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Je suis allé dernièrement du côté de Moulins, qui n’est pas loin de la mythique RN 7, comme disent les journalistes qui cherchent désespérément à inventer des mythes une fois considéré que Lancelot du Lac et Gauvain sont des proto-fascistes. Les routes étaient vides, les villages étaient mornes, sales et gris, et les haies étaient constituées de thuyas.
J’allais au mariage d’une nièce. Au cœur d’une forêt que n’aurait pas reniée un chevalier en quête d’une quête moyenne, indexée 6 sur l’échelle Chrétien de Troyes, la propriété familiale est composée d’un étang qu’entourent des forêts, étang appartenant à une série de cinq étangs périodiquement et successivement vidés (car les étangs, qui recueillent les eaux, comme la mémoire des gens de droite recueille les gestes françaises, doivent être vidés puisque l’eau n’y court pas ; on vide les étangs, on purge les mémoires ; en vidant les étangs, on prélève les poissons, en purgeant les vieux réacs, on obtient des souvenirs, qu’on oublie ; les poissons ont plus de valeur marchande).
Les maisons en train de mourir le long des routes trop parcourues étaient thuyées. On surnomme ces murailles végétales « béton vert » et ces haies ont en effet le charme des zones d’activités et autres zones périurbaines (dont Wikipédia nous dit qu’elles sont des « établissements humains à forte densité de population comportant une infrastructure d’environnement bâti » – et on comprend qu’un apprenti chevalier évite le coin).
Mais pour arriver à ces forêts, puis à cet étang, à cet espace plat et scintillant que dorait un ciel orageux, il nous a fallu longer des haies de thuyas. D’épais murs verts isolaient du regard des pavillons dont on devinait la laideur à considérer leurs toits. À peine dépassés les cœurs des villages dépérissant, les habitations nouvelles, construites entre 1960 et 2000, étaient toutes clôturées de thuyas touffus, compacts et étouffants ; quand les portails étaient à claire-voie, on apercevait des fauteuils en plastique blanc. Les maisons en train de mourir le long des routes trop parcourues étaient thuyées. On surnomme ces murailles végétales « béton vert » et ces haies ont en effet le charme des zones d’activités et autres zones périurbaines (dont Wikipédia nous dit qu’elles sont des « établissements humains à forte densité de population comportant une infrastructure d’environnement bâti » – et on comprend qu’un apprenti chevalier évite le coin).
Le thuya a été instrumentalisé. La modernité l’a choisi pour édifier rapidement des principautés minuscules et ridicules qui empêchent qu’on se réjouisse et se réconforte ensemble mais permettent de vivre « chez soi », c’est à-dire de développer des turpitudes privées dont on parle à la télé.
Le thuya, au naturel, est un arbre de haute futaie, appelé Arbor Vitae, arbre de vie, ce qui parlera à tous ceux qui vénèrent la croix et prisent les sapins de Noël. Frappé d’une malédiction sévère pour un péché inconnu, il ne pousse en France que dans les zones pavillonnaires, empêché de grandir, toxique (ne mettez pas vos déchets de thuya au compost) et laid dès qu’il est déplumé, les murailles vieillies exhibant de grandes failles de bois sec, cicatrices irrémédiables. Le thuya a été instrumentalisé. La modernité l’a choisi pour édifier rapidement des principautés minuscules et ridicules qui empêchent qu’on se réjouisse et se réconforte ensemble mais permettent de vivre « chez soi », c’est à-dire de développer des turpitudes privées dont on parle à la télé. Dans sa forme cultivée, low-cost, socialiste et nanifiée, le thuya déclenche des rhinites et abrite des parasites. Il est uniforme, mesquin, laid, triste et sournois. Le thuya est de gauche.
Par Richard de Seze
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