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Face à Trump, les Démocrates se sont radicalisés, incarnant plus que jamais l’Amérique des minorités et des grandes métropoles. Parmi les candidats à la primaire, beaucoup mettent en avant leurs origines ethniques, leur sexe ou leur jeunesse, comme si l’identité personnelle valait tout un programme. Le coup Obama – qui s’est avéré moins caricatural que ses propres partisans – peut-il être réédité ? Voyage dans l’Amérique d’après.
L’Amérique de Trump et l’Amérique démocrate se regardent mais ne se parlent plus. Ces fractures, communes à l’ensemble des sociétés occidentales, opposent des populations ayant le sentiment de vivre dans des citadelles assiégées par les concitoyens d’en face. Les primaires démocrates n’échappent pas à cette guerre électorale et communautaire. Élues le 6 novembre dernier à la Chambre des représentants des ÉtatsUnis, Ilhan Omar et Rashida Tlaib sont les premières femmes musulmanes à avoir eu cet honneur. La première fait couler beaucoup d’encre, au point d’être devenue le symbole de la lutte à mort que se livrent les deux Amériques. Portant haut le voile islamique et défendant des idées antisionistes, Ilhan Omar incarne la version gauchiste multiculturelle du parti de l’âne, renouant avec les dérives des années 1970. Toutefois, le White Panthers Party de John Sinclair avait le mérite de défendre une forme d’humour, propre à la contre-culture hippie, très éloigné de la hargne avec laquelle Ilhan Omar combat les reliquats d’Europe de l’Amérique. L’une de ses déclarations durant sa campagne prouve bien qu’Ilhan Omar ne fait pas mystère de ses objectifs : « C’est important que je sois une femme. C’est important que je sois une femme somali-américaine. C’est important que je sois musulmane et une femme immigrée ». De quoi plaire à Hollywood, dont les scénaristes doivent déjà plancher sur un biopic ou une série de documentaires à vendre à HBO.
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Autre personnalité emblématique du rajeunissement des Démocrates consécutivement à la défaite d’Hillary Clinton, la jolie Alexandria Ocasio-Cortez est une star mondiale, la préférée des talk-shows et des magazines féminins. La plus jeune élue du Congrès américain fait l’objet d’un article élogieux par jour sur les médias francophones. Du délire. Elle a même eu droit à un documentaire sorti le 1er mai sur Netflix intitulé « Knock down the house », dans lequel « ses qualités d’oratrice, sa sincérité et ses convictions » sont mises en avant. Il ne fait aucun doute que le prochain adversaire de Donald Trump devra gagner les faveurs d’Alexandria Ocasio-Cortez, bête de médias. La politique américaine ressemblant de plus en plus à une simple itération de la télé-réalité, avec ses anciens acteurs tel que Donald Trump et ses nouvelles vedettes qui se prêtent au jeu, qu’elles soient voilées, gays ou transsexuelles.
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Des gays, parlons-en. Les élections primaires démocrates sont aussi l’occasion de découvrir un jeune candidat ouvertement homosexuel, du nom de Pete Buttigieg. Si notre homme n’est pas en position pour la gagne – encore qu’une surprise ne soit pas à exclure – il est théoriquement toujours dans la course pour devenir le premier président homosexuel des États-Unis. Alors qu’on pourrait s’attendre à ce qu’il soit la coqueluche d’un parti lancé dans une escalade « progressiste », l’actuel maire de South Bend dans l’Indiana s’attire les haines des plus radicaux du parti qui ne le trouvent pas assez « gay », et probablement trop blanc et privilégié. À la manière de Pierre Palmade, accusé d’homophobie – c’est un comble – Pete Buttigieg ne fait pas assez état de son orientation sexuelle, n’est pas suffisamment militant, ne s’habille pas en femme et ne défile pas avec une plume dans le derrière à San Francisco.
La politique américaine ressemblant de plus en plus à une simple itération de la télé-réalité, avec ses anciens acteurs tel que Donald Trump et ses nouvelles vedettes qui se prêtent au jeu, qu’elles soient voilées, gays ou transsexuelles.
Ce n’est pas un Harvey Milk moderne, mais un banal homosexuel engagé en politique. Cela lui fait au moins un atout par rapport à une autre rising star de la société du spectacle, le Texan Beto O’Rourke, candidat malheureux au Sénat face à Ted Cruz, qui n’a rien trouvé de mieux pour se distinguer que de s’exhiber sur une planche à roulettes en écoutant de l’indie rock des années 90. Pour les propositions, on repassera. Tout est dans l’image positive, les sourires, la grande taille. Bref, le feel good candidate de l’Amérique à placarder sur les briques de lait (mais du lait artificiel et vegan, obtenu grâce à une imprimante 3D évidemment !), ou sur les paquets de nachos puisqu’il s’est violemment opposé à la construction du « mur » et milite inlassablement pour les « dreamers », dans une région frontalière où il doit faire le plein des voix de la communauté latino.
Restent donc les candidats expérimentés tels que Kamala Harris, Amy Klobuchar, Bernie Sanders, ou bien encore le grand favori Joe Biden. Tous ont des propositions phares et très concrètes. Sanders, par exemple, a une offre extrêmement bien définie et identifiable, curieusement en vogue aux États-Unis, un pays qui a pourtant toujours massivement résisté aux idéaux socialistes. S’il gagnait les élections primaires, ce qui est encore improbable aujourd’hui, peutêtre pourrait-il même entraîner l’émergence d’un troisième homme qui incarnerait le refus de l’Amérique de choisir entre des propositions aussi marquées que la sienne et celle de Donald Trump. Kamala Harris ne surprend pas avec son projet de grandes infrastructures, assez inspiré… des politiques actuellement menées par Donald Trump.
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Qui est donc taillé pour le job ? Capable de conserver la nouvelle Amérique des métropoles sans s’aliéner définitivement celle des cols-bleus et du Heartland Rock de Bruce Springsteen ? La rust belt, cette ceinture d’États ouvriers du Nord-Est traditionnellement démocrates, a fait échouer Clinton en 2016. Elle sera encore un enjeu majeur. Un homme comme Joe Biden a donc plus d’atouts pour opérer une synthèse extrêmement complexe grâce à sa stature, son expérience et sa relative modération. Il faudra bien du courage et des arguments aux Démocrates pour déloger le Président à la chance la plus insolente depuis des décennies. En politique intérieure, Donald Trump réalise un Grand Chelem économique : chômage au plus bas, fiscalité en baisse et moral au beau fixe. Les minorités travaillées par la grande machine à laver médiatique ont les assiettes plus remplies que jamais.
Gabriel Robin
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