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Charline Avenel, zéro pointé

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Publié le

14 octobre 2023

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Pour Christophe Boutin, professeur de droit public, historien des idées politique et co-auteur du Dictionnaire du conservatisme (Le Cerf), Charline Avenel, ex-rectrice de l’académie de Versailles, est l’incarnation parfaite de l’effondrement de l’enseignement supérieur en France. Analyse
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La récente polémique qui parcourt la presse au sujet d’un harcèlement scolaire ayant conduit à un suicide, et ce alors que les services de l’État, prévenus, n’ont visiblement pas cru devoir accorder à ce dossier tout l’intérêt nécessaire, incite à revenir sur le parcours de celle qui était la rectrice de l’académie de Versailles à l’heure des faits. Non pour la mettre personnellement en cause, pas plus qu’au sujet du meurtre dans la même académie de Samuel Paty, là aussi visiblement peu épaulé par sa hiérarchie, mais parce que son parcours semble exemplaire, non seulement de la « Macronie », comme cela a pu être écrit ici ou là, mais de ce qui lui a précédé, et qu’il dévoile les dessous de l’évolution de l’enseignement supérieur en France.

Lire aussi : Samuel Paty, l’islam et l’école

Charline Avenel a en effet, après Sciences Po et l’ENA, servi au cabinet d’une Valérie Pécresse dont les décisions n’ont pas peu fait pour la dégradation de l’enseignement supérieur en France. L’« autonomie » des universités était, et ce de manière parfaitement calculée et assumée, une mesure qui aboutissait, dans de rares cas, à permettre à des structures performantes de progresser, mais aussi, dans de bien plus nombreux cas, à laisser pourrir des fruits jugés irréformables par les services de la ministre de Sarkozy, établissements alors abandonnés au pouvoir des syndicats et confinés à un stérile autorecrutement. Mais de cela on n’avait cure : la nature ayant horreur du vide, la dégradation de ces établissements – auxquels, rappelons-le, on avait interdit toute sélection à l’entrée– profitait à d’autres, publics parfois, mais n’ayant ni les mêmes contraintes ni les mêmes ressources, comme aussi, et de plus en plus, privés, dans lesquels se retrouvaient dans un aimable entre-soi les enfants de la caste au pouvoir. Sans doute efficace, Charline est toujours au ministère sous Laurent Wauquiez, puis, à l’arrivée de Hollande, passe à l’Agence nationale de la recherche, entité « au service de la science » comme l’annonce sans rire son site, chargée de « guider » – et donc de choisir – les projets de recherche sur lesquels tombera une manne providentielle.

Un an plus tard, en 2013, la voici secrétaire générale de la Fondation des sciences politiques, entité chapeautant la fameuse Sciences Po – établissement qui fait justement partie de ces formations privilégiées évoquées. Puis c’est l’installation à l’Élysée d’Emmanuel Macron, camarade de promotion de Charline à l’Ena. Est-ce, comme l’ont écrit certains, pour lui offrir l’académie de Versailles que le décret de nomination des recteurs fût alors modifié, portant de 20 à 40 % le nombre de titulaires possibles n’ayant ni doctorat ni habilitation à diriger des recherches, ou était-ce « pour mieux répondre aux exigences nouvelles du métier », comme le dira le compte rendu du Conseil des ministres du 3 octobre 2018 ? Les deux sans doute, aussi révélateurs l’un que l’autre du fonctionnement de l’État et des buts de l’oligarchie au pouvoir, et on lui attribue donc en 2018 ce rectorat.

Sans doute efficace, Charline est toujours au ministère sous Laurent Wauquiez, puis, à l’arrivée de Hollande, passe à l’Agence nationale de la recherche, entité « au service de la science » comme l’annonce sans rire son site, chargée de « guider » – et donc de choisir – les projets de recherche sur lesquels tombera une manne providentielle.

Presque cinq années et plusieurs ministres plus tard, Charline s’ennuie. La voici qui lorgne au début de l’année 2023 l’un des plus beaux fromages d’une République qui n’en manque pas, la présidence de la Fédération française de football. Las, l’avocat Jean-François Vilotte bénéficie, depuis son passage à la mairie de Paris sous Chirac, d’autres appuis – qui lui avaient valu, entre autres, la direction de la Fédération de tennis.

« Que faire? » comme dirait l’autre? Rebondir, et voici Charline nommée à la direction générale du groupe Ionis. Ce groupe familial est présidé par Marc Sellam, diplômé de l’ESME Sudria en 1974, et qui, après avoir travaillé dans les télécommunications, a créé l’Institut supérieur européen de gestion (ISEG Paris), premier d’une longue liste d’établissements privés qui semblent lui avoir plus rapporté que les télécommunications : il entre en 2018 au classement Forbes des 500 plus grandes fortunes de France, avec 125 M€, et tourne cinq années plus tard à la 316e place, avec 410 M€.

Il est vrai que son groupe compte de nos jours 29 écoles « et entités diverses », pour un total annoncé de 35 000 étudiants, et ce dans les domaines « des transformations technologiques (Epita, Epitech), du business et du management (Isg, Iseg) et de l’innovation (Etna, I.A Institut, Supinfo) ». On notera que quatre de ses écoles d’ingénieurs ont obtenu le statut convoité de « sociétés à mission » (Epita, Esme-Sudria, Ipsa et Sup’Biotech) dont il faut dire un mot. Créé par la loi Pacte (2019), ce statut permet aux entreprises, selon le ministère de l’Économie, de « mettre leur activité au service d’une mission sociale ou environnementale ».

Lire aussi : L’offensive islamiste à l’école

Instant de pure émotion donc, mais le même ministère ajoute que cela permet aussi « d’améliorer l’image de marque de l’entreprise » – le vilain petit canard capitaliste devenant un beau cygne politiquement correct à peu de frais – ; de « collaborer avec une pluralité d’acteurs dans le domaine de la mission que l’entreprise s’est fixée » – ce qui n’est jamais inutile – ; et, mieux encore de « se protéger contre les rachats hostiles ». Savoir que l’altruisme est parfois récompensé alors que les temps sont si durs apportera je crois du baume au cœur de tout le monde.

Et Charline, notre rectrice passe ainsi de la direction de l’enseignement public à celui d’un groupe d’enseignement privé, « après un avis de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique qui me permet de le faire » Elle est aux anges Charline. « J’aime penser l’avenir et le faire advenir » déclarait-elle récemment dans un entretien. « J’aime faire et j’ai le goût du résultat » – son passage à Versailles laissant cependant visiblement certains esprits chagrins dubitatifs sur ledit résultat. Et d’en terminer avec cette conclusion d’anthologie : « J’ai eu la joie d’être entrepreneuse de politiques publiques éducatives [sic], et vais dorénavant poursuivre cet engagement au service de l’éducation, avec un tempérament qui est le mien : entreprendre ». À ceux qui se poseraient encore des questions sur la manière dont l’effondrement de l’enseignement supérieur universitaire classique a été voulu, programmé et assumé par nos politiques et leurs féaux, et depuis bien avant Emmanuel Macron, je crois que Charline, avec sa franche ingénuité, apporte beaucoup de réponses…

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