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Drieu Godefridi : Les heures les plus chaudes de notre histoire

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Publié le

7 juin 2019

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Godrifi

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Climat, égalité, no borders ! L’écologie s’emballe. La climatologie, cette science complexe, réduite à des propos de café du commerce, suscite des sentences définitives sur « l’avenir de la planète ». Chacun y va de son laïus sur l’état de la banquise ou le niveau des océans. Et les mauvais coucheurs qui ne s’inquiètent pas, toutes affaires cessantes, du réchauffement (oups pardon, du changement) climatique, en battant le pavé ou signant des pétitions, sont des réacs-misogynes-négationnistes-trumpistes (c’est un tout). Les écologistes perdent leur sang-froid dans des psychodrames télévisés. Une militante verte qui n’en revenait pas d’avoir été contredite sur Cnews a lancé une campagne sur les réseaux sociaux : #jesuisfollederage (pourquoi de rage ?) Le politiquement correct a avalé l’écologie. Interdiction de réfléchir, défense de débattre… Il n’en fallait pas plus pour activer la plume de Drieu Godefridi, juriste, docteur en philosophie et brillant essayiste. Dans L’Écologisme, nouveau totalitarisme ? il révèle la dérive autoritaire des Verts.

 

 

Que pensez-vous de la création par Emmanuel Macron d’un Conseil de Défense Écologique visant à « mettre au cœur de toutes nos politiques l’urgence climatique » ?

 

Cette démarche participe de la mainstreamisation de l’écologisme, c’est-àdire le fait de mettre les préoccupations écologistes au centre, voire au-dessus de toute autre considération. Selon le même principe, les écologistes belges voulaient une loi climat qui aurait soumis à l’impératif climatique tout projet de loi susceptible d’avoir des conséquences sur le climat. Comme tout geste de l’homme émet du CO2, cela aurait consisté à subordonner toute volonté de réforme à l’écologisme.

 

Lire aussi : L’éditorial de Jacques de Guillebon : Frère humain qui avec nous

 

L’écolière Greta Thunberg s’évertue à réveiller les consciences de nos gouvernants. Est-elle parvenue à ébranler la vôtre ?

 

Elle a commencé à militer à 15 ans. C’est terrible d’instrumentaliser une enfant, qui plus est souffrant d’une forme d’autisme. Je lis les rapports du GIEC depuis des années, aucun adolescent n’est capable d’en comprendre ne serait-ce qu’une ou deux pages. Imaginer que tout cela vient d’elle est évidemment un leurre. En Flandre, on a vu des enfants de maternelle emmenés, au titre de l’obligation scolaire, donc fût-ce contre l’avis de leurs parents, manifester pour le climat. Est-ce qu’on imagine des petits de 4 ans aller crier « vive le socialisme », dans la rue, emmenés par leurs instituteurs ? Évidemment non. Ce qui est impensable dans le cas de toute autre idéologie, devient parfaitement légitime dès qu’il s’agit d’écologie. En quoi je prétends que l’écologisme est en train de saccager toutes les limites de nos démocraties.

 

Quels sont les théoriciens et textes fondateurs de l’écologisme ?

 

Le principal penseur de l’écologisme est le philosophe allemand Hans Jonas. J’ai exhumé, pour cet essai, deux interviews crépusculaires qu’il a données, l’une à Der Spiegel en 1992 et l’autre à Esprit en 1991. Il estime que la démocratie est dépassée, que l’on doit réduire l’humanité à quelques dizaines de millions d’individus. Dans son interview au Spiegel, il utilise l’expression de « solution finale ». Hans Jonas est un philosophe juif qui a quitté l’Allemagne dans les années 30 et ne pouvait ignorer le sens de cette expression, surtout énoncée en allemand.

 

Lire aussi : Reportage : Touche pas à ma glu

 

Vous voyez dans l’écologisme non seulement un totalitarisme mais le plus dangereux d’entre tous. Pourquoi ?

 

Les écologistes n’ayant accédé au pouvoir dans aucun pays n’ont pas pu mettre en pratique leur idéologie funèbre. Mais il est édifiant de consulter les textes. Les idéologues écologistes entendent contrôler tous les aspects de notre quotidien : se déplacer, manger, se loger, se chauffer. Je ne connais aucun totalitarisme, ni même aucun penseur qui ait dit « on doit éliminer 95 % des êtres humains ». Or c’est ce qu’on trouve chez Hans Jonas. L’astrophysicien français Aurélien Barrau affirme que l’homme est une nuisance et préconise des mesures coercitives. Corinne Ellemeet, députée écologiste néerlandaise (GroenLinks), voudrait qu’on arrête de soigner les personnes âgées de plus de 70 ans, mesure qui présente selon elle le double avantage de faire des économies et de réduire la population. François-Marie Bréon, climatologue et auteur au GIEC expliquait dans une interview à Libération que nous devrions renoncer à la démocratie et diviser l’humanité par dix. N’en conserver qu’un dixième ! Tous ces gens sont cohérents, ils ne trahissent pas l’idéal écologiste.

