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Alasdair MacIntyre et l’éthique de la vertu

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Publié le

21 mars 2023

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Aristotélicien et figure centrale du courant communautarien américain, le philosophe écossais Alasdair MacIntyre s’est donné pour projet de refonder les bases du débat social et politique sur une éthique de la vertu.
ALASDAIR MCINTYRE-web

Alasdair MacIntyre, né en 1929, est un philosophe écossais installé aux États-Unis où il a enseigné dans plusieurs universités. Il est devenu ces dernières décennies le maître de la critique de la philosophie libérale qui guide notre monde.

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Après une jeunesse communiste, il se tourne vers Aristote, découvre saint Thomas d’Aquin et se convertit au catholicisme en 1983. « MacIntyre, écrit son excellent biographe français, Émile Perreau-Saussine(Alasdair MacIntyre, une biographie intellectuelle : Introduction aux critiques contemporaines du libéralisme, Presses Universitaires de France, coll. « Léviathan », 2005), place au cœur de sa réflexion ce que le libéralisme tient aux marges de la politique : l’âme, la communauté et la vérité. Une constance se dégage ainsi, sous le chaos apparent. La critique du libéralisme est à la fois la basse continue et la cause finale de son œuvre. » MacIntyre s’élève ainsi logiquement contre la totale séparation du sacré et du profane : « Si notre religion est fondamentalement sans rapport avec le politique, alors nous comprenons le politique comme un royaume en dehors du règne de Dieu. Séparer le sacré et le profane, c’est ne reconnaître l’action de Dieu que dans les limites les plus étroites ».

S’il ne remet pas en cause la démocratie libérale comme forme de régime politique, il conteste la dynamique atomiste, relativiste et finalement nihiliste du libéralisme. Son originalité repose dans l’importance qu’il accorde à la tradition, notamment comme remède pour lutter contre le relativisme moral : « MacIntyre veut à la fois ruiner le relativisme moral et montrer que la rationalité pratique se déploie dans le contexte d’une communauté particulière. Il parvient à concilier ces deux exigences apparemment contradictoires en développant une philosophie de la tradition. La tradition est le milieu social dans lequel les conceptions de la justice s’articulent à des conceptions morales ; la tradition offre le contexte particulier dans lequel se développe et s’enrichit la rationalité pratique. Les tentatives positivistes de séparer le juste et le bien ignorent la réalité de la vie morale comme de la vie politique », écrit encore Perreau-Saussine.

Les Lumières ont rendu impossible tout débat réel sur ce qu’est la raison, la nature de l’homme et ses fins

Deux livres importants de MacIntyre sont disponibles en français. Dans Après la vertu (1981, revu en 1984), il analyse la dérive qui a conduit à l’éclatement de la morale et qui rend impossible tout consensus en la matière, tout jugement moral étant devenu aujourd’hui l’expression d’une préférence ou d’un sentiment subjectif. Dans Quelle justice ? Quelle rationalité ? (1988), il explicite ce que la conception de la justice et la manière dont elle est rendue dans une civilisation doivent à la « rationalité pratique » de la tradition dans laquelle cette civilisation s’inscrit. Approfondissant l’étude de quatre traditions différentes, celle des Grecs anciens, celle de saint Augustin, celle de saint Thomas venue d’Aristote, et celle de Hume et de la philosophie écossaise, il démontre que les Lumières, en érigeant l’homme universel délié de tout passé comme premier concept opératoire, ont rendu impossible tout débat réel sur ce qu’est la raison, la nature de l’homme et ses fins : « Il est impossible qu’une confrontation intellectuelle véritable ait lieu dans l’abstraction et dans la généralité ». Il tient, pour lui, que dans la rivalité de toutes les traditions, seule celle de saint Thomas et d’Aristote est capable d’englober les autres sans les détruire.

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