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Des institutions aux ordres de la révolution woke

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Publié le

27 mars 2024

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Entre des programmations souvent sans intérêt et une réécriture absurde des chefs-d’œuvre, les théâtres et les opéras deviennent les premiers lieux de mise au pas de l’art. En cause : des directeurs de salle et un personnel institutionnel qui se croient davantage missionnés pour rééduquer les masses que pour inspirer son public.
© Comédie-Française – Jan Versweyveld

Le profil des directeurs nommés à la tête des théâtres et autres salles de spectacle explique en grande partie la dérive frappante de leurs choix artistiques. En effet, ces gardiens de l’art ne se gênent pas pour faire de leur statut un pare-à-vent de leur engagement politique. Comme le souligne Jérôme Besnard, conseiller municipal de Mont Saint-Aignan : « Quand un directeur de théâtre public monte des pièces sur les migrants transsexuels, il ne se cache nullement de faire de la politique militante ».

Un exemple : David Bobée nommé en 2021 à la direction du Théâtre du Nord à Lille. Sa spécialité ? Détruire le théâtre classique au profit de créations contemporaines imprégnées des thèses wokes. Ce qui n’empêche pas Roselyne Bachelot de l’applaudir… Adepte de la tabula rasa, Bobée a coanimé le collectif « Décoloniser les arts », affichant ainsi son amitié avec une certaine Rokhaya Diallo.

Lire aussi : L’exception culturelle française : avantages et paradoxes d’une préférence nationale

L’immense Olivier Py, directeur du festival d’Avignon de 2013 à 2022, n’en est pas moins un ami de Bobée et s’est montré enthousiaste devant son feuilleton théâtral Mesdames, messieurs et le reste du monde qu’il a programmé en 2018 et qui visait à « célébrer la beauté des diversités, dégenrer pour être libre ensemble » et autres fadaises propagandistes du même acabit. Mais Bobée n’est qu’un exemple parmi d’autres. La palme revient toutefois au directeur de l’Opéra national de Paris. Sans pour autant être complètement compatible avec l’idéologie woke, Alexander Neef commande en 2020 un rapport sur la diversité auprès de Constance Rivière et Pap Ndiaye, futur ministre de l’Éducation nationale. S’ensuit un tournant politique : la prestigieuse institution revoyant ses critères de recrutement avec la mise en place d’un référent diversité. Alors que le ballet et l’opéra comptent parmi les arts les plus exigeants et les plus sélectifs – on ne s’invente par ballerino ou ténor par hasard – la couleur de peau et le nom deviennent soudainement une référence sur un CV.

Les verts contre « l’art bourgeois »

Bien que le ministère de la Culture sache se montrer généreux avec les arts, une disette économique épuise un bon nombre de salles de spectacle. La couleur politique des régions et des municipalités en est souvent la raison. La faute à l’extrême droite ? À la droite d’affaires cynique ? Non, la faute aux Verts qui, par tropisme égalitaire, se montrent les ennemis de tout ce qui fleure un peu l’élitisme. En mars 2021, la mairie de Lyon a réduit de 500 000 euros la subvention annuelle de l’Opéra national de la ville. Quant à celle de Grenoble, dirigée par Éric Piolle, elle a supprimé la subvention destinée aux Musiciens du Louvre, fleuron local qui rayonne à l’international.

Bien que le ministère de la Culture sache se montrer généreux avec les arts, une disette économique épuise un bon nombre de salles de spectacle.

Au-delà du financier, il y a la désinvolture, voire le mépris avec lequel le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, traite le sujet, avec une campagne d’affichage qui, en 2021, fera grincer des dents : « Artiste, c’est un métier ? » est-il affiché dans la capitale de la Nouvelle-Aquitaine avec un lien vers le site de la mairie où le camarade- citoyen pourra donner son avis sur la question, comme aux grandes heures des Soviets anti-intellectuels.

