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Faut-il euthanasier le Rock’n’Roll ?

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Publié le

16 octobre 2018

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rock @DR

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Né dans les années 50, le rock’n’roll a incarné la musique rebelle par excellence. Soixante-dix ans plus tard, le parfum de soufre s’est éventé et on se noie sous les redites. N’est-il pas temps de débrancher un genre musical à l’état de mort cérébrale ?

 

C’est une musique de vieux

 

Le rock’n’roll ! Ce souffle de liberté, cet élan sauvage qui nous évoque à la fois James Dean, le King Elvis Presley, et des excès et provocations en tout genre… Ce mouvement séduisait la jeunesse et il la séduisait d’autant plus qu’il effrayait les parents. Des années 1950 au milieu des années 1990, sa vague a tout emporté, marquant de façon définitive la culture populaire. Mais que reste-t-il d’un genre dont tous les meilleurs albums sont sortis il y a au bas mot vingt-cinq ans ? Que signifie encore l’expression « être rock’n’roll », alors que les groupes qui ont fait la gloire du genre sont soit morts, soit jouent mollement leurs vieilles rengaines devant un auditoire toujours plus avachi et consensuel ?

 

Les fans ont une mentalité de philatélistes

 

À une musique vivante et en perpétuel renouvellement s’est substituée une simple nostalgie muséographique : on ne va plus en concert voir les groupes pour leur qualité musicale, mais « pour les avoir vus ». L’amateur de rock serait-t-il devenu une espèce de philatéliste obsédé par l’idée de compléter sa collection ? Peu importe que la plupart de ces groupes peinent à jouer encore correctement leurs morceaux : il faut les avoir vus. Ce qui mène notre collectionneur à assister à des scènes aussi cocasses que Roger Daltrey, des Who, chantant qu’il espère « mourir avant d’être vieux » à aujourd’hui 74 ans bien tassés… Seuls quelques-uns ont su éviter le ridicule, comme Robert Plant, qui a fait évoluer sa musique dans des dimensions plus adaptées à sa maturité.

 

Tout ce qui devient commun est détruit

 

Le rock’n’roll, puis « rock », a été protéiforme. Source semblait-il inépuisable de créativité, ses différents avatars ont créé les bandes-son de près de quatre décennies. Son empreinte est indéniable. Mais c’est peut-être aussi cela qui, à terme, a tué le rock’n’roll: sa normalisation. Aujourd’hui qu’on trouve des perfectos chez H&M et sur le dos d’à peu près n’importe qui, il est loin le frisson du cuir noir… Les tee-shirts frappés des emblèmes de groupes autrefois sulfureux ou obscurs ( Joy Division, Slayer, The Ramones) sont en vente dans toutes les grandes surfaces, et on a même pu voir Justin Bieber portant un tee-shirt Guns N’Roses.

 

https://www.youtube.com/watch?v=xuOnePNlOgY

 

Il a été dépassé par d’autres genres

 

Ce mouvement avait été une source d’innovation jusqu’au moins le milieu des années 1990, moment où il a été débordé à sa gauche par le hip-hop et à sa droite par les musiques électroniques, deux genres qui s’étaient déjà développés depuis longtemps mais qui ont profité, pour s’imposer, de l’essoufflement créatif du roi rock’n’roll. Le métal, quant à lui, a su hybrider et s’approprier les innovations de ces nouveaux styles, qu’on pense à des groupes tels que Rage Against The Machine, pour la touche rap, ou le metal industriel se shootant à l’électronique, et dont l’explosion auprès du grand public s’accomplira avec les machines de guerre Rammstein et Nine Inch Nails. Par ailleurs, l’existence même du post-rock (Thee Silver Mt. Zion ou Godspeed You Black Emperor!) avec ses morceaux lancinants et si originalement orchestrés prouve bien que le rock est quelque chose qui se surmonte.

 

 

Le recyclage arrive à saturation

 

Bizarrement, le rockeur, qui prône généralement des idées progressistes, quand il s’agit de sa musique, se montre le plus obtus des conservateurs. Avec les années 2000 s’ouvre pour le rock la décennie du revival, et chaque année voit revenir en grâce l’une des décennies passées de son règne. On a eu droit au revival « garage » mené par The Strokes; au revival psychédélique des Black Angels; ou au revival 60’s avec les bien-nommés The Dead 60’s. Entendons-nous bien : ces groupes sont tous excellents mais ils ont créé des espèces de bulles nostalgiques pour que leurs fans se complaisent à l’écart de toute nouveauté, de toute véritable prise de risque.

 

 

 

Le rock n’entretient plus qu’une grotesque idolâtrie

 

Il y a même quelque chose de l’ordre de l’idolâtrie païenne à rester ainsi fasciné par une séquence historique particulière de l’histoire musicale moderne. Les anciennes stars, divinités repues, saoulées par l’encens, semblent avoir oublié l’effort initial qui les avaient hissées audessus du lot, le grain de folie, l’audace, la tentative de transformer leur propre patrimoine musical. Quand les pages rock des magazines se transforment en rubriques nécrologiques ou en critiques de rééditions d’albums vieux de plus de 50 ans, on se dit que le moment est venu de faire le deuil d’un genre qui nous a tant apporté, et de s’intéresser à de nouveaux horizons.

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