Skip to content

Avec les déplacés du Sud-Liban

Par

Publié le

10 avril 2026

Partage

Ils sont plus d’un million. Du moins, à l’heure où nous bouclons notre magazine. Un million de Libanais, de toutes confessions, à avoir dû quitter leur village du sud du Liban ou leur appartement du sud de Beyrouth pour fuir. Ils fuient là où ils peuvent. Un exode massif, dans un chaos généralisé, qui fait suite aux ordres d’évacuation de l’armée israélienne. Nous sommes partis à leur rencontre.
© Adèle Rosner pour SOS Chrétiens d'Orient

Les embouteillages de Beyrouth, tout le monde les connaissait. Mais depuis quelques jours, les rues sont encore plus encombrées. Et pour cause ! Des dizaines de milliers de déplacés ont convergé vers la capitale libanaise. On reconnaît facilement leurs voitures à leurs plaques d’immatriculation, marquées des lettres N pour la ville de Nabatieh et S pour Saïda. Les écoles et salles municipales sont saturées, alors certains d’entre eux dorment dans des tentes posées à même le sol, dans des parkings ou encore dans des jardins publics. Et si dans les rues, la vie semble continuer comme avant, si les cafés restent ouverts, si les épiceries poursuivent leur commerce, l’ambiance n’est plus la même. La guerre touche tout le monde. Personne n’est épargné. Chacun a un proche, un cousin – les familles sont grandes au Liban – qui a été contraint de quitter en vitesse son village pour fuir les bombes. Nombreux sont ceux, aussi, qui hébergent de la famille. Car même certains Beyrouthins délaissent leurs appartements pour se réfugier chez leurs proches dans des zones censées être plus sûres. Mais, en réalité, rien ne semble plus vraiment sûr. Tout change très vite et les chauffeurs de taxi, qui pourtant en ont connu d’autres, ne veulent plus se rendre dans les quartiers visés par les bombes. Si Israël annonce ne combattre que le Hezbollah, c’est tout le pays qui a été entraîné dans cette guerre que les Libanais n’ont pas voulue.

À une vingtaine de kilomètres au nord de Beyrouth, presque cent cinquante déplacés se sont réfugiés à Rabweh, au sein même du patriarcat grec melkite catholique. Lorsque nous les rencontrons, ils sont déjà là depuis quelques jours. Ils arrivent aussi bien de la banlieue sud de Beyrouth, que des villages ruraux du Sud-Liban. La plupart d’entre eux n’ont pu emporter que quelques affaires, entassées à la va-vite dans une valise. Ils ont été envoyés par leur curé. Sleiman est un jeune garçon de seize ans. Dans un français hésitant, il nous raconte son départ précipité de son village du Sud-Liban. « Je garde l’espoir de retourner chez moi. »

Autour de nous, de nombreux enfants. Les volontaires de SOS Chrétiens d’Orient sont venus quelques heures pour jouer avec eux. Du foot, des courses, des jeux simples… On entend des éclats de rire, on voit de larges sourires. De quoi oublier la guerre quelques instants. « C’est important pour ces enfants que l’on vienne jouer avec eux ! Ça leur permet d’oublier, le temps d’une après-midi, la guerre et tout ce qu’ils ont vécu », nous confie Philomène, une jeune fille volontaire au Liban depuis déjà deux mois. Quelques jours auparavant, les mêmes bénévoles étaient déjà venus à Rabweh pour apporter à ces familles des produits de première nécessité : produits ménagers, kits d’hygiène, etc. L’association a également délivré 1 400 litres de fuel pour faire tourner les chaudières du bâtiment. Comme lors de la guerre
de 2024, les monastères, les églises et les paroisses sont en première ligne pour accueillir les déplacés chrétiens du sud du pays. D’ailleurs, les évêques libanais le demandent : « C’est notre peuple. Nous nous occuperons d’eux avec ce que nous avons », assure l’évêque maronite de Baalbek – Deir El-Ahmar, Monseigneur Hanna Rahme.

