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Alors que l’islam a dominé militairement la Méditerranée pendant une large partie du Moyen-Âge, on peut se demander pourquoi ce ne fut pas la civilisation musulmane mais le christianisme occidental qui a inventé le progrès technique et le développement économique. Le professeur Jean-Louis Harouel voit dans la doctrine chrétienne de distinction du temporel et du spirituel la clef de réponse.
L’islam partait avec une colossale avance. Il s’était emparé de la partie restée riche et hautement civilisée du monde antique, tandis que le christianisme se trouvait pour une bonne part relégué dans la partie appauvrie, désorganisée et barbarisée du monde romain : l’Europe de l’ouest.
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Celle-ci est au haut Moyen-Âge une zone sinistrée qui repart de très bas, alors que l’empire islamique, grâce à ses immenses conquêtes, bénéficie du fabuleux capital intellectuel et scientifique de la Grèce, de la Perse et de l’Inde (les fameux chiffres « arabes », etc.). Mais l’islam ne va pas aller très au-delà. Le monde musulman fut un conservatoire efficace et même fécond, mais guère plus.
L’islam fige la civilisation
Au contraire, le monde chrétien occidental va faire du savoir grec, que la civilisation islamique avait largement contribué à lui transmettre, le point de départ d’un fantastique développement intellectuel et matériel, un tremplin vers la modernité technique et économique. Le spectaculaire décollage de l’Occident aura pour conséquence le déclassement de la civilisation musulmane.
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— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 23, 2019
Car il n’y a pas eu de crise du monde de l’islam, mais seulement une stagnation, une immobilité conforme à son génie. Cela est à mettre en rapport avec le fait que l’islam offre un visage très juridique, et qu’il est dans la nature du juridique de fixer les situations. L’islam a manifesté une exceptionnelle aptitude à conquérir, mais aussi à conserver ses conquêtes grâce à son caractère normatif, protecteur contre tout changement.
C’est à cela que l’islam doit d’être resté indemne de toute contestation sérieuse venue de ses rangs. L’apostasie, le fait de quitter l’islam, est punie par le Coran (XVI, 108) et plusieurs hadiths de sanctions pouvant aller jusqu’à la mort.
En se protégeant contre la liberté de l’esprit, le monde musulman s’est privé de ce qui a permis le décollage de l’Occident.
Aussi, sauf rarissimes exceptions, des intellectuels d’origine musulmane n’ont pas osé se dresser ouvertement contre l’islam : c’est trop dangereux. Le simple fait de ne pas s’acquitter de l’obligation légale de la prière est considéré comme une apostasie. En vertu d’un droit pénal intangible, car d’origine prétendument divine, on ne peut, sans risquer sa vie, rejeter l’islam et encore moins l’insulter, comme l’ont fait tant d’Européens avec les dogmes et les rites chrétiens.
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Face à l'angélisme, évangélisation ! ??????https://t.co/zrNiaCw32F
— L'Incorrect (@MagLincorrect) January 22, 2019
Une mécanique répressive terrorisante protège, par la peur, l’islam contre la liberté de l’esprit, laquelle pose problème même dans les pays musulmans réputés les plus proches du modèle de la démocratie à l’occidentale. D’ailleurs, la Déclaration sur les droits de l’homme en islam, adoptée au Caire en 1990, interdit d’exprimer toute opinion en contradiction avec les principes de la loi divine, de la Charia, laquelle rassemble le Coran et la Sunna (constituée des hadiths : dires, actes et approbations de Mahomet).
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Bref, la liberté selon l’islam exclut la liberté de penser et de communiquer sa pensée. Grâce à cela, les sociétés musulmanes n’ont pas connu la grande révolte contre la domination de la religion qui a caractérisé les sociétés chrétiennes de l’Europe. Reste qu’en se protégeant contre la liberté de l’esprit, le monde musulman s’est privé de ce qui a permis le décollage de l’Occident.