 

Pourquoi renoncer à la démocratie ?

 

Les écologistes n’arriveront pas au pouvoir par la voie démocratique. Ils promettent la précarité, les restrictions, la misère choisie. Difficile de remporter des élections avec un tel programme.

 

Leurs scores électoraux sont minimes. Par quel biais s’exerce ce totalitarisme que vous dénoncez ?

 

Les communistes n’ont jamais eu la majorité dans aucune démocratie, ça ne les a pas empêchés d’avoir de l’influence. On assiste au même phénomène concernant les écologistes, avec en plus, cet outil qui leur est propre : la norme internationale. Ils ont colonisé des niveaux de pouvoir internationaux qui sont plus puissants aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été. Cela leur permet de sécréter des normes, dans des contextes non-démocratiques, qui s’imposent ensuite aux parlements nationaux. L’influence des ONG vertes est institutionnalisée à la Commission européenne. Les « Green 10 » sont à la fois associées à la prise de décision et en partie financées par la Commission, ce qui est aberrant. Et ce ne sont pas les plus neutres. Greenpeace, Les Amis de la Terre, par exemple, c’est la deep ecology, c’est Hans Jonas en pratique.

 

Lire aussi : Écologie intégrale et identité : réponse à Gaultier Bès

 

Vous affirmez que l’écologisme est incompatible avec l’humanisme. Pourquoi ?

 

Les trois religions du Livre, les Grecs, la Renaissance, le libéralisme et jusqu’au marxisme, sont des humanismes. L’homme est la mesure de toute chose. On essaie de trouver le système le plus profitable à l’homme sur le plan matériel et spirituel. L’écologisme balaie toutes ces considérations puisque la primauté ne revient pas à l’homme mais à « la totalité vivante ». La seule singularité de l’homme dans la littérature écologiste, c’est sa capacité de nuisance.

 

Dans Soleil Vert, New York étouffe sous une canicule due à l’effet de serre. L’action se situe en 2022. Ce film tourné il y a 50 ans met en scène les mêmes cauchemars qui figurent sur les banderoles des marches pour le climat : surpopulation, épuisement des ressources, pollution. Quid du progrès technologique ? Est-ce un facteur de préservation ou de destruction de la nature ?

 

Grâce au progrès technologique, les voitures sont plus propres aujourd’hui. Le discours écologiste ambiant a réussi à convaincre les gens que la pollution progresse en ville. C’est faux. Christian Gerondeau a publié un livre remarquable : L’air est pur à Paris mais personne ne le sait. Il montre que tous les polluants sont en régression absolue. La pollution en Europe s’est effondrée.

Les idéologues écologistes entendent contrôler tous les aspects de notre quotidien : se déplacer, manger, se loger, se chauffer.

Et les 790 000 morts de pollution par an en Europe ?

 

Il ne peut pas y avoir plus de morts par la pollution quand il y a moins de pollution ! À l’époque du smog, les gens mouraient à cause de cette suie qu’ils inhalaient, composée de substances industrielles ignobles. En fait, on ne sait plus ce que c’est que la pollution. Les écologistes modifient les seuils d’alerte pollution pour « sensibiliser le public ». La gauche a toujours été experte en propagande, mais là, il y a une forme de virtuosité ! Prenez la notion de réfugié climatique (que les écologistes veulent inclure dans le droit) : il n’y a pas à l’heure actuelle un seul individu dont on puisse prouver qu’il est un réfugié climatique. Pas un. Et tout le monde en parle comme s’il y en avait des millions. Ils essaient de faire un lien entre les colonnes de migrants et le climat. C’est de la malhonnêteté intellectuelle. droit) : il n’y a pas à l’heure actuelle un seul individu dont on puisse prouver qu’il est un réfugié climatique. Pas un. Et tout le monde en parle comme s’il y en avait des millions. Ils essaient de faire un lien entre les colonnes de migrants et le climat. C’est de la malhonnêteté intellectuelle.

 

Notre ministère de l’Environnement, devenu ministère de l’Écologie et du Développement durable, s’appelle depuis deux ans ministère de la Transition Écologique et Solidaire. Qu’est-ce que la transition écologique et solidaire ?

 

L’écologisme se teinte d’égalitarisme. Sylvestre Huet, journaliste à Libération, n’a pas hésité à écrire dans un tweet qu’il fallait, pour lutter en faveur du climat, supprimer les riches. Voilà pour la solidarité. Quant à la transition écologique, elle consiste à vouloir faire en France ce qu’a fait l’Allemagne, et qui n’a pas fonctionné. La France, pays du nucléaire (75 % de sa production d’électricité), produit 10 fois moins de CO2. La transition écologique en France n’a aucun sens et générera plus de CO2 car, les énergies renouvelables étant intermittentes, elle devra s’appuyer sur le gaz. Il faut saluer la noblesse du peuple français qui a su se révolter contre les dernières mesures de la transition écologique.

