Après deux films « sérieux » – Peter von Kant, abominable remake dégenré des Larmes amères de Petra von Kant et Tout s’est bien passé, chronique des derniers jours du marchand d’art André Bernheim avant son suicide assisté en Suisse –, François Ozon revient avec l’envie d’en découdre et du grand public. Mon Crime est fait du bois dont il a taillé Potiche ou Huit femmes, du boulevard conscientisé remis au goût du jour, d’après une pièce exhumée d’une malle à vieilleries années 30 (Georges Berr et Louis Verneuil, quoi d’autre ?). Au programme, la vengeance de non pas une mais de deux femmes, actrices débutante et passée de mode, qui vont profiter d’un seul virilicide pour se propulser au-devant de la scène, l’innocente agressée et la coupable délaissée.
Lire aussi : [Cinéma] En plein feu : tension permanente
Au vu de l’argument – patriarcat dézingué menant à la gloire théâtrale –, on pourrait présager d’un brûlot féministe, si ce n’est qu’on est chez Ozon, dont la boussole ne pointe jamais que sur l’inconséquence. La sortie en salles stratégiquement calée en pleine Journée internationale du droit des femmes en rajoute dans la vaste blague (en Occident mondialisé, toutes les journées le sont, et le 8 mars à peine un peu plus). Mon Crime est, de fait, parfaitement anodin ; le matériau de départ à peine amusant ne dépasse pas le médiocre et l’invraisemblable attelage d’acteurs convoqués pour susciter le désir des foules ne produit pas les effets recherchés.
En stricts termes de boulevard, seuls Franck de Lapersonne et Olivier Broche sont dans le rythme et le ton, ils volent d’ailleurs chacune de leurs scènes. Si Edouard Sulpice compose finement un jeune gandin argenté, Nadia Tereszkiewicz et Rebecca Marder semblent dirigées de façon plus épisodique. Elles doivent se débrouiller de scènes avec des monstres sacrés pour qui le comique est un pâté d’alouettes qu’on ne partage pas forcément. Luchini fait son Jouvet sous Corydrane en surarticulant chaque syllabe. Mi-folle de Chaillot, mi-poulbote, Isabelle Huppert contredit les affres de son personnage épouvanté par le vieillissement et la relégation en affichant un minois subtilement numérisé (elle est attifée comme l’as de pique pour signifier son âge). Dany Boon se concentre tellement sur son accent marseillais qu’il en oublie le reste.
La petite entreprise Ozon n’a qu’un seul matériau, le cynisme, qu’elle accommode toujours tant et si bien, qu’il ne peut que tourner à l’inoffensif
Tout est trop ou pas assez, y compris le choix des références, Wilder ou Chabrol, deux étoiles que contemple de fort bas le ver de terre Ozon. L’héroïne va voir Mauvais graine du premier, mais on pense plutôt à La Grande combine, où un innocent se faisait passer pour la victime d’un accident afin de décrocher le jackpot. Remplacez le handicap par un meurtre avoué à tort à fins de publicité, et vous avez Mon crime, moins le talent et le grinçant. La petite entreprise Ozon n’a qu’un seul matériau, le cynisme, qu’elle accommode toujours tant et si bien, qu’il ne peut que tourner à l’inoffensif. Mon Crime mange donc à tous les râteliers selon les scènes ou répliques (dont l’une, impayable, où l’élection d’Hitler est expliquée par le droit de vote précédemment accordé aux femmes en Allemagne).
Ecartelés depuis son tout premier long, Sitcom, entre le désir de plaire au plus grand nombre et celui de transgresser, les films d’Ozon s’auto-annulent en permanence, parfois curieusement comme Tout s’est bien passé où Sophie Marceau et Géraldine Pailhas nageaient dans le drame familial, alors qu’André Dussolier jouait une version malicieuse et à peine virilisée de Tatie Danielle. Mon Crime n’est certes pas ce qu’il a tourné de pire, mais tous ces efforts signifiants pour remuer la poussière du boulevard ne donnent en fin de compte qu’une envie, celle de voir le rideau se baisser.
MON CRIME (1h42) de FRANÇOIS OZON, avec Nadia Tereszkiewicz, Rebecca Marder, Isabelle Huppert, en salles le 8 mars





