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Critiques musicales du mois de juin

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Publié le

25 juin 2024

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Chaque mois, L’Incorrect sélectionne pour vous le meilleur et le pire de l’actualité culturelle. Perles rares ou navets survendus, authentiques exploits ou pathétiques arnaques, ici se poursuit l’ambition de distinguer. À rebours de la tyrannie du médiocre, du politiquement convenable et du consensus, nos critiques vous redonnent le sens des hiérarchies. Place aux critiques musicales de février.
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XANAX EN MI MINEUR

Il y avait au loin ta Californie, ces souvenirs de cent chansons ratées, mille grains de sable dans une machinerie usée et cabossée, et puis les derniers accords, au loin, d’un air qui ressemble à un été perdu. Où en étais-je ? Juste ici. À côté d’une forêt, vers mon enfance, mes cheveux comme des palmiers, et ton pull, rouge comme un vaccin. Sur l’enceinte, ma connexion Bluetooth était hasardeuse. Sortaient de celle-ci les airs élégants de ce single. J’aime The National. Leur musique m’apaise. C’est un Xanax en mi mineur. Avec eux, toujours l’impression qu’un ami nous ouvre son canapé dépliant alors qu’on est en cavale. « Heaven », oui, « Heaven », comme la voix d’une nuit sans sommeil, d’un petit-déjeuner en tête-à-tête avec soi-même. Toujours ces rythmes qui pleurent comme un cœur arythmique. Comme la mémoire égarée d’une main dans ton pyjama. La chanson était en boucle, encore et encore, comme un verre qui n’en finit pas. Et j’ai écrit ces phrases sans cesser d’entendre la mélodie se contorsionner autour de moi, comme une vieille maîtresse autour d’un vieil amant. Emmanuel Domont


HEAVEN, THE NATIONAL, 4AD, single disponible sur les plateformes.

BLUES D’UN GUNNER

Pour son nouvel effort solo, on ne peut pas dire que Slash ait fait dans le risqué: le Gunner sort en effet un album de re- prises blues. Guère étonnant lorsque l’on connaît les in- fluences du R & B sur son jeu. Bien entendu, le guitar hero est entouré d’une myriade d’invités prestigieux : Billy Gibbons promène sa barbe et sa faconde sur le classique Hoochie Coochie Man, Iggy Pop se dandine sur Awful Dream, du génial Lightnin’Hopkins, Brian Johnson, qui pour une fois a laissé les miaulements de chat en rut au vestiaire, étonne dans un impressionnant Killing Floor (Howlin Wolf). Au rayon des surprises guère surprenantes, Demi Lovato, icône pop non-binaire, interprète un Papa Was A Rolling Stone peu inspiré. Si l’on connaît Slash pour ses incursions fréquentes dans la pop, sur le coup, c’est un raté. Orgy of the Damned pourrait être un album gimmick, mais la qualité du disque démontre sans ambages l’amour profond de Slash pour le blues. Le guita- riste signe ainsi ce qui est sûrement l’un des meilleurs hommages au genre de ces dernières années. On craignait le pire, et finalement, une excellente surprise pour accompagner les beaux jours de juin avec ces Stormy May Day. Joseph Achoury Klejman


ORGY OF THE DAMNED, SLASH, Gibson, 19 €

Lire aussi : Les critiques musicales de février

CHARME TEXAN

Je sais, il fallait bien rendre le papier écrit sur des nappes tachées de café. Kings Of Leon, c’était jadis ces cow-boys distordus. Cette fois, nous entendons un peu Ennio Morriconne qui laisse traîner ses guitares dans le sable. Nous pensions avoir laissé mourir l’âme de ce groupe. Mais finalement leur grâce est bien là. J’ai écouté en boucle « Nowhere To Run » allongé sur mon canapé en velours : il y a encore une vitalité, un sens des mélodies, une singularité capricieuse qui a fait et fait donc encore leur charme. Ils n’étaient pas forgés pour les stades, pas programmés pour se perdre dans les hit-parades. Ce que nous voulions, c’était ce charme singulier aux arômes de whisky de super- marché texan. Les relents de cette attitude et de style sont encore bien présents. C’est un vieil ami avec qui l’on ressort nos standards. Pour un nouvel album, Kings Of Leon réussi, par intermittence, à nous faire oublier que le temps a passé. C’est ce que nous demandons la plupart du temps : que les horloges s’arrêtent. Le but est atteint. ED


CAN WE PLEASE HAVE FUN, KINGS OF LEON, Love Tap Records, 17,99 €

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