En 2010, le magazine Time classe l’Autotune parmi les cinquante pires inventions de l’humanité. Difficile d’échapper à cette déferlante de voix de robots rouillés quand 90 % des musiques actuelles en abusent. Pourquoi ça a dérapé ?
Vocodeur et l’autotune
Le Vocodeur, avec quoi on confond souvent l’Autotune, est un synthétiseur qui chante à votre place en créant un son artificiel à partir des fréquences de votre voix. Inventé en 1939 par Homer Dudley, ingénieur chez Bell, le vocodeur fut d’abord utilisé pour brouiller les conversations entre Roosevelt et Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale. Ironie de l’histoire, ce sont les Allemands visionnaires de Kraftwerk qui ont généralisé son application dans le domaine musical. L’Autotune, en revanche, est une marque de software correcteur de tonalité. Son inventeur, le mathématicien américain Andy Hildebrand l’employait pour prédire les secousses sismiques pour le compte de l’industrie du pétrole. Il exploite ensuite l’idée d’une collaboratrice évoquant le fait qu’elle chante si faux qu’elle aurait besoin d’un logiciel pour être en mesure de chanter juste. Ainsi apparaît la première version de l’Autotune dans le domaine musical, recalant la voix sur une gamme.
Genèse d’une horreur
Que se passe-t-il lorsqu’on pousse les réglages de l’Autotune à l’extrême, même sur une belle voix ? Le traitement, jusqu’ici transparent et naturel, revêt un caractère artificiel et outrancier conférant au résultat un aspect métallique très vite irritant. Cette répugnante manie est née en 1998, avec le tube « Believe » de Cher, première chanteuse à pousser tous les signaux dans le rouge en exagérant les paramètres de transformation et d’élongation du son. Elle ouvre la voie au rappeur T-Pain qui fera lui- même une foule d’émules. Daft Punk donne à ce mauvais goût ses lettres de noblesse avec les voix nasillardes de son célébrissime « One more time ».
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Si initialement l’Autotune est un logiciel de post-production permettant de réguler des faiblesses à l’enregistrement, les rappeurs vont prendre l’habitude de s’en servir pendant leur performance afin de faire cohabiter leur chant naturel et leur chant « autotuné ». Les mondes de la Pop, du Raï, et du Rap s’excitent sur le phénomène, mais certains critiques attaquent plus ou moins violemment ces « gadgets » qui salopent la musique et posent la question de la légitimité de l’artiste. Kanye West adopte le concept. Jay-z le condamne avec son titre « DOA » (« Death of Autotune ») qui critique la démarche, dénonçant son inauthenticité.
La voie de l’imposture
Cet outil aux possibilités intéressantes est maintenant employé comme un marteau-pilon à égaliser les voix, et n’ouvre qu’une seule voie : celle de l’imposture. N’importe qui peut poser au rappeur ou au chanteur grâce à un système qui rattrape certes la justesse mais ne remplace ni le charisme ni le talent… Voilà qui revient à confier des Formule 1 à des conducteurs inexpérimentés, et on ne peut que déplorer aujourd’hui l’omniprésence de cette pollution sonore. Il ne s’agit pas pour autant de condamner toute voix synthétique : Kraftwerk ou Wendy Carlos (B.O. d’Orange mécanique) ont par exemple su apprivoiser ces effets pour offrir de nouvelles nuances dramatiques, mais le discernement est plus que jamais nécessaire. Mieux vaut disposer aussi d’une véritable technique vocale en dépit du correcteur, parce que lorsque le logiciel dysfonctionne sur scène, la catastrophe vire au spectaculaire. Ainsi, après la bouffe garantie sans OGM, on espère voir demain l’émergence salutaire d’albums certifiés sans Autotune.





