Henri de Lubac fut un des plus grands théologiens catholiques du dernier siècle. Entré à 17 ans dans la Compagnie de Jésus, il enseigna la théologie, écrivit de très nombreux livres (plus d’une quarantaine, sans compter une multitude d’articles), fut expert au Concile Vatican II, puis créé cardinal en 1983. À son œuvre magistrale, Michel Fédou, jésuite comme lui, offre une remarquable introduction, qui en balaye les principaux axes, avec maîtrise et didactisme. Quels sont les principaux apports de ce grand théologien jésuite ? Relevons-en quatre.
Le premier est une méditation théologique très profonde de l’Église : celle-ci n’est pas seulement chose humaine, mais elle est d’institution divine, elle est le « sacrement du Christ », c’est-à-dire son témoin constant, à temps et à contretemps, n’ayant de sens et de réalité que relative au Christ qu’elle manifeste. Lubac présente souvent sa pensée sous forme de « paradoxe », afin de ne pas omettre un aspect du mystère au profit d’un autre ; ainsi, l’Église doit être vue comme humaine et divine, sainte et composée pourtant de pécheurs, etc.
Un second axe est celui de l’étude de la Tradition de l’Église. Lubac avait une connaissance exceptionnellement vaste des auteurs chrétiens, en particulier des Pères de l’Église, à la redécouverte desquels il a œuvré. Que ce soit sur l’eucharistie, sur l’universalité de l’Église ou sur la manière de lire la Bible, il sut puiser à la source de la grande Tradition et en manifester la vigueur et la fraîcheur. Il était un théologien qui ne cherchait pas la nouveauté à tout prix, mais qui tissait ses livres de citations des grands maîtres de la sagesse chrétienne.
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Un troisième axe, décisif, est la confrontation qu’il opère entre le christianisme et d’autres courants de pensée. D’abord, il étudia en profondeur le bouddhisme, dont il admira la force spirituelle, mais dont il perçut aussi la radicale différence d’avec le christianisme. Ensuite, dans un livre célèbre de 1944, Le Drame de l’humanisme athée, il entreprit l’analyse des humanismes athées, de Feuerbach à Nietzsche en passant par Comte. Derrière ces prétendues révoltes contre Dieu au nom de la dignité et de la grandeur de l’homme et pour le libérer de son asservissement, Lubac lit un grand péril pour l’humanité même. En rejetant Dieu, l’homme se suicide ; en prétendant le remplacer, il se perd et s’annihile. L’authentique humanisme ne peut se passer de Dieu, qui a fait l’homme et qui le sauve.
Un dernier apport de Lubac à relever est sa conception de l’articulation entre la nature de l’homme et la grâce de Dieu. Il y a un paradoxe dans la condition humaine : l’homme aspire à la béatitude absolue, mais il ne peut l’acquérir de lui-même, par ses seules forces, il ne peut que la recevoir de Dieu qui la lui donne gratuitement. Tel est le motif classique – dont Lubac veut montrer en particulier la présence chez saint Thomas d’Aquin – du « désir naturel de voir Dieu ». Dieu a inscrit en l’homme dès sa création un désir de communion avec lui qu’il accomplit ensuite en lui donnant le salut et la grâce. « Tu nous as faits pour toi, mais notre cœur est sans repos tant qu’il ne repose en toi », disait déjà saint Augustin.
L’œuvre d’Henri de Lubac est assurément riche et vaste, vibrante d’un amour très profond pour Dieu et d’une intelligence très aiguë de la foi chrétienne. C’est la raison pour laquelle sa pensée continue d’être étudiée et travaillée aujourd’hui, tandis que son procès de béatification a été récemment ouvert.






