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Carlos Bilongo face à des soupçons de fraude au logement social

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Publié le

16 mars 2026

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Arrivé deuxième aux élections municipales de Villiers-le-Bel, le député insoumis Carlos Martens Bilongo se fait volontiers passer pour un défenseur des opprimés et affirme régulièrement se battre pour une meilleure répartition des logements sociaux. Pourtant, son propre parcours locatif comporte des incohérences qui soulèvent de nombreuses questions. (En collaboration avec Radio Courtoisie)

Le député insoumis Carlos Martens Bilongo est arrivé hier soir en deuxième position aux élections municipales de Villiers-le-Bel, après une campagne âprement disputée. Il faut dire que Carlos Bilongo n’est pas un perdreau de l’année dans le monde politique, puisqu’il a déjà remporté, en 2022, les élections législatives dans la circonscription de Sarcelles, une circonscription très stratégique dans un territoire multicommunautaire où la NUPES – puis LFI – a souvent joué le rôle de fusible pour les mairies socialistes, notamment à Sarcelles. Pour ces raisons, Bilongo a bénéficié d’un appui local très fort pendant sa campagne, fort également d’un ancrage dans le tissu associatif et d’un réseau d’amitiés qui s’étend des mairies jusqu’aux salles de sport. Fort aussi d’une certaine street cred revendiquée par l’intéressé lui-même, Bilongo insiste sur l’exemplarité de son parcours : « Je ne suis le fils de personne, je n’ai eu aucun passe-droit, Jean-Luc Mélenchon, je ne l’ai jamais rencontré, je suis l’exemple type : je ne connais personne à La France insoumise et j’ai eu l’investiture. »

Un parcours locatif qui pose question

Pourtant, pour ce défenseur des droits civiques, des zones d’ombre demeurent, et pas des moindres, sur son parcours locatif et sur celui de sa famille.

En avril 2023, l’élu est dans le viseur de la justice pour « blanchiment de fraude fiscale » après l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Pontoise. Selon une information révélée par BFMTV, il aurait en effet bénéficié jusqu’en décembre 2022 d’un logement social qu’il aurait sous-loué à l’une de ses sœurs à Villiers-le-Bel, alors qu’il était parallèlement déjà propriétaire de deux autres appartements depuis 2018. Des faits qui ont été signalés par la cellule anti-blanchiment Tracfin (Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers clandestins) du ministère de l’Économie et des Finances auprès de la justice. C’est ce signalement qui a conduit le parquet de Pontoise à ouvrir, en 2023, une enquête préliminaire visant le député pour « blanchiment de fraude fiscale », « abus de biens sociaux » et « manquement de déclaration à la HATVP ». L’affaire est finalement classée sans suite le 3 janvier 2025 « en l’absence d’infraction pénale caractérisée ». En réaction, Bilongo réclame l’ouverture d’une commission d’enquête sur l’usage de Tracfin, dont il juge les enquêtes partiales, et semble clamer haut et fort qu’il est victime d’une campagne de diffamation.

Pour sa défense, l’élu assure notamment « avoir bénéficié d’un logement social conformément à (ses) conditions de ressources », en 2013, « après le décès de (sa) mère, alors qu’(il) étai(t) apprenti », comme le précise l’AFP. En effet, après la mort de la mère de Carlos Bilongo en 2012, ce dernier et sa sœur sont logés dans le logement social de la défunte à compter de l’année 2013. En 2018, Bilongo contracte plusieurs prêts immobiliers pour acquérir deux logements : « l’un en investissement locatif (…), l’autre pour mon futur logement personnel, impliquant de lourds travaux qui ont été réalisés jusqu’à mon départ du logement social dans lequel je résidais avec ma sœur », justifie l’intéressé lui-même. Il aurait donc été locataire d’un logement social avant d’acquérir deux autres biens, mais aurait conservé son HLM après être devenu propriétaire. Il aurait ainsi vécu de 2013 à 2020 dans le logement social, mais sa sœur y serait restée jusqu’à la fin de l’année 2022.

On peut toutefois noter une autre discordance dans cette chronologie : en 2013, l’année où Bilongo et sa sœur intègrent le logement social de Georgette Bilongo, le père de Carlos, Emmanuel Bilongo, se voit accorder un bail pour un logement social auprès de la Caisse des Dépôts, toujours à Villiers-le-Bel. S’agit-il du même logement ? Aucun document officiel ne permet de le prouver. Sur ce point, comme sur tous les autres, la CDC a refusé de nous répondre, arguant de la confidentialité du dossier. Cependant, selon une source proche du dossier, il y aurait bien « deux appartements, séparés par 1,7 km ».

