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Jean-Marie Le Méné : Un capitaine

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Publié le

11 août 2019

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Rarement quelqu’un aura été aussi écœuré d’avoir eu raison. Il a la vingtaine lorsque la loi Veil sur l’avortement passe, en 1974. Il sent confusément que par cette brèche va s’engouffrer le pire dont l’homme est capable. Foutaise lui répond-on, pour les plus polis. Quarante-quatre ans plus tard, un handicapé nommé Vincent Lambert est menacé de mourir de faim de de soif.

 

Le procureur François Molins prononce ses mots : « consacrer le droit à la vie comme valeur suprême aurait pour effet de remettre en cause les lois Leonetti ou relatives à l’IVG ». L’histoire est tragique. En 2013, il a détaillé les conséquences funestes du « mariage pour tous ». En avril 2018, Libération publie un article titré « Oui, la Manif pour tous avait raison (sur tout). » L’histoire est rageante.

 

 

Ainsi va la vie pour Jean-Marie Le Méné. Il a construit et dirige la Fondation Lejeune, comme on commande un navire. Pas d’efficacité sans ordre. Pas d’ordre sans justice. C’est un homme de principes. Les militaires de carrière sont de grands rêveurs, écrivait Hélie de Saint-Marc. Un trait exacerbé chez ceux qui naviguent. « Homme libre, tu chériras la mer ! » Un marin est en prise avec la machine, les hommes et la nature. Une expérience incomparablement formatrice pour comprendre la bioéthique. Après une enfance « sereine et très heureuse » dont la joie demeure, il fait des études de droit et s’embarque dans la Marine nationale. Quatorze ans en qualité de commissaire, servant entre autres comme chef de cabinet du Jeanne d’Arc, alors le plus mythique des bateaux gris. Ce désir d’explorer venait de loin : « Mon père était géographe. Il a amené à la maison le goût des cartes. J’ai voyagé pour vérifier mes rêves comme l’a dit Gérard de Nerval ». Un désir qu’il a assouvi au-delà de ses espérances premières : « Comme écrit Céline, à 25 ans j’avais tous mes souvenirs. J’ai fait plusieurs tours du monde, et vécu dans une corporation pour laquelle j’ai une immense estime ».

Le cadre de travail de la Cour me permettait un investissement ailleurs. Ça s’est imposé comme une évidence : je devais prolonger l’œuvre de Jérôme Lejeune ».

Si bien qu’il quitte la Royale en 1992 pour revenir à ses premières amours juridiques et entre à la Cour des comptes. Cursus honorum : auditeur, conseiller référendaire, et enfin conseiller-maître. Un travail qui lui laisse une liberté considérable dans son emploi du temps. Qu’il va consacrer à l’œuvre de sa vie : la Fondation Lejeune. « Dans la première partie de ma vie, j’ai accompli un rêve d’enfant. Honorable, mais après ça j’avais envie de créer quelque chose. Le cadre de travail de la Cour me permettait un investissement ailleurs. Ça s’est imposé comme une évidence : je devais prolonger l’œuvre de Jérôme Lejeune ».

 

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Jérôme Lejeune : « Une grande âme comme on en rencontre deux-trois dans une vie. Ils passent d’une manière fugitive et disparaissent ». Une comète : intellectuelle, humaine, spirituelle. Lorsque Jean-Marie Le Méné épouse sa fille, il sait qu’il entre dans le sillage d’un personnage d’exception. Dès lors, il essaiera à sa manière de se montrer à la hauteur de cet héritage, en défendant avec opiniâtreté les trisomiques miraculés de l’avortement, Vincent Lambert, et tous les plus faibles que la société veut faire disparaître.

 

Cet héritage devient immédiatement très concret lorsque le professeur disparaît en 1994. Du jour au lendemain, sa famille se voit submergée par les courriers de centaines de patients. Le professeur parti, il faut s’occuper d’eux.

 

Lire aussi : La nuit aux Invalides, quand l’Histoire est plus grande que la légende

 

Le chef du service consultation de la Fondation est un de ses amis de quarante ans. Ils se sont connus sur les chemins du pèlerinage de Chartres des étudiants. Selon lui, Jean-Marie « est un Breton qui a les qualités de ses défauts. Il est parfois dur, mais d’une fidélité exemplaire ». Fidélité à ses valeurs, à son héritage, à feu son beau-père, à la cause de la vérité. Laurent Alexandre, un promoteur du transhumanisme qui a eu l’occasion de débattre avec lui dans les pages du Figaro, prononce le mot « foi » d’emblée pour décrire son adversaire intellectuel. Ce qui est un défaut chez le premier sera goûté comme un compliment par le second. Pour un journaliste de Valeurs actuelles à qui il livre des tribunes, « il a le mérite de rendre accessibles et clairs des sujets qui ne le sont pas forcément ».

Jean-Marie Le Méné se livre peu. Il ne parle pas de sa Légion d’honneur reçue en 2002. Ni de ses neuf enfants. À peine veut-il bien livrer qu’il apprécie l’opéra.

Jean-Marie Le Méné se livre peu. Il ne parle pas de sa Légion d’honneur reçue en 2002. Ni de ses neuf enfants. À peine veut-il bien livrer qu’il apprécie l’opéra. Dans ses yeux bleus on lit son désir de retourner en Bretagne prendre des bains de mer et sentir les embruns. Loin de l’agitation d’un monde qui devient fou. C’est fatigant d’avoir raison avant tout le monde. Lui a raison depuis quarante-quatre ans.

 

Louis Lecomte

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