César et Dieu ne font qu’un
Si l’islam peut être un système proscrivant par la peur la liberté de pensée, c’est qu’il refuse la disjonction du politique et du religieux, principe d’origine chrétienne né du fameux : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »
Fondatrice de la sécularisation qui caractérise les sociétés occidentales, cette disjonction a été la source d’où a pu naître la liberté de l’individu, avec toutes ses conséquences positives : esprit critique et liberté de l’esprit, tolérance, progrès intellectuel et pensée scientifique, progrès technique et enrichissement de la société. Tout cela est issu de la dualité chrétienne entre les pouvoirs temporel et spirituel, ainsi que de la tension qui a existé entre eux.
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Au contraire, pour l’islam, qui est à la fois loi divine et régime politique (dîn wa-dawla), le sacré englobe le profane. Alors que le christianisme introduit en chaque personne la distinction entre l’être de foi et le citoyen, et que, depuis saint Thomas d’Aquin, l’État est considéré par l’Église comme une société parfaite pour les affaires temporelles, au contraire, la civilisation musulmane est caractérisée par le fait que la communauté des fidèles y est une structure politico-religieuse.
Pour le christianisme, le royaume de Dieu étant aux cieux, il est pervers de prétendre l’instaurer sur la terre. Cela a préservé la chrétienté du projet de construire une société parfaite, qui se trouve à la base de tous les totalitarismes.
Tandis que la pensée chrétienne admet depuis le XIIIe siècle l’existence d’un ordre temporel autonome et reconnaît le caractère laïc du pouvoir politique et du droit, l’islam veut que les musulmans vivent entièrement sous la loi divine, qui régit toute l’existence publique et privée. L’islam est une législation révélée, un ensemble de règles prétendument divines dont beaucoup sont juridiques.
Pour l’islam, tout est dû à Dieu, et César ne peut rien réclamer qu’au nom de Dieu. Pour que le pouvoir politique soit légitime, il faut que son implication au service de l’islam soit explicitement reconnue par les hommes de religion : les oulémas. Dans les pays musulmans où a été instaurée sur le modèle occidental une sécularisation de l’État et de la société, elle est aujourd’hui menacée par une forte réislamisation des esprits et du droit.
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En Turquie, voici vingt ans que les élections reconduisent au pouvoir des gouvernants islamistes, proches du mouvement des Frères musulmans, qui démantèlent la laïcité et reconstruisent la mainmise de l’islam sur la société. En Indonésie, la montée en puissance des courants islamistes radicaux a remis en cause la limitation de l’islam à la sphère privée.
La tentation du millénarisme
On ne saurait trop insister sur l’importance pour l’histoire de l’humanité de la parole du Christ proclamant que son royaume n’est pas de ce monde, avec pour conséquence une désacralisation chrétienne du monde ainsi que de tout ordre terrestre. Pour le christianisme, le royaume de Dieu étant aux cieux, il est pervers de prétendre l’instaurer sur la terre.
Cela a préservé la chrétienté du projet de construire une société parfaite, qui se trouve à la base de tous les totalitarismes. Au contraire, pour l’islam, le royaume de Dieu peut et doit être recherché sur la terre où il a déjà existé sous la forme d’une cité parfaite : la ville de Médine gouvernée par Mahomet. Pour instaurer à nouveau la cité de Dieu sur la terre, le moyen est d’appliquer scrupuleusement la loi divine, de revenir à l’islam des origines, à la tradition des ancêtres (salaf).
Islam et islamisme sont cousins germains
Tout cela montre combien est mensongère la thèse lénifiante d’une différence de nature entre l’islam et l’islamisme. Il n’y a entre eux qu’une différence de degré dans la prise en compte des obligations posées par les textes saints. Comme le souligne Boualem Sansal, « si différence il y a entre le musulman et l’islamiste, elle est dans le degré de radicalité qu’ils mettent à appliquer les préceptes coraniques, à défendre l’islam et son prophète, à œuvrer à l’expansion de l’islam ».
Il n’y a pas d’islam radical et il n’y a pas d’islam modéré, il y a l’islam. À partir de là, on peut pratiquer l’islam de manière radicale ou modérée. Celui qui préfère une pratique modérée de l’islam souhaite en fait moins d’islam, tandis que celui qui prône une pratique radicale de l’islam veut simplement plus d’islam. Quand le terrorisme islamiste tue, c’est au nom du désir de plus d’islam, c’est-à-dire en définitive de l’islam.[/vc_column_text][/vc_column][/vc_row]





