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Avec White, le plus grand romancier américain des années 90 opère son retour sous la forme d’un pavé dans la mare du politiquement correct. Dommage qu’il soit si mal taillé.
Depuis la sortie de Suite(s) impériale(s) en 2010, Bret Easton Ellis semblait décidé à se consacrer essentiellement à la rédaction de scénarios pour Hollywood, notamment pour le compte du réalisateur Paul Schrader. Mais voici White, d’abord intitulé White privileged male (mâle blanc privilégié), une « non-fiction » comme disent les Anglo-saxons, entre l’essai et l’autobiographie, à travers quoi BEE règle ses comptes avec la gauche libérale américaine qu’il accuse d’être beaucoup moins « inclusive » qu’elle le prétend.
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L’écrivain revient d’abord sur son enfance à Los Angeles, confesse avoir eu très jeune un goût immodéré pour les films d’horreur et évoque des parents peu présents et plutôt indulgents quant au contenu de ses lectures. Cette entrée en matière lui permet de dresser le portrait de la génération X dont il est issu, une génération coincée entre l’égoïsme des boomers et l’hypersensibilité de la génération Y, qualifiée de « génération dégonflée » parce qu’élevée par des « parents hélicoptères » (parents poules). C’est que les « millenials », BEE les connaît bien, pour être en couple avec un jeune homme de vingt ans son cadet.
LE NARCISSISME DES MILLENIALS
Loin de mépriser les millenials, Ellis raille néanmoins leur faculté à s’indigner de tout et de n’importe quoi. Nostalgique d’un âge d’or pré-11 septembre (« l’Empire ») où la liberté d’expression était davantage préservée qu’aujourd’hui, il s’attaque au règne de la « culture d’entreprise » qui enferme les millenials dans leur narcissisme et les prive de tout esprit critique. Se définissant comme un libéral qui aurait progressivement tourné la page du libéralisme, BEE porte un regard acide sur le progressisme. Quoiqu’homosexuel assumé, il ne se sent pour autant nullement impliqué dans les combats idéologiques des gays, au point même que de longs passages du livre s’appliquent à déconstruire la culture de victimisation de cette communauté, ce qui l’amène à descendre avec fracas le film Moonlight de Barry Jenkins dont les multiples nominations aux Oscars de 2017 doivent davantage, selon lui, aux prises de position du réalisateur qu’à des considérations artistiques.
AUDACIEUX MAIS PAUVRE
Même si BEE montre avec brio comment les réseaux sociaux, nous enfermant dans le culte du « like », désactivent notre faculté à nous confronter aux opinions divergentes, il enfonce néanmoins bien souvent des portes ouvertes, notamment sur la menace que fait peser à terme la cyberpornographie sur le désir sexuel ou comment les applications de rencontre nous réduisent à l’état d’objets sur le marché de la séduction… Rappelant au passage qu’il avait déjà reçu de nombreuses menaces de mort à la sortie d’American Psycho en 1991, il règle définitivement ses comptes avec la censure, notamment féministe.
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Apolitique, BEE fustige en tout cas l’intolérance de la gauche, narrant avec truculence les réactions hystériques de certains de ses proches lors de la défaite d’Hillary Clinton en 2016. Pour autant, on pourrait difficilement suspecter BEE de sympathie pour Donald Trump, dont il avait fait le modèle de Patrick Bateman, le tueur en série d’American Psycho. Si on salue son audace intellectuelle, on regrettera néanmoins la pauvreté du style, à peine journalistique, si décevant sous la plume d’un écrivain de sa trempe. À croire que White aurait eu besoin d’un nègre.
Mathieu Bollon
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