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L’Œuvre sans auteur : une fresque somptueuse

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Publié le

17 juillet 2019

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L’ŒUVRE SANS AUTEUR (3 h 10 en deux parties) 

De Florian Henckel von Donnersmarck. Avec Tom Schilling, Sebastian Koch, Paula Beer. En salle le 17 juillet 2019.

 

A priori, l’histoire d’un peintre allemand contemporain s’étendant de son enfance en 1937 jusqu’à sa maturité artistique en 1970, le tout narré en trois heures avec entracte, inspire autant d’envie qu’un métrage thaïlandais sous-titré en croate et primé à Cannes. Il serait pourtant dramatique de passer à côté de L’Œuvre sans auteur, d’une part parce qu’il annonce le grand retour de l’auteur de La Vie des autres (2007) après une expérience américaine ratée (The Tourist, 2010), et parce qu’il renoue avec un cinéma aujourd’hui disparu, celui des grandes fresques hollywoodiennes d’avant « Le Nouvel Hollywood », quand les producteurs savaient encore allier exigence esthétique et ambition grand public.

 

Lire aussi : Florian Henckel von Donnersmarck : La violente origine de l’art

 

Cela commence donc à Dresde, en 1937, où le tout jeune Kurt Barnet visite avec sa tante Elisabeth, l’exposition sur « l’art dégénéré » organisée par le régime nazi pour désigner les avant-gardes du début du siècle à la vindicte. C’est pourtant là que Kurt découvre sa vocation de peintre. Dix ans plus tard en RDA, étudiant aux Beaux-Arts, Kurt aura du mal à supporter les diktats castrateurs du « réalisme socialiste », l’art officiel imposé par les régimes communistes. Tandis qu’il cherche sans la trouver sa voie propre, il tombe amoureux d’Ellie, dont le père, le professeur Seeband, un médecin très influent, est lié à lui par une histoire secrète et terrible dont il ignore tout. Dans un film romanesque et flamboyant, Florian Henckel von Donnersmarck offre ici le miroir renversé de La Vie des autres. Ce n’est plus l’homme qui s’initie à la vie au contact de l’art, mais l’art qui prend peu à peu naissance à partir des blessures infligées par la vie. Son écriture aussi brillante que précise conduit une narration sans temps mort sublimée par une mise en scène limpide et une photographie magistrale. Refusant l’esbroufe, le réalisateur allemand cherche seulement à faire naître l’émotion à chaque plan et à tout mettre au service de son histoire. Si la seconde partie perd un rien en intensité, la pureté du jeune couple l’emportant sur la passion initiale, L’Œuvre sans auteur n’en demeure pas moins parfaitement charpenté, passionnant, aussi beau que subtil, mené d’une main de maître et d’une main obéissant à un regard pur. 

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Arthur de Watrigant

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