Il est trois heures du matin : il faut fuir

Fatima est mère de trois enfants. C’est une chrétienne du village de Safad El Battikh, dans le sud du Liban. Le 9 mars dernier, son village a reçu un ordre d’évacuation ; un simple appel sur son téléphone portable : « Partez, nous allons bombarder » ! Il était trois heures du matin. « Lorsque j’ai reçu l’appel, ça tirait de partout. C’était effrayant. Avec mon mari, nous avons pris les enfants qui dormaient et nous les avons mis dans la voiture. Ils étaient encore en pyjama. » Cette famille, comme des milliers d’autres, a laissé toute sa vie derrière elle : sa maison, ses souvenirs… À peine le temps de fermer la porte à clé. Mesure bien dérisoire lorsqu’il s’agit de fuir. « Ce n’est pas la première fois que nous devons partir de cette manière. J’essaie de garder espoir, de penser que nous pourrons un jour retrouver notre maison… Mais c’est très difficile de ne pas se décourager. Je prie Dieu tous les jours pour qu’il me reste cette maison, car je n’ai que cette maison. »

Lire aussi : La fin du rêve kurde de Syrie

Cette souffrance, Arleen nous la partage également. Elle habite au nord de Beyrouth et est venue soutenir la famille de son fiancé, venue du sud du Liban. Si elle n’est pas personnellement touchée par la guerre, elle nous explique que « même lorsque nous ne sommes pas dans une zone de guerre, nous entendons les bombardements. Nous ne sommes pas directement touchés, mais c’est très éprouvant. Quand votre pays souffre, vous souffrez aussi ».

À Joun, au monastère Saint-Sauveur, tenu par l’ordre grec melkite catholique, nous constatons la même douleur et voyons la même tristesse marquer le visage des plus anciens. Et les mêmes histoires se répètent. Michel vient de Tebnine, un village rural proche de la frontière israélienne. « Nous sommes arrivés après un long trajet. Certains ont mis plus de 16 heures pour faire moins de 100 kilomètres. C’était fatigant et dangereux. Moi-même, j’ai pris une autre route. Elle était plus courte mais très dangereuse, parce qu’elle est souvent bombardée. » Lui aussi, ce n’est pas la première fois qu’il doit fuir. Déjà en 2024, il avait dû quitter Tebnine et les bombardements de l’armée israélienne. « Ma femme vient d’Ain Ebel, un autre village frontalier. Hier, le 12 mars, trois jeunes y sont morts martyrs dans une frappe. Il y a des morts dans tous les villages. Le prix payé par les habitants est très lourd. Nous n’aimons pas la guerre. Nous sommes des gens pacifiques. Nous voulons simplement vivre chez nous. » Espèrent-ils y revenir ? « Quand on quitte sa maison, on ne sait pas si pourra la retrouver. »

Partir… ou rester ?

Parce qu’on n’est jamais sûr de retrouver sa maison, nombreux sont les chrétiens dans le sud qui ne veulent pas quitter leurs villages. Quelques jours avant sa mort, le père Pierre el-Raï, curé de Qlayaa, tué le 9 mars par un obus israélien, le résumait à la télévision. « Si nous étions partis, il n’y aurait plus personne dans la région, et tout espoir d’un retour aurait disparu. C’est pourquoi nous restons fermes. La sécurité et le secours viennent de Dieu ! » « Ce n’est pas vrai de dire que le Sud-Liban est une terre chiite. C’est une terre chrétienne depuis… le début du christianisme.
Elle a été foulée par le Christ lui-même, lorsqu’il marchait vers Tyr ou vers Sidon pour prêcher. Les chrétiens n’ont donc pas envie de partir »
, nous explique Thibault Wallet, chef de mission de SOS Chrétiens d’Orient au Liban. Il travaille en ce moment même à la mise en place d’un convoi humanitaire jusqu’à la ville de Tyr, tout au sud du Liban.

« Nous préparons ce convoi afin de distribuer de la nourriture pour 250 familles grecques catholiques de Tyr. Elles sont restées dans cette ville à majorité chiite, groupées autour de leur évêque, Monseigneur Georges Iskandar. » Pour ces chrétiens, rester chez eux, c’est montrer qu’il y a encore une espérance.

EN KIOSQUE

Soutenez l’incorrect

faites un don et défiscalisez !

En passant par notre partenaire

Credofunding, vous pouvez obtenir une

réduction d’impôts de 66% du montant de

votre don.

Retrouvez l’incorrect sur les réseaux sociaux

Les autres articles recommandés pour vous​

Restez informé, inscrivez-vous à notre Newsletter

Pin It on Pinterest