[qodef_dropcaps type= »normal » color= »red » background_color= » »]c[/qodef_dropcaps]onnu pour son franc-parler, l’homme est clivant. Jean-Michel Aulas lui-même a récemment pris la peine d’appeler le standard téléphonique de la radio pour s’expliquer avec l’animateur. C’est dire le poids de sa parole dans le milieu du foot français… Auteur du polémique Racaille Football Club (Edition Hugo et Cie), livre polémique où il étudiait notamment les influences conjointes de la « culture des cités » et de l’islam dans les vestiaires, Daniel Riolo a répondu à L’Incorrect.
Vous êtes l’auteur de plusieurs ouvrages sur le football (L’histoire du Paris Saint-Germain, Merci Pauleta, Secrets de coachs et le plus polémique Racaille Football Club) : comment avez-vous attrapé le virus ?
Le virus de quoi ? D’écrire des livres ? Mais je n’ai aucun virus justement, c’est le problème. J’aimerais avoir ce virus. Mais au contraire, écrire est une souffrance. C’est très paradoxal. J’adore me lancer dans un livre, avoir l’idée, chercher, construire l’ouvrage. Puis je me lasse. Je n’arrive pas à m’imposer la discipline de m’asseoir, de rester devant l’écran pendant des heures. Des idées de livres, j’en ai tellement. Tellement de choses que j’aimerais faire. Mais je m’échappe comme un lâche. Je file au tennis, ma passion quotidienne. Je cherche et trouve toujours autre chose à faire. Je ne suis pas très fier de ça.
Une question un peu absurde : le football est-il de gauche ou de droite ?
Économiquement, de droite bien sûr. Sur le terrain, c’est plus compliqué. Le collectif est indispensable, mais il n’est jamais meilleur que lorsqu’il est sublimé par des individualités. C’est toujours l’équipe d’untel ou d’untel. Les plus grands collectifs ont été magnifiés par l’individu : le Barça de Messi, ou les Pays Bas de Cruyff. Regardez les équipes russes des grandes années, celles de Valeri Lobanosvki par exemple : elles étaient sublimes. C’était tout pour le collectif ! Mais quelque chose leur manquait toujours et elles finissaient par échouer. Seule exception, peut-être, le Dynamo Kiev de 1986. Même s’il y a eu des équipes dites de gauche, des clubs, des joueurs, je crois qu’au fond, le foot est de droite dans les valeurs qu’il véhicule.
Pourquoi l’intelligentsia méprise-t-elle à ce point le jeu et les supporters ? Ou, parfois, feint de l’apprécier pour se rendre sympathique ?
Cette tradition française est morte désormais. Nous avons été à la traîne pendant des décennies, il est vrai : on parlait de « sport de beaufs », d’idiots qui tapent dans un ballon. Au moment où le football était devenu un élément important de la culture de nombreux pays, la France persistait à le dénigrer. Ce n’est plus très vrai aujourd’hui. Cette tendance revient seulement un peu quand on entend parler de gros salaires : on nous ressort le couplet sur l’indécence du footeux. Foutaises. À l’étranger, le foot existe sans complexe dans tous les milieux intellectuels.
Le gamin qui joue dans la campagne près de Bourges va avoir du mal à se faire remarquer, il faut le dire. Il y a tellement de jeunes à voir près de Paris, Lyon ou Marseille qu’on ne va pas prendre la peine d’aller à la campagne.
Comment se fait-il que les joueurs français qui percent au très haut niveau soient désormais, dans leur grande majorité, issus des « quartiers » dits populaires ?
Simplement parce que c’est là qu’on joue au foot. Il y a de gros bassins de population, donc plus de jeunes. Par ailleurs, les gros clubs ne sont pas loin géographiquement. On regarde les jeunes jouer, on les recrute, on les met dans les centres de formation et on construit un moule pour produire des mecs tous identiques. Le gamin qui joue dans la campagne près de Bourges va avoir du mal à se faire remarquer, il faut le dire. Il y a tellement de jeunes à voir près de Paris, Lyon ou Marseille qu’on ne va pas prendre la peine d’aller à la campagne.
Par rapport à ses voisins allemands, anglais, espagnols ou italiens, la France est-elle un vrai pays de foot ?
La France n’est devenue un pays de foot que tardivement. Nous aurons toujours ce retard historique à combler. Mais cette question rejoint la précédente sur le rejet de ce sport par les « intellos » français.
Les transferts de Neymar et M’Bappé au Paris Saint Germain annoncent-ils une période inflationniste ou resteront-t-ils à jamais hors-normes ?
On disait la même chose quand Ronaldo a été transféré. Chaque période à son gros transfert qui doit tout chambouler. Le hors-norme devient la norme. Cette fois, à entendre plusieurs économistes, on serait arrivé à un tournant : les gros clubs, paniqués devant un PSG capable de dépenser autant, seraient prêts à discuter d’une régulation. On en est là. On verra bien ce qui se passera !
Comprenez-vous les supporters, plus romantiques, qui regrettent le football des années 70, 80 et 90 ? Joue-t-on mieux en 2017 qu’en 1982 ?
Le supporter de foot est toujours nostalgique ! Et il pense toujours que c’était mieux avant. Tiens, encore un argument pour dire que le foot est de droite. On aime le passé, le conservatisme, l’identité, le joueur bien de chez nous. Ilya peu de progressisme dans le foot. Mais souvent dans le « c’était mieux avant ! » on oublie les travers qui déjà existaient. Le foot business ne date pas d’hier. Sans parler des magouilles, des caisses noires et des achats d’arbitres. 2017 contre 1982 ? On ne joue pas mieux, mais autrement. L’évolution est notable physiquement, on va plus vite, on saute plus haut.
Plutôt Bez et Tapie ou Nasser et Vasilyev ?
Aucun des quatre ne m’enthousiasme vraiment. Mais je retire Tapie quand même : personne n’a fait autant de mal au foot. Lui est l’incarnation du mal.
Quel joueur vous a fait le plus vibrer ? Et de nos jours, qui vous fait rêver sur le pré ?
Platini bien sûr, Baggio, Maradona… les numéros 10 ! Aujourd’hui ? Je ne rêve plus foot, je bosse, je vis foot, je n’ai plus le temps de rêver. Je regarde, j’observe et j’analyse





