Baxter a la classe. Il a vite pigé qui il était : ce charme singulier, cette élégance débraillée, ce chic… Récupérez tous ces mots : vous pouvez les attribuer à sa musique. Baxter habille ses compositions comme il se pare lui-même, cravate raffinée et cheveux en bataille. Dès son premier album Happy Soup sorti en 2011, il a défini la recette. Une basse en avant avec des rythmiques sobres, des chœurs féminins et cette voix trainante mêlant le talk over d’un crooner cockney et des mélodies chantées avec une nonchalance charmante et faussement fébrile. Il creuse depuis ce sillon qui lui va si bien. Peut-être se répète-t-il un peu, reproduisant une manie musicale qui, si elle fonctionne, manque parfois d’originalité après tous ces albums. Pour- tant, en continuant d’écrire ses textes doux-amers, emprunts d’une mélancolie ironique, il n’en est pas moins devenu une figure essentielle de la scène musicale anglaise.
Une enfance étrange
Son sixième disque intitulé I Thought I Was Better Than You (cette sentence s’adresse probablement à son défunt père, le chanteur Ian Dury, auteur de la chanson « Sex, Drugs & Rock’N’Roll ») est une confession poétique sur son passé. « Hey mummy, hey daddy, who am I ? » est la première phrase prononcée, un cri désabusé poussé dans le vide. Pour savoir qui il est, Baxter décide donc de se tourner vers son enfance et les souvenirs qu’il a avec ce père étrange et célèbre. « Pourquoi suis-je condamné parce que je suis le fils d’un musicien ? » se demande-t-il dans la chanson Leon. En dix titres parfaitement ficelés (tous ses albums comptent dix titres), nous est proposé un voyage dans la mémoire de l’enfant Baxter. Les vacances à St-Tropez, les bonbons mangés sur le lit des hôtels luxueux de Londres, les vadrouilles étranges dans une « white pale Nissan » des années 80… Non, le petit Baxter n’a pas eu une enfance comme les autres. À six ans, il pose pour la pochette du disque culte de son père : New Boots and Panties ! Ce n’est pas si courant. Anglais, quelque peu excentriques, mais ayant toujours un lien avec la working class, le père comme le fils ont fait perdurer un certain charme britannique qui ne s’invente pas et emporte l’adhésion de (presque) tous ceux qui les rencontrent.
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Baxter junior sait vieillir
Cet album autobiographique arrive deux ans après les mémoires de Baxter Dury éditées sous le titre Chaise Longue (et pas encore traduites en français). La cinquantaine passée, il semble obsédé par la traque de son passé si étonnant. La vie de lumières et d’ombres de ce père qui pouvait, lorsqu’il buvait, tour à tour être un ange ou un démon, rejaillit intensément sur ces deux dernières œuvres. I Thought I Was Better Than You réussit à donner tort aux critiques qui jugeraient la musique de Baxter quelque peu répétitive. Sur le titre Crowded Rooms, un groove néo-soul et des voix R&B satinées (qui rappellent un peu les productions de Mike Sinner de The Streets) font leur apparition. Ici et là, on peut même sentir l’influence hip-hop moderniste de Frank Ocean que son fils lui a fait découvrir. Dury Junior sait vieillir. C’est un art. Il n’a jamais été aussi rayonnant et son charme si puissant. S’il continue, il de- viendra peut-être au moins aussi bon que son père. C’est tout ce qu’on lui souhaite.






