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Abstention, piège à…

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Publié le

21 septembre 2021

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Les Français semblent de moins en moins s’intéresser à la politique, en témoignent les taux records d’abstention aux dernières régionales. Entre manipulation médiatique et élus sans légitimité, les conséquences de ce désintérêt sont profondes.
abstention

Au fond, les élections régionales n’ont pas eu lieu, 67 à 68 % des électeurs inscrits ayant traité la chose avec mépris, indifférence et/ou découragement. On commente à bon droit le niveau record de l’abstention, qui a réduit la challengeuse n° 1 du pouvoir au triste sort de femme battue et déçue (mais la vie continue et il y aura d’autres élections, qui intéresseront forcément davantage la moyenne des Français moyens), et transmué de grisâtres notables en place capitalisant sur leur clientèle captive en suprêmes recours (de la droite plus que de la France).

Il me semble que l’abstention facilite justement ces impostures, le système politico-médiatique étant ainsi fait que si la prochaine élection enregistrait un taux de participation de 10 %, les commentateurs retiendraient encore gravement que la droite serait en train de ressusciter avec 30 % des suffrages, le RN enregistrerait un échec cinglant à 20 %, la gauche résisterait avec un score équivalent, et ainsi de suite. En dernière analyse (biaisée) ne compte que le reliquat des suffrages exprimés, les abstentionnistes étant plus ou moins méprisés par les professionnels de la politique, au même titre que les blancs et les nuls (vous me direz que la réciproque est vraie mais jusqu’à présent, des élus dérisoires comptent plus que des masses abstinentes, c’est immoral et même anti-démocratique mais c’est comme ça).

Lire aussi : Abstention : une démocratie sans le peuple

Moi j’ai toujours voté depuis que j’en ai eu le droit – la première fois ça devait être pour les législatives de l’an 1978 après JC – et presque toujours pour des candidats battus plus ou moins glorieusement. C’était avant par défoulement un peu dérisoire, plus tard par réelle espérance politique. Au fait, c’est l’anti-démocrate Maurras qui avait dit un jour, à peu près, qu’il se reprocherait que sa voix eût manqué à un « bon » candidat – et d’ailleurs l’Action française a participé à une ou deux élections après 1918, avec un succès très relatif, disons ça comme ça. Bon c’est vrai que je me suis au moins une fois abstenu, et à une élection assez cruciale, mais d’une façon conjuguant heureusement surréalisme et calcul politique.

C’était en 1981 : un certain Jean-Marie Le Pen, candidat groupusculaire et d’ailleurs recalé dans la course aux parrainages de notables, avait incité, à la veille d’un deuxième tour que tout annonçait menaçant pour le président sortant, ses sympathisants à « voter Jeanne d’Arc ». Moi et mes amis du groupe satirique anarcho-réac « Jalons » avions préféré glisser dans l’urne, le fatal 10 mai, une poignée de bulletins « Georges Pompidou » qui furent hélas décrétés « nuls » par le Système, bien qu’ils fussent très bien imprimés dans le respect sourcilleux de la réglementation électorale. Un partisan de Giscard aurait crié à l’irresponsabilité, puisque notre campagne Pompidou 81/88 contribua marginalement, à l’instar du vote Jeanne d’Arc, à l’élection de Mitterrand. Mais pour nous c’était plutôt de l’« abstention révolutionnaire » destinée à couler le candidat qui nous semblait le pire, ou le moins excitant ou le moins riche de potentialités pour l’avenir. Il me faut d’ailleurs là revenir à Le Pen qui, à l’occasion de je ne sais plus quelle élection importante des années 90, avait lancé à l’intention de ses partisans, et contre les candidats de la droite « républicaine », cette formule lapidaire mais pleine d’à-propos : « Ils vous méprisent ?  Méprisez-les ! » Ma foi, 25 ans après, ça me paraît un slogan toujours actuel.

Le Pen avait lancé à l’intention de ses partisans, et contre les candidats de la droite « républicaine », cette formule lapidaire mais pleine d’à-propos : « Ils vous méprisent ?  Méprisez-les ! »

J’ai appliqué depuis ce réflexe politique et intellectuel à tous les candidats de droite « classique » et « de gouvernement », notamment à la présidentielle. Je crois même me souvenir avoir voté pour l’adversaire résiduel de Nicolas Sarkozy, tant ce dernier me paraissait l’incarnation de toute la laideur et de l’imposture morale et politique de ce monde politique. Avec le recul, je n’en ai aucun regret. D’une certaine façon c’était encore de l’abstention, mais une abstention de classe « billard à trois bandes », qui servait à couler le faux ami, quitte à faire élire un ennemi insignifiant. De fait, je ne peux m’empêcher de m’apitoyer pour ceux qui pensaient – pensent encore – que « Sarko », c’était relativement mieux ou moins pire que Hollande. C’est vrai que ceux-là, du moins, devraient s’abstenir…

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