Le classique discriminé

Trop chic, trop traditionnel, trop européen, le classique est en train de devenir le parent-pauvre de la manne des subventions. Sauf que moins l’art classique est soutenu financièrement, plus la qualité des spectacles en pâtit. Jean-Philippe Thiellay, dans son ouvrage L’Opéra s’il vous plaît, remarque l’apparition d’un opéra low cost où les directeurs sont obligés de renoncer à certains décors, costumes et jeux de lumière. Dans le cadre du volet culture de France Relance, si 30 millions d’euros ont été consacrés à l’aide à la création pour des projets artistiques, ceux-ci sont sommés de remplir les critères particuliers de la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), laquelle alloue un budget spécifique pour soutenir les projets évoquant l’égalité professionnelle entre les hommes et les femmes, le harcèlement sexuel et sexiste dans la culture et souhaite par ailleurs l’élaboration d’une convention d’objectifs avec la Direction régionale aux droits des femmes et à l’égalité (DRDFE), semblant par là requise par des priorités qui n’ont plus grand- chose à voir avec la volonté de donner à un nouveau Molière les moyens de révéler son génie.

De casse-noisette à casse-bonbon

Lorsqu’Alexander Neff commande le rapport pour la diversité, il signe l’arrêt de mort des ballets et opéras des siècles derniers. Un certain vocabulaire est révolu ; désormais ce n’est plus « la danse des négrillons » dans La Bayadère mais « la danse des enfants ». Le maquillage jaune des danseurs pour « la danse des Chinois » dans Casse-Noisette est proscrit. Quelques années auparavant, l’Opéra national de Paris promouvait dans la deuxième saison de « 3e Scène », série numérique de l’Institution, un Othello de Verdi revu par le rappeur Abd al Malik, évitant le « blackface » avec un comédien noir et une version banlieue de l’histoire. La Comédie-Française a également pris un sacré coup en produisant pour le 400e anniversaire de Molière la première version de Tartuffe, jusqu’alors méconnue, avec une mise en scène donnant dans l’extrême contemporain.

Quelques années auparavant, l’Opéra national de Paris promouvait dans la deuxième saison de « 3e Scène », série numérique de l’Institution, un Othello de Verdi revu par le rappeur Abd al Malik, évitant le « blackface » avec un comédien noir et une version banlieue de l’histoire.

Le Molière d’antan n’a pas la cote non plus au Théâtre du nord de Lille : son directeur, Bobée, souhaite une relecture « critique » de Dom Juan qui serait le symbole d’une « masculinité violente ». Jean-Philippe Thiellay l’assure, l’objectif de ces censeurs « n’est pas de créer du débat, de faire réfléchir, d’éclairer et d’argumenter » mais bien de « déboulonner, brûler […], annuler et empêcher le rideau de se lever ». La traque arrive même dans nos campagnes. En janvier 2023, le Trianon Transatlantique, théâtre de Sotteville-lès-Rouen, subventionné par la Mairie et la Région Normandie, a ouvert ses portes au spectacle Fille ou garçon qui exhorte le public – enfants compris – à se questionner sur leur identité de genre.

Le SAV des spectateurs

En plus de Shakespeare et de Molière, le public se sent également exclu. Nicolas, grand esthète, se désole devant le programme de l’Opéra de Lille : « La danse classique y est inexistante. La programmation contemporaine va d’artistes reconnus au néant absolu ». Claire, habituée des salles de spectacle, remarque l’omniprésence d’un contemporain loufoque et sans âme alors que la demande de classiques est forte : « Le public sait ce qu’il veut. Pour un Lac des Cygnes, il faut réserver sa place six mois à l’avance ! ». Quant à Daniel, ancien salarié de l’Opéra de Marseille, il assure que les bonnes productions se font à l’étranger : « Il faut aller hors de France pour apprécier des ballets du répertoire classique », en citant toutefois l’exception de l’Opéra de Paris. D’autres se plaignent du manque de subventions pour les institutions artistiques de renom.

Lire aussi : L’argent de la culture : le nerf de la propagande

Annie, chanteuse lyrique professionnelle, évoque avec tristesse la municipalité de Strasbourg qui a diminué ses subventions pour l’Opéra national du Rhin, relais important des œuvres classiques. Bien que Rima Abdul Malak ait laissé sa place à Rachida Dati, le changement ne peut se faire que si l’administration du ministère de la Culture et les artistes suivent le mouvement, or, comme le remarque Jérôme Besnard, « l’administration du ministère ne peut pas changer en un jour ». En partant, Rima Abdul Malak laisse derrière elle son projet de renouvèlement « diversitaire » des dirigeants des grandes instances culturelles. La tâche incombe désormais à Rachida Dati de suivre ou non les plans de son prédécesseur. Quoi qu’il en soit, il va être très difficile, et sans doute très long, de libérer la culture classique du règne impitoyable des commissaires politiques qui occupent aujourd’hui tous les postes stratégiques.

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