 

 Lire aussi : Enquête : la filière viande sous la menace de la viande de synthèse

 

Il y a dix ans déjà, vous exprimiez vos inquiétudes à propos du GIEC (Le Giec est mort, vive la science, Texquis, 2010). Avez-vous évolué sur la question ?

 

Je démontrais en 2010 que le GIEC, créé par l’ONU, et majoritairement composé de diplomates, n’est pas une instance scientifique mais politique. Le GIEC a trois volets de compétences : résumer la science du climat (un résumé ça n’est pas de la science) ; évaluer les impacts négatifs pour l’homme (le terme négatif implique un jugement de valeur qui nous sort du champ scientifique) ; faire des recommandations normatives qui vont de la taxe à l’impôt en passant par l’interdiction, l’incitation, l’éducation. On a donc affaire à une littérature politique. Le moteur de leurs démarches est en réalité une redistribution universelle des richesses, une forme de socialisme international, imposé par le truchement de l’ONU.

 

 

En 2017, Judith Curry, climatologue américaine, démissionnait de son poste de professeur d’université ne sachant plus quoi conseiller à ses étudiants contraints de choisir entre intégrité scientifique et suicide professionnel. L’écologisme menace-t-il la science ?

 

Il s’approprie la science. Je connais Judith Curry, femme courageuse, scientifique de haut niveau. D’autres ont fait ce constat, comme Alain Préat, de l’Université Libre de Bruxelles, l’un des plus grands géologues de sa génération. Il vient de partir à la retraite, c’est pourquoi je me permets de le citer. Judith Curry a parfaitement résumé la situation : soit vous renoncez à la rigueur scientifique et vous pliez à l’idéologie du GIEC pour obtenir des budgets de recherche ou un avancement de carrière, soit votre carrière stagne. Je recommande à vos lecteurs le site science-climat-energie.be, créé par des scientifiques belges et français, qui fait le point sur toutes ces questions de manière rigoureuse.

 

Il nous reste 12 ans pour « sauver la planète ». Pourquoi 12 ans ?

 

C’est la théorie du basculement soutenue par le GIEC : il faut entamer la transition écologique d’urgence sinon il sera trop tard et nous aurons un réchauffement de 0,5 °C. Le GIEC n’est même pas certain qu’on ait déjà eu 1 °C de réchauffement, ils disent entre 0,8 et 1,2. Ça fait 30 ans qu’on annonce des perspectives alarmistes. Aucun scientifique ne peut faire ce genre de prédiction.

 

 

Propos recueillis par Sylvie Perez

 

 

 

 

LES CHEMISES VERTES

 

 

Dans un discours de 1920 à Munich, Hitler affiche un antisémitisme féroce. Les écrits de Marx légitiment la rage populaire (Volksrache) et le lynchage anti-bourgeois. Les totalitarismes annoncent toujours leurs atrocités : voilà le postulat de départ de l’essai de Drieu Godefridi. Flairant le penchant totalitaire de l’écologisme, il reprend les textes : Elisée Reclus, Ernst Haeckel (qui forgea le terme écologie), Paul Ehrlich, Hans Jonas. L’algorythme écologique mène à la dictature. Godefridi discrédite le malthusianisme écolo, distingue ressources et réserves naturelles, démasque « le noble mensonge écologiste ». Les marchands de catastrophes nous promettent l’extinction de l’humanité faute de nourriture au moment même où la part de la population mondiale souffrant de famine n’a jamais été aussi faible. Cet essai argumenté et documenté est ponctué de saynètes d’une dystopie éloquente. Projection à trente ans de là, en 2049. L’écologisme a gagné. L’humanité, réduite à 25 millions d’habitants grâce au programme officiel de mort altruiste, « car mourir, c’est aimer », vit sous l’Ère de la Modestie depuis le Débranchement volontaire du réseau internet. Les DLI (Déplacements Longs et Inutiles) sont interdits : ce sont des CrimCO2. Les moyens de transport ont été éradiqués. La NDR (Nomenklature des Ressources), organisme régulateur qui veille à la régénération de Gaïa, a pris le pouvoir lorsque l’humanité « parvenue à une forme de maturité » a compris que « sa mission est de réparer la Planète pour la transmettre viable aux générations futures ». Le grand humuseur est un compost géant de matière humaine, l’humusation étant la seule pratique funéraire 100 % favorable à l’environnement. Glaçant.

 

S.P.

 

L’ÉCOLOGISME, NOUVEAU TOTALITARISME ? Drieu Godefridi Texquis 176 p. – 8,44 €

 

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