à savoir que l’homme est un être d’esprit et pas seulement un corps, et, deuxièmement, que sa vocation ultime n’est pas sur cette terre mais ailleurs, et que, pour assurer la concordance des deux, des conditions minimales sont requises pour que ça se passe bien. Pour le reste, ça s’arrête à peu près là.

 

Vous parlez aussi de « protéger les réformateurs » de l’islam, mais vous expliquez que l’islam est un tout. Protéger les « réformateurs » de l’islam, c’est protéger ceux qui veulent en sortir ?

 

C’est exactement ce que je dis. L’islam est devant une contradiction à mon avis insoluble : soit il reste ce qu’il est, et on va à l’affrontement ; soit il se réforme et il disparaît. C’est aussi simple que ça. Il ne peut pas survivre à une démarche critique qui viserait à en vérifier l’historicité et la cohérence. Un « Vatican II » de l’islam ne pourrait que déboucher sur un « protestantisme musulman », ce qui n’a aucun sens. Soit l’islam est fractionné en tant que tout, et il disparaît purement et simplement ; soit il demeure.

 

La puissance d’attraction d’une civilisation qui serait redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être est de nature à faire s’interroger les musulmans sur la réalité de leur civilisation. Jean-Frédéric Poisson

 

Ce que j’ai en tête, c’est que nous pouvons conduire un certain nombre de musulmans à ne pas faire le choix de l’islam. On ne peut pas expulser les musulmans français de France au simple motif qu’ils sont musulmans, sinon on entre dans une espèce de folie et, de plus, ce n’est pas ma vision de l’ordre social. En revanche, je pense que la puissance d’attraction d’une civilisation qui serait redevenue ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être est de nature à faire s’interroger les musulmans sur la réalité de leur civilisation.

 

Et ces musulmans se feront chrétiens ?

 

Ou autre chose. Chacun est libre de faire de sa propre existence ce qu’il veut. Ce dont je suis certain, c’est que je ne peux pas imaginer que des hommes et des femmes puissent vivre heureux dans un système qui, pour eux, est mensonger. Ma responsabilité est de fournir autant que possible à ces personnes les moyens de leur discernement pour qu’ils puissent savoir s’ils veulent continuer à vivre avec cette civilisation. Dans cette volonté de Bien que j’ai à l’égard des musulmans qui sont tous mes frères, parce que le Bon Dieu me l’a dit, politiquement, c’est ce que j’estime devoir faire.

 

Lire aussi : Quitter l’islam

 

Il est tout à fait possible de démontrer aux musulmans les contradictions qu’il y a dans le Coran, dans la lecture en arabe, dans la période de la révélation, dans la centralité de la Mecque, etc., mais je préfère que les musulmans fassent le chemin eux-mêmes plutôt que de le leur imposer, ce qui n’aurait de toute façon aucune forme d’efficacité.

 

L’ISLAM À LA CONQUÊTE DE L’OCCIDENT. LA STRATÉGIE DÉVOILÉE, Jean-Frédéric Poisson, Le Rocher

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