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APF France handicap prend position contre le Rassemblement national et Reconquête

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Publié le

29 janvier 2026

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EXCLUSIF. Dans un document interne, l’association APF France handicap appelle ses adhérents à n’entretenir aucun lien avec les partis d’ « extrême droite », et menace d’exclusion ceux qui seraient candidats ou élus sous les étiquettes Rassemblement national, Debout la France et Reconquête.

L’approche d’échéances électorales de premier plan, les municipales puis la présidentielle, et la croissance continue des partis dits d’« extrême droite » commence à affoler le tissu associatif bien-pensants. Quelles relations entretenir localement avec la vague d’élus d’« extrême droite » qui vont arriver aux commandes dans les mairies, et peut-être demain à l’Élysée ? C’est la question qui va se poser à beaucoup d’entre eux, et à laquelle l’association APF France handicap a tenté de répondre dans une communication interne que L’Incorrect a pour consulter en exclusivité. L’association y appelle ses adhérents à n’entretenir aucun lien avec les partis d’ « extrême droite » et menace d’exclusion ceux de ses adhérents qui seraient candidats ou élus sous les étiquettes Rassemblement national, Debout la France et Reconquête.

Aucune relation avec l’« extrême droite »

APF France handicap est un mastodonte de la défense du handicap. Créée en 1933, l’association défend les droits des personnes handicapées et de leurs familles, lutte contre les discriminations dont ils sont victimes et les accompagne au quotidien. Selon le rapport annuel de 2024, l’association compte 478 établissements sociaux, médicaux-sociaux et sanitaires, et près de 15 000 salariés. Surtout, environ 80 % des ressources de l’association viennent de fonds public, soit 773 millions d’euros (sur près d’un milliard d’euros). Autant dire qu’elle agit quasiment comme un opérateur public, financé en très grande partie par les impôts.

Pourtant, cette association vient de prendre une bien curieuse décision, dans un communiqué interne du 13 décembre dernier. En entête, il est précisé en gras, en majuscule et en rouge qu’il s’agit d’un « document interne à ne pas diffuser ». Dans le but de clarifier sa position relative à l’« extrême droite », l’association « ne peut rester simple spectatrice de cet état de fait au regard de ses valeurs fondatrices et des positions politiques en faveur de la primauté des droits humains et d’une société ouverte à toutes et tous qu’elle a toujours défendues. » En effet, « s’appuyant sur sa charte, sur son projet associatif Droit devant, droits d’avenir en juin 2003, qui réaffirme la primauté des droits humains et ses précédentes prises de position, le conseil d’administration constate à nouveau que les valeurs portées par les partis et élus d’extrême droite sont contraire aux valeurs du Vivre Ensemble et au projet de société inclusiverselle (sic) portées par notre association. »

Cela appelait donc des mesures fermes et sans ambiguïté : « AFP France handicap ne peut donc pas entretenir de lien avec les partis d’extrême droite et leurs élus. » Dans un argumentaire joint, l’association assure bien entendu ne pas dénoncer leur élection, ni ne pas remettre en cause la légitimité des élus. Mais elle l’assure, les valeurs républicaines, « fondées sur la liberté d’opinion et la liberté d’expression », ne les obligent pas « à rencontrer des candidats ou des élus d’extrême droite et par là même d’afficher une communication qui sera contraire à nos valeurs ». Et de conclure : « L’association ne peut souscrire à la vision de société que porte l’extrême droite, ni risquer de cautionner au motif que certaines propositions issues du même programme pourraient être favorables aux personnes en situation de handicap. »

Guide pratique contre l’« extrême droite »

Le problème, c’est que ces élus d’« extrême droite » existent malgré tout. Quels rapports les représentants locaux de l’association doivent-ils entretenir avec eux ? En novembre 2015 déjà, une rencontre entre un représentant de l’APF 75 et un candidat RN aux régionales avait suscité un certain émoi.

Pour éviter ce genre de situations, l’association a adjoint en annexe un tableau, comique malgré lui, qui précise les règles à adopter dans différents cas de figure. Et l’APF France ne fait pas dans la demi-mesure. Ainsi, il ne faut solliciter aucun candidat d’« extrême droite » en période électorale de peur d’être instrumentalisé ; ni ne leur adresser de courrier, au prétexte que ce courrier pourrait appeler une demande de rencontre qu’il serait difficile de refuser. Il faut éviter tout rendez-vous avec eux, ni ne jamais assister à leurs événements, ni être pris en photo à leurs côtés, ni n’utiliser d’images d’eux dans des communications internes ou externes. Si l’organisation d’un événement peut les contraindre, par respect du protocole, à inviter un élu d’« extrême droite », alors il vaut envisager de « renoncer à organiser » ledit événement – ce que les rédacteurs du rapport annoncent avoir fait, en annulant la pose de la première pierre d’un établissement. « En cas de présence spontanée (un élu s’invite tout seul), il est recommandé d’avoir la précaution de ne pas le citer. »

Lire aussi : Affaire Legrand-Cohen : Réponse aux accusations 

Pour faire avancer un dossier dans une institution pilotée par l’« extrême droite », il faudra au maximum passer par l’administration et les directions techniques plutôt que par l’exécutif. Au cas où il n’y aurait pas d’autre choix que de rencontrer cet élu, il faudra faire valider la rencontre au préalable par l’instance politique APF France handicap, et éviter toute communication à ce sujet. De même, tout projet avec lui devra être soumis « à une relecture de la Direction engagement associatif et politique et de la Direction de la communication pour en sécuriser les termes ». Si des représentants locaux de l’association siègent dans des commissions avec des élus d’« extrême droite », il leur faudra être vigilant aux propos tenus par l’élu et ne pas hésiter à les corriger calmement et fermement. Si les propos d’« extrême droite » sont trop affichés, il faudra « les dénoncer publiquement, voire démissionner ». C’est beau, l’inclusion.

