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Antispécisme, le parti des veaux : entretien avec Paul Sugy

Journaliste au Figaro, Paul Sugy signe un premier essai sur l'histoire intellectuelle et les paradoxes de l'antispécisme Entre désacralisation et déconstruction de l'homme, l'antispécisme devient le miroir d'une société désincarnée et de moins en moins carnée.

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© Benjamin de Diesbach pour L'Incorrect

Des mouvements de pensée estimant qu'il est cruel et injuste de manger de la viande ont toujours existé. Dès l'Antiquité, de nombreux auteurs s'opposaient aux sacrifices d'animaux en offrande aux dieux. Mais l'antispécisme s'appuie surtout sur des réflexions plus récentes : au XIXe siècle, des philosophes moralistes comme Jérémy Bentham affirment qu'il existe une ressemblance entre l'homme et l'animal puisque ces deux êtres peuvent ressentir la souffrance, et que c'est cette capacité seule qui est déterminante au plan moral. La vie humaine n'est plus selon eux empreinte d'une sacralité particulière. Cette idée est approfondie, plus radicalement, par Peter Singer en 1975 dans son livre La Libération animale : le philosophe australien soutient que dès lors qu'un être vivant ressent la souffrance, l'éthique impose de respecter son intégrité physique. L'antispécisme remplace donc le critère de l'espèce par celui de la souffrance. 

En faisant des animaux une nouvelle classe d’opprimés, l’antispécisme devient-il un nouveau marxisme ? 

Il y a une symétrie de raisonnement. Aymeric Caron disait que « la cause animale est le marxisme du XXIe siècle ». C'en est plutôt une forme dévoyée et atrophiée, dans la continuité d'ailleurs des travaux de penseurs postmarxistes comme Chantal Mouffe et Ernesto Laclau, qui ont appliqué des schèmes marxistes à d'autres combats de libération plus contemporains, et ont repris l'idée que l'on peut réduire l'histoire des civilisations à des antagonismes entre classes dominantes et classes dominées. Mouffe et Laclau parlent, en paraphrasant Gramsci, d' « hégémonies ».

Tous les antispécistes ne prônent pas la zoophilie, mais elle est envisagée voire encouragée

La prétention révolutionnaire de l'antispécisme puise en outre dans une pulsion iconoclaste, puisqu'il s'agit de bouleverser nos représentations collectives afin de changer substantiellement notre regard sur l'animal, lequel aurait été jusqu'ici assujetti à l'homme dans la culture occidentale. Concevoir la culture comme un instrument d'oppression au service des dominants est précisément une constante dans l'idéologie de la gauche post-moderne, et cela rappelle en un sens le concept marxiste de « superstructure », c'est-à-dire les institutions et les idées, que l'auteur du Manifeste du parti communiste décrit comme la traduction à l'échelle collective des rapports individuels de domination. 

Donna Haraway, figure importante de l’antispécisme, défend les relations charnelles entre les animaux et les hommes. L’antispécisme, poussé à son paroxysme, mène-t-il à la zoophilie ? 

Tous les antispécistes ne prônent pas la zoophilie, mais elle est envisagée voire encouragée par certains chefs de file de ce mouvement tels Donna Haraway, qui décrit les baisers langoureux échangés avec sa chienne, ou encore Peter Singer. Je suis d'ailleurs sidéré de voir que malgré ses positions maintes fois réitérées sur l'euthanasie, sur l'avortement post-natal, sur le handicap en général ou sur la zoophilie, Peter Singer soit toujours considéré comme légitime alors que sa pensée est sordide. [...]

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