Aurélien Rousseau est le directeur du cabinet d’Élisabeth Borne, fraîchement nommée Premier ministre par le président Emmanuel Macron. L’homme s’en est logiquement félicité sur Twitter : « Au moment de commencer ma mission auprès d’Élisabeth Borne dont la confiance m’honore, j’ai une pensée pour ma grand-mère, Jeanne Boyer, élue à 29 ans en 1945 à Alès au sortir de la résistance et pour Véronique Bedague qui est ‘la première’ à avoir occupé ce poste, et de quelle façon ! »
Un communiste pas borné
Penchons-nous sur le parcours de l’énarque. Après avoir été professeur d’histoire-géographie à Bondy en Seine-Saint-Denis, il entame sa carrière politique au début des années 2000 en intégrant le Parti communiste. Son engagement à gauche est un héritage familial : comme il le dit lui-même, il suit l’exemple de sa grand-mère, résistante à partir de 1941, elle-même issue d’une famille bourgeoise et protestante. Une grand-mère qui lui fera promettre de ne jamais devenir un « bourgeois ». On serait curieux de savoir ce que Jeanne Boyer pense d’Emmanuel Macron.
Après sa première campagne aux élections municipales de Paris en 2001, il rejoint le cabinet de Pierre Mansat, élu adjoint au maire Bertrand Delanoë. Il réussit alors le concours d’entrée à l’ENA et intègre la promotion Willy Brandt (où il côtoiera Florian Philippot et Clément Beaune), avant de rejoindre le Conseil d’État qu’il quittera en 2012 pour rejoindre le cabinet de Delanoë. En octobre 2015, il est débauché par Manuel Valls qui en fait son dircab adjoint à Matignon, poste qu’il continuera d’occuper sous Bernard Cazeneuve. Il quitte Matignon un peu avant la fin du mandat de François Hollande et déclare, non sans humour, que « le Komintern m’avait envoyé détruire la social-démocratie. Je ne pensais pas réussir aussi vite et bien ! ».
Que penser de ce parcours politique pour le moins sinueux ? Quelle cohérence à commencer militant communiste pour devenir dircab adjoint de Manuel Valls pendant la préparation de la loi travail ? L’intéressé répond simplement dans un entretien à Libération : « J’ai dit à Manuel ma position. Ensuite, je suis fonctionnaire et je n’ai pas eu le sentiment de franchir la ligne jaune ». Ces revirements ne lui paraissent donc pas incohérents, ce qui fera dire à Libération qu’il est « non pas droit dans ses bottes, mais pleinement à l’aise dans ses souliers ». Pas étonnant qu’Yves Colmou, ex-conseiller de Valls à Matignon, le décrive comme un « homme rond », qui « sait vraiment écouter et bouger de position ».
Un passage à l’ARS Île-de-France
Sa carrière se poursuit dans le domaine de la santé : en 2018, Aurélien Rousseau est nommé directeur général de l’Agence régionale de santé Île-de-France en Conseil des ministres. Un « agent idéal de santé » comme le qualifiait Libération en février 2021, en plein cœur de la pandémie.
Il n’a pas été exempté des critiques reçues par les ARS lors de la première phase du covid. Les collectivités leur reprochaient de ne pas être transparentes concernant les décès dans les Ehpad, et de ne pas leur laisser de marges de manœuvre. Une critique qu’Aurélien Rousseau a balayée dans la gazette du « Club de Santé sociale » : « C’est l’histoire de notre pays. Toujours partagé entre une volonté de différenciation des territoires et une volonté d’égalité. Les délégations départementales ont vocation à avoir un rôle plus fort, elles doivent avoir des marges de manœuvre, mais un pilotage régional reste nécessaire ».
Lors de son départ, son travail a été salué par Valérie Pécresse qui a confié au Parisien « qu’après tout ce qu’il a donné, c’est une grande perte pour l’Île-de-France mais on ne peut que respecter son choix ». L’ancienne candidate des Républicains se félicitait qu’il ne se soit pas comporté en bureaucrate. Pourtant, comme le rapporte un article du Parisien de juillet 2021, tout le monde n’était pas en accord avec ce portrait idyllique : un conseiller territorial déplore notamment « une absence de considération à l’égard des instances de santé ».
Sa carrière se poursuit dans le domaine de la santé : en 2018, Aurélien Rousseau est nommé directeur général de l’Agence régionale de santé Île-de-France en Conseil des ministres. Un « agent idéal de santé » comme le qualifiait Libération en février 2021, en plein cœur de la pandémie.
À bientôt 46 ans, la carrière d’Aurélien Rousseau va prendre à n’en pas douter une nouvelle dimension. Au-delà de ses changements politiques, il incarne bien cette élite administrative qui a profité du covid pour se révéler et mettre la main sur les postes d’importance. Sa femme n’est d’ailleurs pas étrangère à un tel parcours.
Marguerite, de McKinsey à la pandémie Covid
Aurélien Rousseau est marié avec Marguerite Cazeneuve, 31 ans, fille du député LREM de la 1ère circonscription du Gers Jean-René Cazeneuve. Elle a commencé sa carrière chez McKinsey de septembre 2013 à décembre 2014. C’est donc pour le cabinet de conseil américain qu’elle est chargée d’auditer les comptes de la Sécurité sociale française.
Elle poursuit ensuite une carrière dans les cabinets ministériels, notamment dans celui d’Emmanuel Macron lorsqu’il était ministre de l’Économie. En 2017, elle est nommée conseillère technique aux cabinets du président de la République Emmanuel Macron et à celui de ses Premiers ministres. Elle jouera un rôle très important sur deux dossiers. Dès 2019, elle participe activement à l’élaboration de la réforme des retraites, finalement abandonnée, où elle milite notamment pour plus d’égalité homme-femme. Nommée cheftaine du pôle santé-solidarité-protection sociale du cabinet de Castex, elle s’impose comme l’une des principales conseillères de l’ombre lors de la pandémie de Covid.





