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Adrian Vermeule : « L’Histoire, que certains croyaient terminée, recommence »

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Publié le

11 mai 2026

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Professeur de droit constitutionnel à Harvard et membre du mouvement postlibéral, le juriste Adrian Vermeule voit dans la passe d’armes entre Donald Trump et Léon XIV le signe que nous entrons dans une nouvelle ère politique.
© Márton Ficsor (Hungarian Conservative magazine)

Comment avez-vous réagi à l’attaque virulente du président Donald Trump contre le pape Léon XIV ? Comment cette saillie a-t-elle été accueillie par l’opinion publique américaine ?

Très mal, et très mal, du moins auprès de la composante catholique incontournable de la coalition MAGA. Léon XIV est de loin la personnalité publique la plus populaire aux États-Unis. On m’a dit qu’il existait un vieux proverbe français : « Qui mange du Pape en meurt. » Le président souffre désormais au moins d’une grave indigestion.

Cette confrontation peut-elle se lire comme un retour de la question classique des rapports entre pouvoir temporel et pouvoir spirituel ? En quoi est-ce le signe d’un changement d’époque ?

C’est, à mes yeux, le point le plus frappant. Depuis des semaines, tant avant qu’après cet épisode particulier, la sphère publique américaine est saturée de théologie politique, de questions sur la relation entre les pouvoirs « temporels et spirituels » (pour reprendre les termes du député Riley Moore), de débats entre de hauts responsables publics et des évêques, ainsi que de tensions entre les composantes catholiques et protestantes de la coalition MAGA. Quels que soient le bien-fondé ou les détails des questions récemment posées, le point essentiel est que nous avons désormais une sphère publique post-libérale (mais démocratique), dans laquelle la vérité, y compris la vérité théologique, fait à nouveau l’objet de débat.

Que vous inspirent les explications de J. D. Vance, qui a défendu le président en expliquant que le pape devait s’en tenir aux questions morales et faire preuve de prudence sur les questions théologiques ?

Le vice-président a depuis publié une déclaration différente et nettement plus conciliante, dans laquelle il précise notamment que les élus « s’efforcent d’appliquer » les principes moraux énoncés par le Pape dans un monde en proie à la confusion. Il s’agit là d’une vision beaucoup plus traditionnelle, qui reconnaît l’autorité doctrinale de l’autorité spirituelle non seulement dans la dévotion privée, mais aussi dans le domaine public de la morale politique.

Lire aussi : Léon XIV vs Donald Trump : vrai Messie et faux prophète

Guerre religieuse, scène de bénédictions par des pasteurs, consécration des États-Unis à Dieu : les références religieuses par le pouvoir américain semblent se multiplier. Est-une bonne chose ?

Je pense que cela constitue au moins une avancée par rapport à la théologie politique répressive et hypocrite qui imprégnait autrefois la sphère publique (soi-disant) libérale, laquelle revendiquait une neutralité fondée sur la tolérance et le pluralisme tout en s’efforçant implicitement, mais inévitablement, d’une manière tout à fait moniste et impérialiste, de privatiser et de marginaliser les revendications de fond concernant les vérités de la loi naturelle et de la loi divine.

En s’en prenant aussi frontalement au pape, Trump risque-t-il de perdre le soutien des intellectuels postlibéraux ? Et des catholiques ?

Oui et oui. J’admire une phrase du grand écrivain français du XIXe siècle, et catholique ultramontain, Louis Veuillot : « Rien dans nos principes ne nous engage à ménager les désordres des rois. » Cependant, tout cela ne prouve pas que les principes postlibéraux aient été rejetés ; cela prouve exactement le contraire. Le renouveau des débats sur les rapports entre pouvoirs temporel et spirituel, menés en ces termes mêmes, est en soi une confirmation de la thèse postlibérale selon laquelle nous avons déjà écarté les prétentions du libéralisme au profit d’un débat plus solide sur les vérités de la théologie politique. Les grandes questions qui avaient été refoulées pendant la seconde moitié du XXe siècle sont de retour.

Plus largement, diriez-vous que ce second mandat a contribué à réorienter l’État américain vers une conception plus substantielle du bien commun comme vous l’appelez de vos vœux ? Ou au contraire, assiste-t-on l’avènement d’un empire prédateur comme certains le disent ?

À certains égards oui, à d’autres non ; je pense que le gouvernement a fait de bonnes choses et de mauvaises choses, et que cette guerre en Iran était injuste. Mais, plus fondamentalement, la première étape décisive vers une organisation adéquate de l’autorité publique au service du bien commun a été franchie : ce que Veuillot appelait « l’illusion du libéralisme » s’est enfin dissipée. L’Histoire, que certains croyaient terminée, recommence.

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