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Astrologie : sous le signe du féminisme

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Publié le

17 septembre 2020

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Tout, il leur faudra tout. Le ciné, les salons de coiffure, les bars, les pansements, les rasoirs dont on ne sait plus si elles les veulent bleus ou si elles n’en veulent pas, les superhéros de comics, le climat, l’Église, et maintenant l’astrologie. Les féministes prennent le contrôle des constellations du zodiaque.
Tania Medina - Unsplash

Le magazine New Witch, lancé en juin 2020, professe être « le nouveau trimestriel qui s’adresse à toutes les femmes modernes : fortes, libres, écolos, féministes, assumées, prêtes à se réapproprier leur pouvoir et à renouer avec leur féminin sacré ». Quel rapport entre un ex-mouvement d’émancipation des femmes, et la science de deviner le futur dans les astres ? Aucun. Cependant, il n’existait pas plus de lien avec le climat, mais ces battantes ont trouvé le moyen de combiner leur passion pour leurs organes génitaux et celui pour les plantes vertes dans des panneaux de manifestation que la décence nous interdit de reproduire ici. Mais elles creusent, et ont fini par trouver : la méchante Église pleine d’hommes brûlait des milliards de sorcières au temps des cathédrales, ergo les sorcières sont de gentilles femmes qui luttent pour leurs droits, quoi que ça veuille dire.

Mystiques marxistes

Comme toutes ces spiritualités New Age, elle combat évidemment le christianisme. Le christianisme est patriarcal, la société est patriarcale, l’astrologie permet de se libérer les chakras vers un nouvel âge sans la domination des hommes. On s’étonne (non) de constater à quel point les revendications attachées au zodiaque féministe 2.0 ressemblent à s’y méprendre au marxisme culturel. Car si le Royaume des Cieux chrétiens n’est pas de ce monde, celui de l’astrologie néo-wiccane l’est bien. 

On attend toujours le rituel contre l’Arabie Saoudite qui lapide des femmes adultères, mais il semblerait qu’à cause de Vénus en Gémeaux, ça ne soit jamais tombé au menu

Ces femmes se définissant comme sorcières (ou « sœurcières » selon un jeu de mots outrageusement spécieux) utiliseraient leurs pouvoirs magiques imaginaires contre ceux qu’elles estiment être leurs ennemis. Cela ne va pas vous surprendre : Trump, ou parfois les forces de police, sont leurs cibles désignées. Vous trouverez ces femmes derrière le hashtag #BindTrump ou #MagicResistance. On attend toujours le rituel contre l’Arabie Saoudite qui lapide des femmes adultères, mais il semblerait qu’à cause de Vénus en Gémeaux, ça ne soit jamais tombé au menu.

Sorcière hype

Ce lobby (ne nous faites pas de procès, s’il vous plaît) s’infiltre jusque dans les plus hautes sphères de l’État. Marlène Schiappa arbore fièrement les couleurs de Poudlard, afin de rétablir l’image de la Femme, oppressée durant des millénaires par l’homme, et dont la nature véritable se révélerait dans les arts occultes. Selon la principale intéressée, « ces croyances me donnent confiance ». Pas besoin d’aller chez le psy, un bracelet de corail, un colifichet porte-bonheur en pendentif, et le sort en est jeté. La sorcière est économe. Il y a dix ans, une telle déclaration aurait passé pour étrange, voire carrément excentrique. 

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Aujourd’hui, c’est in. De l’image de la vieille femme laide aux vêtements noirs, on passe à celle d’une femme glamour et sensuelle, qui dérangerait le pouvoir masculin grâce à son extrême féminité. Marlène a même cosigné avec ses copines Charlotte Gainsbourg ou Muriel Robin une tribune en octobre dernier intitulée « Sorcières de tous les pays, unissez-vous ! » Dans le nouveau package qui va avec les rats crevés et les encens de patchouli bon marché, on affiche son féminisme intersectionnel, mais en prime on se sent sorcière.

Les étoiles votent à gauche

Ces féministes trans/queer (et autres créativités linguistiques) arborent leur signe astrologique telle une personnalité de substitution, se définissant comme sorcière Balance ascendant Gryfondor. L’influenceuse Sailor Baklawa déclare : « J’aspire à une astrologie féministe, queer ». Comme l’indique son profil : « Queerness, astrology & politics, genderqueer, arab virgo witch ». Et salade tomate oignon, chef. Selon elle et ses milliers de clones, il s’agit de « politiser l’astrologie dite queer ». 

Le féminisme brille désormais sous les constellations zodiacales. Comme pour enfoncer le clou, le dernier bar queer et branchouille de la capitale se nomme… « Constellation ». Par amour pour Asimov et l’astronomie ? Non ! La patronne.ne (?) affiche clairement son attachement à l’astrologie, « la nouvelle religion queer » selon elle.

Astrologie de cuisine 

Leur dogme ? Pas de dogme ! À défaut de fonder un observatoire stellaire intégralement féminin, on se concentre sur quelque chose de moins complexe, sans les petits calculs casse-pied. Et tant pis si ça ne marche pas vraiment, ça n’a jamais été le but. L’astrologie tient lieu de prétexte à une couche spirituelle mince, à base d’effet Barnum : tout est suffisamment fou, général et flatteur pour que chacune s’y reconnaisse. Les lumières de la science s’éteignent sous celles du Scorpion au carré de Jupiter. 

Avec deux brins de chanvre, une bougie noire et trois petits miroirs, on fait ses rituels et on se sent puissante, connectée à la terre, mais avec en bonus la lutte contre l’oppression du blantriarcat

Apprendre la psychologie demande de la discipline, apprendre l’astrophysique exige rigueur et astreinte intellectuelle. Même l’astrologie originelle, que l’on y adhère ou non, requiert un exercice mental et du discernement. Mais grâce au féminisme 2.0, plus besoin de ces vieilles lunes ennuyeuses. Tout doit être dépouillé de son solfège, de ses règles, seul reste le ressenti – et bien sûr le soutien aux minorités oppressées au passage. Pour un peu, on se rassure qu’elles touchent à l’astrologie uniquement, et fichent la paix aux réacteurs nucléaires.

Substitut de religion 

Avec deux brins de chanvre, une bougie noire et trois petits miroirs, on fait ses rituels et on se sent puissante, connectée à la terre, mais avec en bonus la lutte contre l’oppression du blantriarcat. L’astrologie est réduite à sa portion congrue, portion que même la section « développement personnel » de la Fnac regarde de haut. On réinvente une astrologie qui fait du bien, qui apaise le cœur et pardonne, qui rassure et qui donne la foi d’avancer, bref, l’astrologie qui fait office de doudou religieux. Comme l’écrit Slobodan Despot, « les vies antérieures remplacent la vie intérieure ».

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