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Norbert de Xanten (Gennep 1080 – Magdebourg 1134), évêque et fondateur des Prémontrés, fêté le 6 juin, a eu une putain de vie de merde qui lui vaut d’être saint.
De la noblesse d’Empire par son père, du sang de Clovis par sa mère, Norbert naît dans un château moisi du Bas Pays. Les privilèges de son lignage lui font recevoir à Laon une excellente éducation, visant à le faire chanoine. Ce qu’il devient malgré lui à l’adolescence lorsqu’il est intégré à la chapelle impériale auprès de l’archevêque de Cologne. Mais Norbert n’a pas la foi, se moque de la religion et son titre ne l’obligeant pas à célébrer la Messe, qu’il serait bien en peine de dire vu son état, Nono préfère tirer tout ce qui bouge, voyager de-ci de-là, à travers l’Europe où sont éparpillées les terres familiales et s’adonner aux plaisirs de la chair et aux vanités.
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Trente-trois ans de vie dans le stupre et la fornication, comme dirait l’autre, lui valent le courroux divin. Par un coup de foudre retentissant, lors d’une cavalcade nocturne le menant à la mondanité et la damnation éternelle, Dieu Se manifeste à Nono, le faisant choir de sa selle, déversant des trombes d’eau sur sa tête et le terrifiant de Sa grosse voix. « Norbert, où vas-tu ? » demande Le Seigneur à Son chanoine qui n’ose pas Lui répondre à Damas, à la guerre ou aux putes. Bébert, un litron de rouge dans le nez, dit poliment « Seigneur, que voulez-Vous que je fasse ? ». Ce à quoi N.S.J.C. répond « éloigne-toi du mal et fais le bien, cherche la paix et poursuis-la ».
Cette rencontre foudroyante avec Le Sauveur marque Norbert au fer rouge. Il a eu tellement chaud au cul cette nuit-là qu’il se convertit et décide d’expier par une vie de pénitence et d’austérité ses péchés pour éviter l’Enfer. Il donne tout ce qu’il possède, bénéfices ecclésiastiques compris, aux pauvres. Revêtu d’une peau de bête, il reçoit diaconat et sacerdoce avant de s’exiler dans la Forêt noire, bien profondément pour y faire le point tout seul sur l’Enfer qui l’attend. « Comment vais-je faire pour qu’Il me pardonne tout ça ? J’étais trop déchiré ces 15 dernières années, je ne me souviens plus ce qu’il s’est passé… ». Trou noir total malgré plusieurs mois de réflexion, à grailler des baies sauvages et boire de l’eau de source. Si Dieu ne veut pas que je m’en souvienne, c’est qu’il vaut mieux passer à autre chose, pense Norbert avant de sortir de son antre.
Il a eu tellement chaud au cul cette nuit-là qu’il se convertit et décide d’expier par une vie de pénitence et d’austérité ses péchés pour éviter l’Enfer.
Il rejoint les chanoines de Xanten qu’il houspille en raison de leur non-respect de la réforme grégorienne. Il leur brise tellement les burnes au sujet de l’utilisation non-canonique qu’ils font de celles-ci que ses gentils frères en Christ l’empoisonnent. Mais Norbert survit, par la grâce de Dieu. Il est tout de même envoyé par le Pape comme prédicateur itinérant très loin des moines homicides. Là où il passe, le péché trépasse. Sur la route le menant d’Allemagne au centre de la France, Norbert convertit les foules grâce à la Parole divine, fait des miracles et ramène à la paix les féodaux englués en des luttes intestines. Fort d’un seul repas maigre par jour, allant pieds nus, Norbert parvient à Laon et se lie avec l’évêque Barthélémy.
Avec ses potes pas marrants, Hugues de Fosses et Evermode, Norbert se fixe à Prémontré, une chapelle paumée dans la forêt de Saint-Gobain. Lors d’une prédication, appelé en Belgique pour défoncer spirituellement des hérétiques, Norbert fait forte impression sur dame Emersinde, comtesse de Namur, qui lui octroie l’abbaye de Floreffe en 1121. Puis les fondations s’enchaînent. La Constitution de l’ordre des Prémontrés est validée par Honorius II et des dizaines d’abbayes, masculines et féminines, fleurissent en Europe du vivant de Norbert.
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Mais il ne voit pas celle de Leffe et n’en goûte pas, par ascétisme, la succulente bière brune dont la recette vient de Floreffe. Il ne profite pas plus du silence et du repos. Contre son gré, il est nommé évêque de Magdebourg en 1126 et reprend son bâton de pèlerin pour régler litiges civils et ecclésiastiques en Europe. Il cherche la paix, la poursuit durant tout le reste de sa courte vie et c’est d’épuisement, usé de pénitences, de privations et de travail pour la Paix de Dieu que Norbert meurt le 6 juin après avoir célébré une dernière Messe, à bout de forces, assis sur le siège épiscopal, se remémorant encore le jour de cette putain de chute de cheval. Il est canonisé en 1582.
Elodie Pérolini
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