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Chez les Anglo-Saxons : le monde postlibéral qui vient

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Publié le

4 novembre 2025

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Dans « The Collapse of Global Liberalism », le macroéconomiste irlandais Phillip Pilkington annonce la fin du monde libéral et propose de renouer avec des structures traditionnelles que l’idéologie a cru pouvoir occulter.
© DR

Le postlibéralisme incarne l’un des courants d’idées les plus dynamiques de la nouvelle droite anglo-américaine, proposant une rupture avec le libéralisme comme principe moteur du politique au profit d’une conception substantielle du bien commun. Principalement théorisée par des politologues comme Adrian Pabst, des philosophes comme Patrick Deneen ou des juristes comme Adrian Vermeule, voilà que le macroéconomiste irlandais Phillip Pilkington ancre cette doctrine dans une sphère plus concrète des politiques publiques avec The Collapse of Global Liberalism.

À l’instar des autres penseurs de son école, Pilkington définit le libéralisme autour d’un principe central : la dissolution progressive des institutions traditionnelles en vue de rationaliser et de niveler les relations sociales et politiques. Aveugle aux différences, l’idéologie libérale postule que les êtres humains sont interchangeables, et qu’ils ne devraient être contraints qu’aux responsabilités qu’ils auraient eux-mêmes choisies, malmenant ainsi des institutions comme la famille, la nation et la religion. Cet ordre politique fait d’abstractions se révèle en tension permanente avec le monde tel que nous le vivons réellement.

Lire aussi : Le trumpisme peut-il réveiller l’Occident ? Conversation avec Patrick Deneen, Chantal Delsol et Phillip Blond

Mais l’illusion d’un monde intégralement libéral serait déjà derrière nous, affirme l’auteur. Si la fin de la Guerre froide et l’émergence temporaire des États-Unis comme puissance incontestée ont pu laisser croire à une fin de l’Histoire, l’extension du libre-échange a des pays aux conditions socio-économiques aux antipodes de l’Occident aura précipité l’émergence d’un monde post-libéral. Avec l’émergence de l’empire du Milieu comme puissance concurrente à l’Oncle Sam, les pays libéraux ne dominent plus sans conteste l’échiquier mondial, et ne sont donc plus en mesure d’imposer leurs normes comme par le passé. Ils redécouvrent que leur morale n’est pas universelle, ni même partagée par la majorité des pays.

À l’intérieur même des puissances occidentales, le modèle libéral montre ses limites. Éprises du secteur tertiaire et des hautes technologies, les élites ont délocalisé l’industrie, sans plan de rechange pour les classes ouvrières appauvries. Au nom d’un relativisme mal placé, les politiques ont décriminalisé les drogues et désinstitutionnalisé la prise en charge des aliénés mentaux, rendant les centres-villes invivables. La question démographique révèle quant à elle l’incapacité de la civilisation libérale à assurer sa propre survie : en encourageant l’individu à se concentrer sur lui-même, elle ne parvient plus à susciter le désir de fonder une famille. Pilkington voit dans ces crises tangibles la faillite du libéralisme, dont les principes conduisent à sa propre dissolution.

Face à un régime en déliquescence, l’économiste irlandais propose de renouer avec des structures traditionnelles que l’idéologie a cru pouvoir occulter, comme la loi naturelle, la foi et une pensée téléologique, rompant explicitement avec le nihilisme libertaire au profit du bien commun. L’illusion d’un monde rationnel et pacifié est déjà derrière nous, alors que les pulsions, les croyances et les violences que le libéralisme croyait pouvoir éradiquer sont de retour. Au vu des ravages de cette expérience à grande échelle, Phillip Pilkington incite à y mettre fin. Cet essai d’une grande profondeur conceptuelle nous permet d’entrevoir le monde postlibéral qui vient, et de penser le bien commun pour échapper au chaos de la décadence.


THE COLLAPSE OF GLOBAL LIBERALISM, PHILLIP PILKINGTON, Polity, 240 p., 22 €

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