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Pas de Kinder pour Buéno

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Publié le

5 juin 2019

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L’imagination devenue folle ayant pris le pouvoir au sein du progressisme, ses idées farfelues risquent souvent de devenir notre réalité. Pour le pire. Allons-nous vers des autorisations en vue de faire des enfants ?

 

 

Antoine Buéno s’est récemment forgé la réputation d’un « progressiste » radical en proposant l’instauration d’un Permis de procréer. Son livre pourra paraître ingénieux aux amateurs de calcul mental : à suivre cet ancien de l’ESSEC, lui-même père, chaque naissance augmenterait l’empreinte carbone d’un foyer de 58,6 tonnes de CO2 par an (24 fois plus qu’une voiture). La toile de fond « écologiste » est désormais bien connue : seule la dénatalité permettrait d’éviter la crise environnementale.

 

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Chaque parent-candidat commencerait par renseigner son pro?l social, recevant ensuite la visite d’une assistante sociale proposant un « contrat de parentalité individualisé ». Moins qu’une procédure d’adoption, pas la moindre mesure contraignante, tout au plus une réduction drastique des allocations familiales. Mais alors, quoi ? Une large partie de l’Europe est déjà en situation de dénatalité (à peine 1,34 naissance par femme en Italie et en Espagne). Grattons un peu. Il se dit qu’Antoine Buéno manie assez bien le style satirique. Une logique implacable l’a conduit des colonnes de feu Nova Magazine (entre reggae, « marche des fiertés » et new wave) à la rédaction des discours du François Bayrou de 2007. Plus excentrique que son candidat, Buéno adaptait son propre Petit livre bleu sur les planches d’un théâtre parisien en 2012, poursuivant l’exploration d’une société singulière : celle des schtroumpfs, « archétype d’utopie totalitaire empreint de stalinisme et de nazisme » à destination des enfants. Rien de plus sérieux, car un leitmotiv parcourt les essais et romans de Buéno : « voués à l’immortalité, ne sommes-nous pas déjà des petits hommes bleus ? ». Quelque chose cloche pourtant : on ne tente pas innocemment de fusionner Aldous Huxley et Lewis Carroll. Buéno installe les éléments d’un univers grotesque où l’âge « adulte » est impraticable et absurde. Son roman de 2015, Maître bonsaï, distille d’étonnants conseils à un individu habité par un fantasme d’immortalité. « Il faut être équipé pour faire le bien des êtres malgré eux ». Mais nulle inquiétude : il ne s’agit que d’un roman. Buéno ne cesse peut-être pas de mêler la dénonciation à la promotion et, 10 ans avant sa défense du permis de procréer, il en faisait l’une des pièces de la dystopie du Soupir de l’immortel.

 

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À croire que Buéno craint ce qu’il désire et désire ce qu’il craint. La pensée oscillante et pétrie de contradictions de Buéno n’est peut-être qu’une conséquence d’un phénomène dont nous ne connaissons encore que les prémices, mais qui pèse déjà sur les mentalités. Elle en est l’idéologie. D’ici à 2100, l’Europe perdra 100 millions d’habitants (1/7e de sa population). À l’horizon 2050, 24 pays européens auront moins de 2 actifs pour 1 retraité, sans que l’allongement de l’âge de départ à la retraite suffise à relever ce défi. Tôt ou tard, une société vieillie érigera l’assistance en valeur cardinale. Elle renforcera la logique du contrôle de chacun par tous, dans la multiplication des dépendances. Une société à la pyramide des âges inversée captera une part croissante des ressources pour assumer une condition sociale inédite. À l’image des dystopies d’Antoine Buéno, elle désirera la stabilité sans avoir l’énergie de la défendre, quitte à abolir la différence entre enfance et âge adulte. Sarah Harper, professeur de gérontologie à Oxford, est d’ailleurs parvenue à un intrigant constat : c’est « au moment même où la population a vieilli en Europe et, dans une certaine mesure, aux États-Unis, que la culture jeune a pris de l’ampleur ».

 

Benjamin Demeslay

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