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Le secret de Marie Fatima

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Publié le

24 avril 2019

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Adoptée dans une famille incroyable, engagée contre le mariage pour tous, investie dans le travail social, qui a dit qu’il n’y avait pas de diversité à Sens Commun ?

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24 mars 2013. Il y a un million de personnes avenue de la Grande Armée. À la tribune se succèdent un ancien Premier ministre, un ancien ministre, des sénateurs, des députés, des maires, des responsables associatifs. Marie Fatima Hutin regarde son iPhone. Impossible de faire fonctionner l’imprimante, il va falloir lire son discours sur l’écran. Pourvu que personne n’appelle ! Elle grimpe les marches de la tribune. C’est donc ça un million de personnes? « Chers tous! Chère France ! C’est un honneur de venir témoigner aujourd’hui devant vous de la beauté de l’adoption. Je m’appelle Marie, j’ai vingt-neuf ans, je suis d’origine éthiopienne, née à Djibouti, et j’ai été adoptée à onze mois. J’ai eu la chance d’avoir une maman qui a décidé, enceinte de huit mois, de parcourir des centaines de kilomètres à pied, pour me permettre de naître et de vivre dans un pays libre sans famine ni guerre. […] elle m’a donné la chance d’avoir un papa et une maman ! » Première respiration. La foule saisit l’occasion et l’acclame. Pour la remercier, Marie Fatima lui sourit. Et quel sourire !

 

 

Marie Fatima Hutin faisait alors partie de l’association « Les adoptés ». C’est à ce titre qu’elle rejoint les équipes de La Manif pour tous. Après avoir défilé en Marianne, elle a accepté au pied levé de témoigner que le repère des repères, c’est un père et une mère. Peur? D’une manière générale, la jeune femme est confiante. Confiante parce que sa Foi lui donne l’Espérance. Comment ne pas l’avoir après un tel parcours? Lorsque sa mère biologique l’abandonne aux mains de la providence, elle espère que sa fille ira en France. Ce pays lointain et étrange, dont elle ne savait rien sauf que c’est un endroit où il fait bon vivre, où les hommes grandissent en paix, édifiés par une culture à nulle autre pareille.

La famille qui l’accueille est extraordinaire au sens propre du terme. Une partie des frères et sœurs est adoptée, vient d’origines diverses, et deux sont handicapés. Une famille soudée par la Foi, que les parents chérissent d’autant plus qu’ils l’avaient perdue. Marie Fatima est très heureuse de son prénom, qui montre sa double allégeance à la France et au Christ, tout en rappelant avec pudeur quel soleil a teinté sa peau. Spécialisée dans les fondations d’entreprise, elle parcourt les CHU de la France profonde pour piloter des projets. Alençon, Beauvais, et bien d’autres: « J’ai aimé découvrir ces traditions, patrimoines et modes de vie ».

 

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L’élection de François Hollande la cueille à froid. Et après quelques mois de présidence, il semblerait bien que le mariage des homosexuels n’était pas qu’une abstraite promesse de campagne. La bataille va pendant six mois bloquer quasi-intégralement le calendrier législatif, le temps médiatique, et révolter pour un siècle le camp conservateur: « Le mariage homosexuel est une réforme de civilisation », clarifie Christiane Taubira. Au milieu de cette tempête aussi puissante qu’inattendue, Marie Fatima se sent un devoir. Celui de faire entendre la voix des adoptés à ceux qui se croient un « droit à l’enfant ». Un devoir qui la fera défiler en bonnet phrygien et toge, Code civil à la main, avant de prononcer ce discours du 24 mars qui arrachera des larmes à plusieurs manifestants, ravis de voir cette grande jeune fille venue de loin redire que les réalités anthropologiques transcendent l’espace et le temps.

 

 

Cette fois, les progressistes ont vaincu. Mais tout un peuple a réalisé quel point il était proche de la falaise… et qu’il lui restait des forces insoupçonnées. La défaite a laissé une amertume immense, génératrice d’énergie. Cette énergie se concrétise avec la création de Sens Commun en 2013, dont Marie Fatima est la trésorière. Quatre ans et une présidentielle plus tard, les fruits sont perceptibles mais tardent encore à se concrétiser. Sens Commun a fait preuve de fidélité et de pugnacité pour défendre François Fillon.

Le mépris crétin pour les convictions chez LR change petit à petit. Marie Fatima habite le XIVe arrondissement de Paris. Un espace où cohabitent plusieurs sociologies très distinctes qui ont grand mal à se parler. Elle ne cache pas son envie de se soumettre un jour aux suffrages pour rendre service à son prochain. « Quand on a beaucoup reçu, il faut beaucoup donner, m’avait dit mon grand-père. Une phrase à laquelle je repense tout le temps ». L’anthropologie chrétienne est formelle : il avait raison.

 

Louis Lecomte

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