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Cyrille Diabaté. Profession : combattre

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Publié le

19 avril 2020

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12 novembre 1993, Denver, Colorado. Le karatéka Gérard Gordeau met KO en quelques secondes le sumotori Teila Tuli d’un coup de pied si puissant qu’il fait atterrir une dent du perdant sur la table des commentateurs. Le premier combat du premier tournoi d’UFC vient d’avoir lieu. Quelques jours plus tard, un frenchy d’à peine vingt ans regarde émerveillé cet affrontement brutal sur une cassette piratée en noir et blanc, prêtée par son prof de boxe. Cyrille Diabaté vient de faire la découverte du MMA, dont il finira par devenir l’une des légendes tricolores.

 

 

 

Comme il nous l’explique avec un tutoiement instinctif et une voix grave et posée dont il ne se départit presque jamais, ce sont des difficultés de sa jeunesse que lui vient cette soif de combattre. Cyrille Diabaté passe sa petite enfance qu’il qualifie d’« un peu tristoune », doux euphémisme, à Rueil-Malmaison. Son père les abandonne lui et sa mère quand une tumeur du cerveau est découverte chez elle. À l’âge de six ans, il la suit à Londres, où les traitements contre les tumeurs sont en avance sur la France. Au moment d’évoquer cet épisode éprouvant où il voit sa mère sombrer dans la maladie, le ton est posé mais les mots, crus: « « De mes dix à mes quatorze ans, j’ai eu une vie de merde. J’étais la femme de ménage, l’infirmière de ma maman. Je l’ai vue dépérir à petit feu ». À quatorze ans, sa mère décède, retour à Rueil-Malmaison où sa grand-mère l’élève. Malgré tout, Diabaté ne donne pas dans le misérabilisme : « Je n’ai manqué de rien. J’étais dans une ville assez bourgeoise. Je n’étais pas dans les HLM ».

Les influences de Bruce Lee, des Rocky et de Jean-Claude van Damme ont été déterminantes: « J’ai beaucoup regardé Bloodsport et Kickboxer ». Reste à trouver un cadre.

Mais à ces souffrances il faut un exutoire, et au grand dam de sa grand-mère il devient de plus en plus bagarreur. Le cogneur de cour de récréation découvre l’univers des sports de combat par le cinéma. Les influences de Bruce Lee, des Rocky et de Jean-Claude van Damme ont été déterminantes: « J’ai beaucoup regardé Bloodsport et Kickboxer ». Reste à trouver un cadre.

 

 

Diabaté passe pour la première fois les portes d’une salle de boxe à 18 ans, avec la ferme intention de devenir champion du monde. Il y fait la rencontre décisive de son professeur Robert Paturel, alors policier au RID. Ce champion de boxe française va faire entrer Diabaté dans la cour des grands. « Patu » est dans son coin quand, dès sa première année de pratique, il enchaîne les victoires en boxe pieds-poings. La motivation de Diabaté est alors dévorante : « J’ai progressé vite, j’étais à fond dedans. Je m’entraînais cinq fois par semaine ». Paturel lui fait surtout découvrir le MMA qui est en train de naître aux États-Unis en lui passant sous le manteau la cassette piratée du premier UFC.

Malheureusement, la France ne s’accroche pas au wagon qui révolutionne alors les arts martiaux et refuse de légaliser la discipline, en particulier à cause du lobbying effréné de la fédération de judo. Résultat: si l’entraînement est toléré, les compétitions sont interdites sur le territoire national.

Diabaté est tout de suite conquis par cette forme d’affrontement total. Il participe dès 1996 à ses premières compétitions dans la discipline, qu’il remporte, et passe professionnel en 1999. Malheureusement, la France ne s’accroche pas au wagon qui révolutionne alors les arts martiaux et refuse de légaliser la discipline, en particulier à cause du lobbying effréné de la fédération de judo. Résultat: si l’entraînement est toléré, les compétitions sont interdites sur le territoire national. Cette situation empêche l’émergence d’un marché qui aurait permis aux combattants de vivre de leur métier. Diabaté doit donc combattre à l’étranger et enchaîner en parallèle les petits boulots alimentaires.

 

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Cascadeur, garde du corps, briseur de grève et surtout videur, Cyrille Diabaté a occupé tous les métiers où des capacités physiques et martiales hors-normes étaient recherchées. Au détriment de sa carrière de combattant: « Quand tu bosses le vendredi et le samedi soir, tu sais que le lundi et le mardi tu ne vas pas être performant à l’entraînement ». Ce n’est qu’au tournant de ses 30 ans que Diabaté pourra vivre exclusivement du combat. Désormais, celui que l’on surnomme le Snake, le serpent, pour son physique longiligne, a la plus belle carrière de MMA français à ce jour. Il a combattu dans les organisations les plus prestigieuses de la discipline comme le Pride ou l’UFC pour un palmarès, plus qu’honorable dans ce sport, de 19 victoires pour 10 défaites.

Avec son mélange si spécial de sens du devoir tout militaire et de gouaille audiardesque, nul doute que le géant ne soit un chef qui arrive à faire se transcender ses élèves et à imposer son club comme le premier de France, son nouvel objectif depuis la légalisation de la discipline au début de l’année.

Après avoir pris sa retraite en 2014, Diabaté s’est consacré pleinement à son club d’Épinay-sur-Seine, la Snake team. La voix toujours égale du Snake vibre au moment d’évoquer son rôle de coach: « Un entraîneur ne se contente pas d’entraîner. C’est aussi un psy, une assistante sociale ». S’il met une telle passion à son métier, c’est que l’homme est persuadé des bénéfices des sports de combat pour les jeunes qu’il encadre : « Je récupère souvent des individus en perdition qui ont besoin de discipline, qui ont besoin de structure. Quelquefois, ça leur sauve la vie ». Avec son mélange si spécial de sens du devoir tout militaire et de gouaille audiardesque, nul doute que le géant ne soit un chef qui arrive à faire se transcender ses élèves et à imposer son club comme le premier de France, son nouvel objectif depuis la légalisation de la discipline au début de l’année.

 

Ange Appino

 

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