Chasse aux sorcières

Tout cela a le mérite d’être clair, Mais qu’en est-il des adhérents de l’association qui seraient eux-mêmes d’« extrême droite » ? Le rapport stipule que « le conseil d’administration estime incompatible avec l’exercice d’une représentation externe de notre association ou l’exercice d’un mandat interne tout engagement public d’un adhérent de l’association (candidature uninominale ou sur une liste apparentée d’extrême droite par le ministère de l’Intérieur, et le mandat électif en découlant). » En clair, si vous êtes membres de l’association, vous n’avez pas le droit d’être candidat sous l’étiquette d’un parti classé à l’extrême droite. Si c’était le cas, le conseil d’administration annonce qu’il serait « appelé à statuer sur celle-ci ou celui-ci, dans le respect de nos dispositions statutaires et du règlement intérieur ». C’est ce que l’on appelle une menace d’exclusion.

Là où la chose est cocasse, c’est que quelques pages plus loin, l’association assure que « l’on peut être membre actif et militant engagé au sein d’APF France handicap en ayant n’importe quelle sensibilité politique (voir être membre d’un parti politique ou exerce un mandat d’élu) » au motif, tout à fait juste, qu’il s’agit « d’un engagement individuel et privé, distinct du champ associatif ». N’importe quelle sensibilité donc, sauf l’« extrême droite ». De même, l’association assure qu’elle respecte « la liberté individuelle d’opinion de tout à chacun », de sorte qu’il ne faudrait pas voir dans ladite communication, ni plus généralement dans les prises de position de l’association, des consignes de vote. Elle l’assure à plusieurs reprises : « APF France handicap ne formule à travers ses positions aucune consigne de vote à quelque échéance électorale que ce soit. »

Pourtant, lors des législatives 2024, l’association avait clairement donné une consigne de vote dans un communiqué officiel sobrement intitulé « Ensemble, disons Non à l’extrême droite ! » et encore disponible sur son site : aucune voix à l’« extrême droite ». APF France handicap expliquait notamment que « face au risque de victoire des partis politiques d’extrême droite aux élections législatives anticipées, notre association prend position contre l’extrême droite : les valeurs portées par ces partis et ces élus menacent nos valeurs associatives de solidarité et de justice sociale, de respect de l’autre quel qu’il soit, et nos actions de défense des libertés et droits fondamentaux de l’association ». Et de poursuivre en appelant « les citoyennes et les citoyens à aller voter les 30 juin et 7 juillet en prenant la mesure de la gravité exceptionnelle de cet acte au regard des valeurs républicaines et du respect impérieux des droits fondamentaux de chacune et chacun en France ».

Oui-Oui fait de la politique

Mais qu’est-ce que l’« extrême droite », au fait ? Reconnaissons à l’association, qui dit s’appuyer sur la qualification du ministère de l’Intérieur, un mérite : elle essaye de la définir. Ainsi, « l’extrême droite est un courant de pensée politique qui met en avant un nationalisme poussé à l’extrême ». L’extrême droite serait donc extrême : on appelle ça une tautologie. Poursuivons : « Elle favorise les personnes possédant la nationalité du pays dans lequel elles vivent face aux étrangers, aux religions et aux cultures non originaires de ce pays. » Doit-on précisé à l’APF que la République elle-même pratique cette distinction pour le scrutin dont il est ici question, l’élection présidentielle, à laquelle les étrangers n’ont pas le droit de voter ? De même, l’association ne semble pas s’émouvoir d’une autre discrimination qui contrevient, en sens inverse, au principe d’égalité auquel elle se dit attachée : la discrimination positive prônée par l’extrême gauche.

Le Rassemblement national, Debout la France et Reconquête sont cités comme étant les visages de l’extrême droite aujourd’hui, étiquette qui, bien sûr, « fait référence à de sombres événements dans l’histoire de notre pays ». Autant dire que l’association, financée à 80 % par le contribuable, entend tourner le dos aux élus qui représentent actuellement plus de 40 % de l’opinion publique, d’après les derniers sondages. C’est la préférence nationale – inhérente à l’idée de nation, et défendue jadis par la gauche – qui visiblement les tracasse : « Ces mesures s’inscrivent dans une vision sociétale qui rejette l’autre, l’étranger et s’appuie sur une société de plus en plus excluante que nous ne pouvons accepter. » Et le texte de citer quelques-unes des mesures tirées du programme de Marine Le Pen qui, on l’aura compris au terme de cette fine analyse, se situe quelque part entre Pétain et Hitler. Malheureusement pour l’APF France handicap, vu la dynamique électorale, son travail risque d’être bientôt et grandement compromis. La faute aux électeurs qui votent mal, ou à ce pathétique signalement de vertu ? Ce sont hélas les handicapés qui paieront le prix.

* Contactée par nos soins, APF France handicap a refusé de répondre à nos questions.

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