La répression du blasphème ou sacrilège ne date pas d’hier. Déjà chez les païens, les très démocrates Athéniens, dans un accès de folie, condamnèrent-ils à mort leurs généraux victorieux des Arginuses (406 av. J-C) pour simplement avoir laissé sans sépulture des soldats naufragés.
Chez nous, une ordonnance de Saint Louis posa un cadre juridique unifié en 1268 : « ne ne dient vilaine parole, ne par manière de jurer, ne autrement qui torne a despit de Dieu, de Nostre Dame, ne des sainz ». La notion fut peu à peu confondue par les parlements dans l’incrimination plus large de « lèse-majesté divine et humaine ».
Aboli depuis la Révolution, le blasphème est revenu, puis est reparti au gré des régimes, jusqu’à l’abolition définitive du délit d’ » outrage à la morale publique ou religieuse et aux religions reconnues par l’État » par la loi du 29 juillet 1881. Il restait toutefois le Code pénal local des départements d’Alsace-Lorraine punissant « celui qui cause un scandale en blasphémant publiquement contre Dieu » (art. 166). Une loi du 27 janvier 2017 a abrogé cette survivance un peu folklorique.
Ce qui était sacré est donc désormais profané impunément mais bien des choses autrefois profanes sont devenues sacrées. Et parmi ces dernières on compte, comble du paradoxe, une religion, l’islam.
Incriminer le blasphème est-il bon ou mauvais ? Ce qui est sûr, c’est qu’une société a besoin de sacré et posera toujours des lignes à ne pas franchir. La question est de savoir si ces limites sont légitimes.
Si nos sociétés modernes prétendent ne pas connaître le blasphème, dans les faits les tabous – religieux ou non – se multiplient et un mot peut valoir à son auteur des peines parfois très lourdes au pénal. Au civil, une myriade d’associations défendant un intérêt catégoriel agissent devant les tribunaux lorsqu’un propos paraît offenser leurs protégés. Les sommes qu’elles obtiennent alors en dédommagement d’un préjudice purement moral, ressemblent fort à des amendes privées. C’est qu’ayant rejeté les fondamentaux traditionnels de la nation, toutes les autres sensibilités et morales proposent leurs propres limites.
À ce jeu-là les chrétiens n’ont guère prospéré : la Cour de cassation rejettera les actions dirigées contre le journal satirique La Grosse Bertha en 2001, la publicité de La Cène en 2006 ou la pièce Golgotha Picnic en 2015. En 2015 également, des Femens s’étant exhibées seins nus en l’église Notre-Dame furent relaxées et les vigiles les ayant expulsés furent, eux, condamnés.
Ce qui était sacré est donc désormais profané impunément mais bien des choses autrefois profanes sont devenues sacrées. Et parmi ces dernières on compte, comble du paradoxe, une religion, l’islam.
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Ainsi la Cour de cassation condamna-t-elle un tract libellé « Islam assassin, Islam dehors » le 16mars 2021 et le groupe Génération identitaire sera-t-il dissous comme « assimilant de manière systématique (…) les personnes de confession musulmane à des islamistes radicaux » (Conseil d’État, 2juillet 2021). Cela revient à réprimer par principe l’opinion selon laquelle l’islam est une religion intrinsèquement radicale. La CEDH condamnera même la critique faite par une Autrichienne du mariage de Mahomet avec Aïcha (E.S. c. Autriche, 25 octobre 2018).
C’est vrai, « les discours précèdent les actes » (sous-entendu, violents) selon le sophisme que la gauche brandit quand elle veut faire taire ses opposants. Pourtant, l’ « islamophobie », comme beaucoup l’ont noté, présente cette étonnante particularité de tuer d’abord ceux qui en sont accusés.
Comme en ce jour du 7 janvier 2014, il y a dix ans : le mot « blasphème » retentissait tragiquement dans les locaux de Charlie Hebdo, suivi par un silence pesant.





