Viral
Qu’est-ce qui fait que l’on passe du statut de bon ou très bon groupe à celui de groupe incontournable ? Difficile à dire. On ne le dira jamais assez : le rock’n’roll, c’est pas que de la musique. The Vaccines le savent sans doute aussi. Ces Anglais sont chics, leurs chansons sont bonnes, leur premier album est désormais culte. Mais pour autant, on a comme l’impression qu’il leur manque quelque chose pour faire la différence. Sont-ils trop gentils, trop propres sur eux ? Est-ce que leurs disques sont trop prévisibles? Est-ce qu’il aurait fallu un scandale médiatique ? En attendant quelque chose qui n’arrivera probablement pas, on peut malgré tout se délecter avec joie de très bonnes chansons qui seront parfaites cet été accompagnées d’apéritifs dans lesquels, sur un lit de glace, nous verserons la double dose d’une vodka triplement distillée avec un Martini rosato et une tranche de pamplemousse, en montant un peu plus le volume. Et même avant ça, l’ivresse que procurent des titres comme « Lunar Eclipse », « Heartbreak Kid » ou « Discount De Kooning » est tout à fait conseillée même dans le froid de l’hiver. Emmanuel Domont

Raté
Fallait-il un énième avatar de Max Richter? Entre pop (Key games) et BO (Echoes), JB Denckel, membre du mythique duo Air, se replie dans sa zone de confort. Celle de l’enfance, lorsqu’il étudiait avec une enseignante de piano, depuis décédée. D’où le « paranormal » du titre, car l’auteur se rêve en chaman inspiré par sa prof. Ce ne sont ni la veine mélodique (Égérie, Forest) ni le goût de l’harmonie (Woods on Fire) qui font défaut, mais plutôt le sens du discours, cette envie de tendre un arc au lieu de figer une impression. Si le but est d’improviser, alors le résultat manque de surprise. L’imagination est comme bridée par la démarche hypnotique de la musique répétitive. L’effusion sentimentale languit dans un schéma trop formaté pour se réclamer d’un Ravel. Plus modestement, c’est à Ludovico Einaudi que l’on pense, à sa feel-blue music pour adolescents solitaires et pianistes de gare. Sans changer de recette, le minimalisme fait encore des épigones. Signe que le marché est à l’arrêt. ? Paolo Kowalski

Merci
Ça commence comme une série d’accords du Velvet Underground où Lou Reed aurait été remplacé par un Anglais du Nord qui aurait foutrement abusé d’anxiolytiques et s’appellerait Bill Ryder-Jones. Tu m’avais manqué, Bill. Tandis qu’à première vue, toi, tu bouffais du Lexomil comme un Cavalier King-Charles ses croquettes; de mon côté, je tentais de survivre péniblement à l’adversité, à l’épuisement de mes sens et à l’approche du nervous breakdown. C’est assez courant, je sais. Je crois que tu connais le game. Mais je tenais à te remercier pour ton aide. Oui, parce que ton précédent album, Yawn, fut une source inépuisable de réconfort. On le sait, ce ne sont pas les disques de Ska-P ou des Fatals Picards qui soulagent des douleurs de l’âme. Bien au contraire. Ce disque était pour moi une messe léthargique que je renouvelais presque quotidiennement. Tu reviens aujourd’hui avec un nouvel album, et comme il est merveilleux, je me dois de te remercier à nouveau. Tes orchestrations sont superbes ; d’une élégance de premier ordre. C’est ton Melody Nelson, Bill. Et si la vie se faisait de nouveau impitoyable, me voilà de nouveau armé grâce à toi. ? ED






