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Covid 19, Carême et fin dernière

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Publié le

29 mars 2021

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A quelqu’un qui lui demandait comment aller à Dieu, François de Sales répondit : « Tout droit, comme un boulet de canon ». Comme on aime cette époque où l’on ne tortillait pas du ruban pour affirmer les grandes vérités de la foi ! Ainsi a fait le père de Menthière dans les conférences de Carême qu’il a prêchées, cette année encore, en l’église Saint- Germain l’Auxerrois. L’homme n’est pas fait pour le péché. « Périmé, recherché, réparé, béatifié » sa vocation est de connaître Dieu. « Tu nous a fait pour toi, Seigneur », dit le psaume. Notre seule fin, c’est Dieu.
Christ

La dernière conférence, au seuil de la Semaine sainte, traitait de notre salut. De « notre fin dernière », qui se soucie ? Cette question qui a interrogé les plus grandes civilisations ne dérange plus nos contemporains. C’est un fait acquis : il n’y a pas d’au-delà. Et s’il y a un paradis, « on ira tous au Paradis » : on connaît la chanson du seul vrai Père de l’église de notre temps. Dans notre mentalité égalitariste, en effet, nous avons droit à tout : mariage, PMA, 5G, et le Ciel — s’il existe. Cette exigence démocratique nous fait même, dit le prédicateur, réinterpréter la tradition. A une époque où l’Eglise vacille, nous sommes remis dans notre axe par sa voix ferme et courageuse : que le salut enferme toute la terre n’est pas chose acquise. Dans le rite du baptême orthodoxe, le chrétien, crachant vers l’Occident se tourne vers l’Orient pour ouvrir les bras à la lumière du Sauveur : « Mon rachat dans ce crachat ».

Sans occulter les scandales de l’Eglise ni s’y arrêter avec complaisance pour mieux la condamner, le théologien se plaît à relire avec nous, à réhabiliter, notre catéchisme

Les athées ne se lassent pas de prophétiser, après la mort de Dieu, la sortie de la religion chrétienne. Pari à haut risque, naïf, pour reprendre le mot de Pascal, après 2000 ans de christianisme ! Le transhumanisme, l’idéologie païenne de l’écologie, celle, sanitaire et désincarnée —déshumanisée —de « la vie nue », est cette nouvelle religion qui n’a même plus l’horizon désirable d’un marxisme. « Immortelle, à quoi bon ? » disait Alcmène à Jupiter qui lui promet l’éternité, dans la pièce de Giraudoux. Et nous, augmentés, à quoi bon ? La mort de la mort, prévue par Google ? Une finitude à perpétuité. Sans occulter les scandales de l’Eglise ni s’y arrêter avec complaisance pour mieux la condamner, le théologien se plaît à relire avec nous, à réhabiliter, notre catéchisme : le baptême, le salut, le ciel et l’enfer, le purgatoire, face à un catéchisme progressiste que nous faisons nôtre insidieusement. Nous irons tous en Paradis ? Croyants ou incroyants, ne soyons sûrs de rien, sauf de l’amour de Dieu. Mais pas à n’importe quel prix. On va vers l’athéisme, dit un théologien, quand ne se pose plus la question de la damnation.

On va jusqu’à réhabiliter, de nos jours, Ponce Pilate, et même innocenter un peu Judas dont les textes disent qu’il aurait mieux valu qu’il ne fût pas né

Le père de Menthière débusque, non sans humour, nos déviations spirituelles qui découlent d’un catéchisme ambiant. Avec le sens du péché, nous perdons celui de la grâce. Ne pratiquons-nous pas certains accommodements avec le ciel ? Or, le péché n’est pas de ne pas faire le mal mais de ne pas faire le bien qui est en notre pouvoir. La paresse spirituelle, le manque de courage : voilà notre péché quotidien. Autre inclination mauvaise : nous mettre à la place de Dieu. Pourquoi trouvons-nous plus charitables et fréquentables les vierges folles que les sages alors que le Seigneur leur reproche sévèrement d’avoir manqué à la vertu cardinale de prudence ? Nous préférons le fis aîné au fils cadet, le serviteur qui enfouit son talent, l’invité qui n’a pas mis son vêtement de noce. Nous absolvons sans gêne celui que le Seigneur désapprouve. Curieux, non ? On va jusqu’à réhabiliter, de nos jours, Ponce Pilate, et même innocenter un peu Judas dont les textes disent qu’il aurait mieux valu qu’il ne fût pas né. On devient athée, dit Feuerbach cité par l’orateur, quand on se croit meilleur que Dieu.

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On pourrait croire que Guillaume de Menthière sermonne de manière abstraite. Il n’en est rien. Son propos est rempli d’un zèle plein d’amour, plein d’humour, et se nourrit tout autant d’anecdotes que d’une haute culture. Descendant de Lacordaire, qu’il cite avec malice, il fait passer dans l’assemblée ce tremendum propre à l’éloquence de la chaire, nécessaire à notre salut. Les pasteurs hésitent à partager une culture qui ne leur manque pas au prétexte que les fidèles ne la comprendraient pas. Quelle erreur ! Ce faisant, que de fidèles ils détournent également de l’église ! Guillaume de Menthière, lui, cite saint Jean Chrysostome, les pères de l’Eglise, Thomas d’Aquin, Lévinas, Sainte Thérèse de Lisieux, saint François de Sales, Dante, Feuerbach, Jules Romains. Un grand air passe sous les voûtes de Saint-Germain l’Auxerrois, rappelant que les conférences de Carême, si elles sont un exercice de haute volée, sont, d’abord, une grande tradition française.

Un grand air passe sous les voûtes de Saint-Germain l’Auxerrois, rappelant que les conférences de Carême, si elles sont un exercice de haute volée, sont, d’abord, une grande tradition française

Dans le Faust de Goethe, rappelle l’orateur, Dieu demande à Méphisto comment ça va sur la terre. Et Méphisto de répondre : « Rien de nouveau sur terre, tout y va parfaitement mal comme toujours. » Comme il se réjouit, à présent, le grand diviseur, de notre pandémie, de nos masques, du care à tout crin, de l’incarnation différée, du distanciel eucharistique, des baisers interdits ! Mais il n’aura pas le dernier mot ni de la part de Dieu ni de l’homme. Le psalmiste le chante : « Mon âme a soif du Dieu vivant : quand le verrai-je face à face ? »

Au terme de ces conférences, à lire et à écouter, que désirer sinon, de tout son cœur et de toute son âme, l’appétence spirituelle ? Tournons-nous donc, dit le prédicateur, vers la Vierge Marie dont la statue sauvée de Notre-Dame de Paris est là, rayonnante de fraîcheur, sous l’horloge du XVIIème siècle aux chiffres romains. Et relisons, avec émotion, la prière de l’âme dans la ballade célèbre du poète Villon, récitée, en conclusion, par Guillaume de Menthière : « Dame des Cieux, régente terrienne / Impératrice des infernaux palus/ Recevez-moi, votre humble chrétienne/ Que comprise soit entre vos élus / Ce nonobstant qu’onques rien ne valus… / En cette foi je veux vivre et mourir. »

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