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Conservateur au musée de la France

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Publié le

26 décembre 2017

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ChestertonVSBurke

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La tradition française est chrétienne. Or, le christianisme est révolutionnaire, qui abat les vieilles hiérarchies. Dans ce sens, et « dans ce monde qui n’a que des banques pour cathédrales », qu’y a-t-il vraiment à conserver ?

 

Le conservateur de 1650 frondait le pouvoir parisien ; celui de 2017 est jacobin. Le conservateur de 1815 organisait le retour du roi ; celui de 2017 est républicain. Le conservateur de 1875 tempê- tait contre le divorce ; celui de 2017 est remarié et plaide auprès de son évêque la nullité de son premier mariage, manière de se refaire une virginité ecclésiale. Le conservateur de 1905 défendait les droits de l’Église ; celui de 2017 sourcille quand son même évêque s’aventure à émettre un avis politique. Le conservateur de 1975 abominait l’avortement ; celui de 2017 traite discrètement les frasques de sa fougueuse adolescente.

 

Lire aussi : Le grand entretien avec Frédéric Rouvillois

 

Quel sera le prochain renoncement ? Le manifestant de 2013 se rendra-t-il bientôt aux noces de son collègue avec son amant, relation professionnelle oblige  ? Un conservateur est un progressiste en retard. Il ne veut conserver que sa situation : sa respectabilité, son patrimoine dûment hérité d’ancêtres dont il néglige la mémoire, ses niches fiscales, ses réseaux d’affaires, ses habitudes. Puisque rien ne dure, il œuvrera pour que le changement lui laisse le temps de s’y accommoder. D’où ses capitulations successives.

D’aucuns se récrieront que le conservatisme n’est pas cela, et citeront l’unique auteur – non le moindre – qui le théorisa, Edmund Burke. Ce dernier prêche de revenir aux fondements de son pays, à son génie propre, et de s’y tenir. Telle apparaît la différence essentielle entre les révolutions anglaises et la française : cette dernière visait à créer un monde neuf, hors sol, tout droit issu des élucubrations de penseurs en chambre, tandis que les premières étaient un retour aux racines profondes de l’Angleterre, celles de la Grande Charte et de la Pétition des droits.

Sauf à avoir acté le décès de la France et sa réduction à l’état de musée pour touristes globalisés, le conservatisme français est une antilogie

À y regarder de plus près, Burke défend surtout le droit de propriété, la rente qui y est attachée, et l’oisiveté qui s’ensuit. Mais passons ce détail ingrat et tâchons d’appliquer son conservatisme originel à la France, puisque point ne sommes britanniques.

 

Renouer avec l’appel initial

 

La matrice historique de la France, c’est le christianisme. Laïcisé certes, il est toujours actif dans l’énergie qui est dépensée à se positionner contre lui. Depuis saint Martin de Tours, sainte Geneviève et sainte Clotilde, la foi chrétienne est le ferment profond du peuple français. Or un ferment ne se « conserve » pas. Il transforme, ou il meurt. On ne stocke pas le vin éternellement nouveau dans les vieilles outres d’une société close. Sauf à avoir acté le décès de la France et sa réduction à l’état de musée pour touristes globalisés, le conservatisme français est une antilogie.

Le message du Christ travaille la France  ; c’est lui qui oblige le riche envers le pauvre, lui qui met à pied d’égalité l’homme et la femme, le patron et le subalterne, le compatriote et l’étranger, lui qui engage à préserver la création comme un présent sans prix remis à notre garde. Burke n’avait pas vu ce qui nous agite ainsi, mais son concitoyen ultérieur Chesterton l’a saisi  : ce sont « les vieilles vertus chrétiennes devenues folles » parce que dissociées les unes des autres. Or, même folles, ces vertus demeurent chrétiennes ; de par leur source, aucun conservatisme n’en viendra jamais à bout, car «  les dons de Dieu sont irrévocables ».

 

Lire aussi : Le conservateur vue par Chantal Delsol

 

La seule voie pour la France est de renouer avec cet appel initial qui avait tiré un petit peuple parmi les barbares pour en faire une grande nation, et de réinventer pour le temps présent sa manière de vivre la loi de charité qui l’ha

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