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Bertrand Burgalat : « L’IA générative amplifie à échelle industrielle le pire déjà à l’œuvre »

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Publié le

26 mars 2025

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Si l’IA ouvre un champ des possibles presque infini dans de nombreux domaines scientifiques, il est un secteur où le moral est plutôt à zéro, et qui aurait mérité presque un numéro entier : celui de la création artistique, menacée à moyen terme par les élucubrations démiurgiques de l’IA. Tentative de défrichement du problème par le musicien et producteur Bertrand Burgalat.
© Possessed Photography – Unsplas

Vous avez participé au contre-sommet de l’IA organisé par Éric Sadin, en défendant notamment votre profession, celle de producteur de musique. En quoi estimez-vous que l’IA menace cette industrie ?

L’initiative d’Éric Sadin avec le soutien d’Éric Barbier et du Syndicat national des journalistes était destinée à exposer les conséquences pratiques, dès à présent, de l’IA dans des domaines aussi divers que l’enseignement, l’information, le travail ou l’environnement. En musique, l’IA générative amplifie à échelle industrielle le pire déjà à l’œuvre : l’inflation de contenus, la fausse perfection, l’obsession statistique, la dévalorisation et l’ubérisation de la musique, sa désinstrumentalisation, sa déshumanisation, et la primauté du choisisseur sur le créateur.

Un techno-optimiste ne pourrait-il vous rétorquer qu’à terme, l’IA va tirer la création vers le haut, en forçant les artistes à décupler leur talent pour rivaliser avec elle ?

L’IA générative va continuer de tirer la création non vers le haut mais vers le bas, vers l’uniformité, la vitesse et la paresse. Mais effectivement, seul le fait main et ce qui a une âme au risque de l’imperfection a une chance d’échapper au désastre. L’IA générative va dévorer ses propres thuriféraires, comme elle va remplacer les consultants et autres bullshit jobs si bien décrits par David Graeber, qui n’ont que ce mot à la bouche. C’est une piètre compensation, car malheureusement, ce ne seront pas les seuls concernés.

Lire aussi : Jean-Marc Moschetta : « L’intelligence n’a pas forcément besoin de l’homme »

On peut imaginer, dans moins de dix ans, que les IA produiront une sorte de robinet perpétuel à « contenus créatifs » (films, musique, littérature) et qu’il faudra utiliser d’autres IA pour détecter ce qui est human made de ce qui ne l’est pas. Toute idée de régulation n’est-elle pas vouée à l’échec, comme l’a montré l’exemple d’internet et du « piratage de musique », problème qui semble désormais bien désuet ?

Ce que vous décrivez n’est pas une prédiction lointaine mais déjà une réalité, et l’IA non générative peut avoir des utilités ergonomiques, par exemple… pour repérer les contenus générés par IA générative. Si le piratage de la musique sur internet vous paraît désormais désuet, c’est parce qu’au début du siècle notre industrie a lutté, cherché et trouvé des alternatives, certes imparfaites mais concrètes, à la fausse gratuité prônée par les mêmes marchands d’algorithmes qui entendent désormais aspirer en toute illégalité l’ensemble des répertoires, sans autorisation préalable. Le mot régulation est teinté de défaitisme, d’injustice s’il s’agit de protéger la culture tout en abandonnant les activités considérées comme moins nobles, il est en outre incompréhensible pour beaucoup de pays, et notamment les Anglo-saxons.

Ce n’est pas le cas du droit de propriété, c’est pourquoi l’application des textes existants me semble plus efficace que les grandes tirades sur la souveraineté ou l’inclusion. C’est d’ailleurs au nom de la souveraineté, afin de soutenir quelques beaux parleurs de la « tech » plus soucieux de valorisation que de valeur, que certains en France comme Bruno Le Maire avaient tenté de renier les principes les plus élémentaires. Si le pire a été évité, c’est en grande partie grâce à l’action de Rachida Dati et de la juriste Alexandra Bensamoun. Quant aux 109 milliards d’investissements sur l’IA annoncés par Emmanuel Macron, il s’agit d’une réponse du berger à la bergère et aux 500 milliards annoncés par Donald Trump. Dans les deux cas, il n’y aura pas un centime, comme il n’y avait pas un dollar derrière l’Initiative de Défense stratégique de Ronald Reagan en 1984. Cela me semble une excellente chose.

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