Madeleine Riffaud, née en 1924, est résistante, communiste tendance ouvriériste, anticolonialiste et poète… On peut détester tout ce qu’elle a pensé et fait après la guerre, il faut reconnaître qu’entre viol à 16 ans, tuberculose, Résistance, torture et militantisme tragique, elle a été forgée quatre ans durant sur une telle enclume qu’elle ne pouvait que devenir ce bloc de volonté tendue vers la justice – et aveuglée par ses amitiés. Depuis 2021, où parait La Rose dégoupillée, premier tome de son autobiographie en bande dessinée, elle se raconte à la première personne (et en voix off), grâce à Jean-David Morvan, qui scénarise ses souvenirs avec un sens parfait du récit, et Dominique Bertail, dont les camaïeux de bleu et le goût de la reconstitution minutieuse font merveille. Nous sommes plongés au cœur d’une vie faite de missions minuscules ou de grands sabotages, d’assassinats plus ou moins planifiés et de longues attentes dans un Paris enneigé, exact mais irréel : toute la ville paraît se développer autour de l’héroïne, petite Antigone n’acceptant rien comme le montre son visage, régulièrement cadré en gros plan, y compris pour son passage à tabac par la Gestapo.
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Malgré le camaïeu et la poésie d’un Paris disparu, l’album est ainsi parcouru par une tension continue qui se révèle parfois en séquences intenses mais innerve toujours la moindre case. L’histoire est passionnante car elle est crédible : les auteurs prennent le temps, alternent calme et tempête, la voix off explique et les rectangles des narratifs sont comme une très vieille dame qui survole ses souvenirs, qui feuillette pour nous un album dans lequel, miraculeusement, nous sommes rentrés.

MADELEINE, RÉSISTANTE. T.2. L’ÉDREDON ROUGE, BERTAIL, MORVAN et RIFFAUD, Dupuis, 136 p., 23,50 €





