Lorsqu’on lui rappelle, histoire de le titiller un peu, qu’il est connu comme un « influenceur chrétien », Corentin Dugast éclate d’un rire clair qui laisse peu de doute quant à son humour sur lui-même. « Contrairement à la plupart des influenceurs, nous n’avons rien à vendre et nous ne sommes pas là pour faire du coaching. Pourtant, il ne faut pas se leurrer : face à la montée de l’islam, à la montée des religions new age, nous avons le devoir d’essayer d’amener les gens à revenir à leurs racines, de leur rappeler qu’on a un héritage chrétien depuis 1 500 ans, et que c’est la chrétienté qui a fait la France. Si cela fait de moi un influenceur, alors tant mieux. »
Au premier abord, Corentin Dugast, avec son casque de moto et sa cravate bleu électrique, a plutôt l’air d’un entrepreneur dans le vent, mais ne vous y fiez pas : si vous l’amenez sur le terrain du Christ, il est capable de vous citer saint Irénée dans le texte. Saint Irénée, le fameux évêque de Lyon qui a été un des premiers à nommer les hérésies chrétiennes dans son ouvrage fameux, Adversus Haereses. « C’est un ouvrage tout à fait actuel, cabotine le jeune homme. Ce que saint Irénée observe très bien, et qui a toujours cours aujourd’hui, c’est la façon dont une hérésie est d’abord une vaste entreprise de simplification du message chrétien. Les hérétiques ont toujours eu la volonté d’en atténuer la puissance pour le rendre plus praticable… Ainsi saint Irénée décrit comment beaucoup de chrétiens ont dérapé, abandonnant la prière, abandonnant les dogmes, pour s’adonner aux libations du gnosticisme, par exemple. »
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Les hérésies, Corentin sait de quoi il parle, puisque sa propre sœur a été tentée par le salafisme, à un âge où ce genre de passion triste vous paraît la meilleure chose à faire pour redonner du sens à une vie trop climatisée. Heureusement, depuis elle a retrouvé le chemin du Christ, ainsi que ses parents, qui se sont tous convertis dans le sillage du jeune homme. Une famille recomposée, une vraie : « C’est peut-être l’expérience la plus radicale que j’ai pu faire de la foi, reconnaît Corentin. Toutes ces conversions autour de moi, je les ai vécues comme des grâces incroyables. »
Pourtant la foi n’a pas toujours été une évidence pour cet originaire de la Vendée, qui a cherché la spiritualité par monts et par vaux, hameçonné par une quête de verticalité mais pas vraiment convaincu en son temps par les vieux moellons des cathédrales ni par les barbes encaustiquées des Pères de l’Église. Il aura fallu un petit détour par Jérusalem et une rencontre déterminante avec une religieuse, pour que le jeune homme voie son regard enfin décillé et pose sur le Christ une attention débarrassée de ses oripeaux et de ses colifichets : « Elle m’a fait comprendre que je pourrais continuer longtemps comme ça, et que je me réveillerais probablement à 50 ans avec l’impression d’avoir manqué quelque chose. Grâce à ça, j’ai compris qu’il fallait à tout prix s’engager sur la voie de la sainteté, même si elle consiste, la plupart du temps, à trébucher et à se relever. »
Car les Évangiles sont peut-être l’enseignement le plus radical qui soit, et c’est sans doute le message que Corentin s’attache à vouloir faire passer aujourd’hui, avec ce mélange d’assurance et d’humilité qui lui est propre, et cette petite lumière au fond des yeux qui ne trompe pas. On ne doute pas que le jeune homme n’est pas passé loin de porter l’aube et l’aumusse. « Effectivement, j’ai voulu me retirer à la Grande Chartreuse », confie-t-il, encore rêveur. On imagine très bien ce qui peut séduire dans la vie sacerdotale lorsqu’on doit agréger en soi une Foi toute neuve, organique, vivante, parfois impossible à contenir. On imagine les trésors de patience et de plasticité mentale qu’il faut pour dompter cet animal de lumière qui a soif d’ombre, qui recherche le silence des baptistères afin de calmer les soubresauts de cette joie nouvelle qui a transformé ses veines en sarments d’or liquide. « Mais aujourd’hui, maintenant que je vis ma foi au grand jour et que j’essaye de la communiquer, je suis persuadé d’avoir fait le meilleur choix possible. » Ite missa est. ?