L’histoire ne s’arrête pas là : en 2022, la SA Caisse des Dépôts Habitat Social, qui gère le parc locatif social, verse aux débats un décompte démontrant qu’à la date du 5 mai, Emmanuel Bilongo lui devait la somme de 3 507,48 euros de loyers impayés depuis septembre 2021, déduction faite des frais de procédure et des pénalités pour défaut de réponse à l’enquête sociale. Emmanuel Bilongo, en effet, ne répond pas aux multiples relances de paiement depuis fin 2021. En conséquence, la CDC lui envoie, le 17 décembre 2021, un commandement de payer et menace de résilier son bail. Emmanuel Bilongo ne répond pas, et pour cause : il est mort en 2016. Son loyer était jusque-là payé tous les mois. Par qui ? La Caisse des Dépôts, là encore, refuse de nous répondre, mais toujours avec un certain malaise. Contactée, la Caisse des Dépôts nous explique : « Nous ne commentons pas les situations personnelles. Nous rappelons que nous sommes très attachés et vigilants quant à la stricte application des règles d’attribution des logements sociaux. » Très stricts ? On peut pourtant légitimement se demander comment la CDC n’a pas été mise au courant de la mort d’Emmanuel Bilongo et pourquoi elle a laissé courir le bail jusqu’au défaut de paiement.

D’ailleurs, dans les courriers qu’elle envoie au tribunal de proximité de Gonesse afin de le saisir de l’affaire, elle semble encore ignorer – tout comme le tribunal – le statut de M. Bilongo père. Qu’un bailleur ne soit pas au courant de la mort d’un de ses locataires a de quoi alerter. Là, deux hypothèses entrent en jeu : soit la CDC n’était pas au courant de la mort d’Emmanuel Bilongo, parce que personne n’a jugé bon de lui transmettre l’information ; soit la CDC a été mise au courant, mais a choisi de fermer les yeux délibérément, sans transmettre l’information au tribunal – auquel cas il s’agirait d’une infraction à l’article 40 du Code pénal, qui impose aux agents publics d’informer sans délai le procureur de la République de tout délit, puisque nous serions en présence d’une usurpation d’identité dans le but de conserver un logement social. Dans les deux cas, nous sommes face à de graves manquements qu’il conviendrait d’expliquer. La situation questionne également les assertions de Carlos Bilongo, qui prétend avoir quitté un logement social au nom de sa mère. Si c’est le même appartement, c’est un mensonge, et cela correspond tout de même à neuf mois de loyers impayés. Il pourrait donc y avoir, effectivement, bel et bien deux logements sociaux dans cette affaire…

Une expulsion « sensible »

Suite à ses multiples relances, la CDC résilie le bail d’Emmanuel Bilongo le 18 février 2022. Jusqu’à cette date, personne ne semble savoir que le père de Carlos Bilongo est décédé depuis six ans – ni le tribunal, ni la Caisse des Dépôts. Pourtant, lorsque la CDC se met d’accord avec les services de police pour une expulsion, là, dans les courriers échangés entre la cheffe du bureau de sécurité intérieure et de l’ordre public de la sous-préfecture de Sarcelles (BSIOP) et la CDC, on parle bien de « feu Emmanuel Bilongo ». L’information est donc bien transmise – presque subitement – et semble acquise par tous. Mais alors, pourquoi vouloir expulser quelqu’un qui n’est plus là ? Parce que l’appartement, bien sûr, est occupé. Par qui ? Par la sœur d’Emmanuel Bilongo, s’il s’agit bien du même appartement qu’elle partageait avec son frère. Mais dans le cas contraire, il s’agirait de personnes non identifiées. En effet, selon la lettre adressée par la cheffe du bureau de sécurité intérieure et de l’ordre public de la sous-préfecture de Sarcelles (BSIOP), en réponse à la demande d’expulsion de la CDC, c’est un dossier « sensible ». À tel point que, prétextant à la fois des sous-effectifs en période estivale, mais aussi une nécessaire préparation de ses équipes à l’expulsion de l’appartement, elle demandera à la CDC un report de la procédure. Il faut donc une « réunion préparatoire de police » pour expulser une jeune femme ou un mort ? L’expulsion aura bien lieu en septembre 2023, soit presque un an après les premiers défauts de paiement. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? Et pourquoi le dossier Bilongo, relatif à cet HLM sis à la résidence des Neuf Arpents à Villiers-le-Bel, serait-il si « sensible » ?

Interrogé par nos soins, le commissariat de Villiers-le-Bel refusera également de répondre. Carlos Bilongo, lui, ne donnera pas suite à nos demandes d’interview. De son côté, le bailleur social CDC Habitat a confirmé à Mediapart que l’élu n’était plus locataire dans son parc « depuis janvier 2023 ». Le jugement et l’avis d’expulsion datant de novembre 2022 et de mai 2023, voici encore un trou dans la raquette. Le parcours locatif de la famille Bilongo a tout d’un parcours semé d’embûches chronologiques et de paradoxes temporels… Le comble, c’est que Carlos Bilongo, selon nos informations, est également à la tête d’une association de défense des locataires à Villiers-le-Bel. L’insoumis défendrait les locataires le jour, et la nuit ferait occuper des logements sociaux par des morts, avec l’assentiment silencieux des autorités ? Reste que, pour celui qui avait récemment dénoncé au média d’extrême gauche StreetPress « le fléau » du manque de logements sociaux, qui « permet à des gens véreux de profiter de personnes en détresse », ces soupçons constituent une drôle d’épine dans le pied.

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