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Xavier de Maistre ou l’éloge du confinement

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© Louis Lecomte pour L'Incorrect

Alors que le XVIIIème siècle regorge des – probablement – plus grands auteurs de langue française, comment de pas évoquer, en cette  actualité, le grand Xavier de Maistre. Né en 1763, soit cinq ans avant l’illustre Chateaubriand, il est le frère du grand contre-révolutionnaire Joseph.

 

Militaire, il est mis aux arrêts en 1790 à la suite d’un duel, il écrit le fameux Voyage autour de ma chambre. Cet ouvrage est non seulement précurseur du romantisme, mais il est aussi à méditer. Il s’agit d’une sorte d’éloge du confinement. Il meurt en 1852. Même sainte Thérèse de Lisieux y fait référence dans Histoire d’une âme (publié à titre posthume en 1898). Le Voyage sera publié en 1795 par l’auteur des Considérations sur la France. Dans son récit, composé de quarante-deux chapitres, Xavier nous invite à le suivre dans son lieu de confinement forcé, et à lire ses pensées sur le monde de l’époque, ses activités quotidiennes, en écrivant une sorte d’histoire de sa chambre.

 

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Il est intéressant de constater que le personnage principal du Voyage est la chambre, Xavier de Maistre n’étant que l’habitant la commentant et la décrivant. Lui même parle, dès son premier chapitre, des « observations intéressantes (qu’il a) faites », de plus en souhaitant, grâce à son livre, que nous brisions notre ennui. Quand il présente son voyage, on peut déceler une certaine jubilation de l’auteur dans son confinement. Par ailleurs, dans le confinement que nous vivons actuellement, en 2020, il y a aussi une sorte de plaisir à redécouvrir plusieurs choses : sa famille, sa bibliothèque. Les deux sont probablement les plus belles occasions de profiter de l’enfermement car il s’agit du retour aux sources.

Il ne s’agit pas là de nous plonger dans une certaine nostalgie, mais au contraire un espoir, une espérance de sortie de confinement, car celui-ci permettra de redécouvrir notre vie avant enfermement à domicile. La sortie du confinement sera un moment très conservateur, car les habitudes reprendront. Par son, ou plutôt « le », Voyage, Xavier de Maistre écrit une œuvre particulièrement moderne. À l’heure de l’inventaire – Xavier en fait non seulement un, mais il le décrit et nous laisse rêveur quand à la beauté de ses propos, car l’écrivain sait profiter de l’instant. Il sait profiter de l’amitié, comme le montre l’exemple touchant de sa chienne, malheureusement morte, qui serait même une métaphore de l’amour.

 

Il est intéressant de constater que le personnage principal du Voyage est la chambre, Xavier de Maistre n’étant que l’habitant la commentant et la décrivant. Lui même parle, dès son premier chapitre, des « observations intéressantes (qu’il a) faites », de plus en souhaitant, grâce à son livre, que nous brisions notre ennui. Quand il présente son voyage, on peut déceler une certaine jubilation de l’auteur dans son confinement.

 

Maistre soutient alors que l’amour est avant tout une amitié. Maistre nous présente aussi ses amis du confinement, ses tableaux (durant la descriptions, Xavier se lance dans une tirade sur l’art, et plus particulièrement Raphaël). Quand il décrit cette décoration, il démontre un attachement à l’ancien, car l’enfermement le fait réfléchir. C’est pour cela que ce livre est non seulement philosophique, mais aussi est terre à terre. Xavier nous donne une leçon pour l’avenir. Alors que nous redécouvrons nos bibliothèques, à quel moment aurions-nous le temps de le faire si ce n’est durant des vacances ou la retraite ? C’est pour nous une invitation au voyage, et, comme il l’écrit lui même : « une nouvelle manière de voyager. » Aujourd’hui, dans la tragédie de l’inculture et de la société plus fascinée par un écran que des pages d’un livre sentant encore l’imprimerie, il est temps de repartir vers une recherche intellectuelle.

Cette recherche peut être due à un sentiment de solitude à combler, comme quelque chose à partager. Heureux soient les solitaires, ils ont tellement à nous apprendre sur une vie fermée et cultivée. Si le moine prie pour le autres, le solitaire se cultive pour les autres. Avec ce confinement « coronavirien », rien de tel que de voyager dans le repos, en faire un éloge comme l’écrivait Paul Morand. Si le Voyage est à la fois un rêve, une quête et une réalité, il permet l’évasion de l’esprit. Cet esprit, dont Xavier de Maistre sait manier d’une manière folle, notamment lorsqu’il compare son isolement et un voyage touristique (« ce voyage ne (lui) a rien coûté »), il sait que ce Voyage est un esprit qui est, comme l’écrivait Valéry : « une puissance de prêter à une circonstance actuelle les ressource du passé et les énergies du devenir ».

 

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Voilà pourquoi Xavier est un romantique en devenir, et qu’il est comme Joseph, un contre-révolutionnaire. C’est grâce au passé que l’on peut s’en sortir. Si l’on dit qu’on est condamné à revivre son passé si on ne le connaît pas, ce confinement peut alors nous aider. Dès que nous avons un livre en bibliothèque, il a beau être très actuel (peu importe la date de sa publication, ce livre peut être prophétique, par exemple l’œuvre de Philippe Muray), il appartient déjà au passé, à l’histoire. Xavier de Maistre, enfilant sa tenue de voyage, qui n’est qu’autre que sa robe de chambre, nous emmène avec lui dans un univers qu’il souhaite nous faire connaître, à savoir son lit, ses tableaux, de ses romans (il est important pour l’auteur de le signaler) et ses pensées.

Au travers l’œuvre, nous voyageons dans l’esprit de Xavier de Maistre, un esprit de réconfort, de sourire, mais avant tout de culture et d’ouverture sur une pièce maîtresse de l’existence : la chambre. Bien que le confinement soit un acte politique, compliqué à vivre, Xavier nous propose une existence qui permet de connaître son passé, et mieux appréhender son futur, une nouvelle sensation que le déconfiné découvrira et exprimera, comme Xavier : « c’est aujourd’hui donc que je suis libre » !

 

François Degets

 

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